Euro: l'image troublée de l'Ukraine menace la fête

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Euro: l'image troublée de l'Ukraine menace la fête
Euro: l'image troublée de l'Ukraine menace la fête

par Richard Balmforth

KIEV (Reuters) - Les jongleurs animent les rues de Kiev et la ferveur monte dans la capitale ukrainienne transfigurée, à quelques heures de l'ouverture de l'Euro de football.

Mais l'atmosphère festive ne masque pas les problèmes qui ternissent l'image du pays.

L'Ukraine fait face au boycott de responsables politiques étrangers qui protestent contre le sort réservé à l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, ou à des accusations de racisme.

Des incidents ont en outre éclaté mardi entre manifestants et force de l'ordre, près d'une zone aménagée pour accueillir les supporters, après l'adoption au parlement d'un texte de loi renforçant le statut de la langue russe.

Cette disposition qui a révolté les tenants de la langue ukrainienne, un symbole d'indépendance, n'est que le dernier épisode du déluge de contre-publicité qui s'abat sur l'Ukraine.

L'Euro, organisé avec la Pologne, son premier soutien en Europe, était perçu comme un moyen de pousser l'ex-république soviétique vers la famille des démocraties occidentales.

"Ils voulaient utiliser l'Euro comme un outil de propagande pour montrer que l'Ukraine est un grand pays européen à fort potentiel. Mais aujourd'hui, il est clair que ce projet ne s'est pas concrétisé", observe Volodimir Fesensko, directeur du cercle de réflexion Penta.

HÉRITAGE SOVIÉTIQUE

Après l'arrivée à la présidence de Viktor Ianoukovitch, en 2010, sa formation politique, le Parti des Régions, a considéré l'Euro, dont l'organisation avait été obtenue par son prédécesseur pro-occidental, comme une plateforme pour lancer sa campagne électorale de 2012.

A l'intérieur des frontières, la compétition devait égayer le quotidien d'une population durement affectée par la situation économique, notamment les réformes de la fiscalité et des retraites réclamées par le Fonds monétaire international.

A l'extérieur, l'Ukraine devait offrir au monde le visage agréable d'un pays débarrassé de son lourd héritage soviétique et prêt à trouver sa place dans l'Europe moderne.

"Le Parti des Régions avait de grands projets pour utiliser l'Euro en vue de sa campagne future. Mais contre toute attente, 'l'effet' Euro s'est avéré ambigu", note Volodomir Fesenko.

L'Ukraine n'était en effet pas censée porter le bonnet d'âne. Mais la bienveillance des Occidentaux, née de l'arrivée au pouvoir des tenants de la Révolution orange de 2004-05 qui avait entraîné un réalignement stratégique, s'est fanée sous le mandat de Ianoukovitch.

Le sort de Ioulia Timochenko, égérie du mouvement qui avait tant séduit l'Ouest, a déclenché ce regain de défiance. Les Occidentaux ont condamné son emprisonnement pour "abus de pouvoir", dénonçant une "justice sélective".

Le régime de Ianoukovitch a semblé un temps en mesure de contenir l'incendie. Puis le feu est reparti de plus belle en avril, lorsque Ioulia Timochenko a déclaré de sa prison de Kharkov avoir été maltraitée en détention. Depuis, Viktor Ianoukovitch doit continuellement gérer la crise diplomatique.

De nombreux dirigeants de pays présents à l'Euro ont réagi avec horreur aux images de Timochenko soignant ses hématomes. Emmenés par l'Allemagne, plusieurs pays dont la France ont décidé de ne pas dépêcher de responsables politiques en Ukraine.

À DOUBLE SENS

Ioulia Timochenko, qui se trouve en ce moment à l'hôpital de Kharkov pour y faire traiter des problèmes de dos, a assuré que ses partisans ne perturberaient pas la compétition, censée selon elle mettre l'Ukraine à sa juste place en Europe.

Mais on s'attend à ce qu'elle use de cette tribune pour délivrer des messages politiques.

Le cas de l'ex-chef du gouvernement n'est pas le seul des griefs retenus à l'encontre de l'Ukraine.

Le président de l'UEFA, Michel Platini, s'était assez tôt plaint du comportement des professionnels du tourisme, accusant les hôteliers de Kiev, Kharkov, Donetsk et Lvov d'être des "escrocs et des bandits" parce qu'ils avaient multiplié leur prix par dix en vue du tournoi.

La presse européenne s'est fait l'écho de violences racistes dans les stades - niées par les autorités - et de violences contre les participants à la Gay Pride, autant de problèmes qui ont convaincu des milliers de supporters de renoncer à venir.

Markiyan Loubkivski, responsable de l'UEFA en Ukraine, a exhorté les médias à observer une trêve de "l'information négative", expliquant que la presse locale "déversait de la boue" sur le pays.

Les autorités ont affirmé aux clubs et supporters étrangers que leur sécurité serait assurée et font leur possible pour attirer les touristes.

Mais l'Ukraine redoute tout de même des incidents.

Les premiers mots de l'hymne national, "La gloire et la liberté de l'Ukraine n'ont pas encore disparu", ont un double sens pour les Ukrainiens eux-mêmes. Ils signifient que chacun doit attendre le meilleur, mais aussi se préparer au pire.

Gregory Blachier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M488902 le vendredi 8 juin 2012 à 00:24

    Pas de chance...