Euro: l'Angleterre à l'ombre des doutes

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Euro: l'Angleterre à l'ombre des doutes
Euro: l'Angleterre à l'ombre des doutes

par Mike Collett

LONDRES (Reuters) - Absente de l'Euro 2008, l'Angleterre fait son retour avec un sélectionneur nommé il y a à peine un mois, une équipe décimée et un espoir tout relatif de corriger enfin une anomalie.

La sélection aux trois lions a beau être de celles qui comptent, elle est la seule en Europe à présenter une Coupe du monde mais aucun titre continental sur sa carte de visite.

En huit participations, elle n'a atteint les demi-finales qu'à deux reprises. En 1968, dans un tournoi à seulement quatre équipes, et en 1996, lorsqu'elle l'organisait.

Des questions entouraient la nomination de Roy Hodgson, arrivé le 1er mai à quelques semaines du premier match de l'Euro contre la France, alors que son prédécesseur, Fabio Capello, avait démissionné début février.

Mais il s'en pose tellement d'autres que le cas de l'ancien entraîneur de Fulham importe moins désormais.

Les seules certitudes viennent en définitive des blessures qui ont, une fois encore, privé le pays de certains de ses meilleurs soldats.

En huit jours, l'Angleterre a perdu sur blessure les milieux de terrain Gareth Barry et Frank Lampard, et le défenseur Gary Cahill, remplacé par le jeune Martin Kelly, 22 ans, préféré à l'expérimenté Rio Ferdinand.

La France, le 11 juin à Donetsk, puis la Suède et l'Ukraine, pays co-organisateur, s'annoncent comme des obstacles considérables pour cette Angleterre-là.

Il ne faut cependant pas s'y tromper, l'équipe d'Hodgson sera elle aussi difficile à contourner. Elle l'a montré lors des matches de préparation contre la Norvège et la Belgique, gagnés petitement 1-0 grâce une organisation quasiment sans faille.

La priorité était de retrouver une assise, deux ans après la déroute 4-1 face à l'Allemagne en huitième de finale du Mondial.

Cet échec cuisant avait alimenté les appels à la démission de Capello, qui en décida autrement et reconquit le respect des Anglais en les menant au sans-faute en qualifications de l'Euro.

PAIX SOCIALE

Sans difficultés, la campagne ne fut pas sans taches.

A 17 minutes de la fin du dernier match, à Podgorica contre le Monténégro, alors que le billet pour l'Euro était quasiment en poche, Wayne Rooney eut l'improbable idée d'asséner un coup de pied à Miodrag Dzudovic.

Immédiatement expulsé, le meilleur Anglais, sans doute le seul capable de faire basculer un match sur une prouesse personnelle, sera suspendu face à la France et la Suède.

Wayne Rooney, auteur d'une trentaine de buts cette saison, sera de retour contre l'Ukraine. Peut-être trop tard.

Il ne tient donc qu'à ses coéquipiers de lui offrir d'autres occasions de briller. Nul ne doute que ces joueurs dont certains sont très expérimentés et évoluent dans les meilleurs clubs européens, sont en mesure de bien faire.

Roy Hodgson a lui-même l'expérience du niveau international pour avoir été sélectionneur de la Suisse, des Emirats arabes unis ou de la Finlande.

Il a même dirigé la première en Coupe du monde, en 1994.

A son arrivée, Hodgson dut clore deux dossiers cruciaux et intrinsèquement liés pour ramener la paix sociale: la relation entre John Terry et Rio Ferdinand, et le choix du capitaine.

Le départ de Capello fut en effet motivé par la décision de la Fédération (FA) de retirer le brassard à John Terry.

La FA jugea que le procès, prévu en juillet, du défenseur de Chelsea, accusé d'insultes racistes envers Anton Ferdinand, frère de Rio, était peu compatible avec le rôle de guide de la sélection nationale.

Hodgson trancha en faveur de Terry en expliquant la mise à l'écart de Ferdinand par des motifs "footballistiques".

Mais la blessure de Gary Cahill a fait resurgir la polémique puisque le sélectionneur a appelé Martin Kelly, 22 ans et une sélection, plutôt que l'expérimenté pilier de Manchester United.

Le brassard est revenu à Steven Gerrard, charismatique leader de Liverpool mais rarement à son meilleur avec l'Angleterre, qui risque de se sentir esseulé dans l'entre-jeu où manqueront Frank Lampard et Gareth Barry, blessés.

A ces absences vient donc s'ajouter la suspension de Rooney, d'autant plus problématique que son remplaçant naturel, Darren Bent, est forfait sur blessure.

Roy Hodgson mène à l'évidence la mission la plus difficile de sa carrière et les quarts de finale, où les Anglais échouent en général, pourraient bien être une étape déjà trop lointaine.

Gregory Blachier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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