Euro: Franciszek Smuda a mis la Pologne au régime autoritaire

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Euro: Franciszek Smuda a mis la Pologne au régime autoritaire
Euro: Franciszek Smuda a mis la Pologne au régime autoritaire

par Gabriela Baczynska et Chris Borowski

VARSOVIE (Reuters) - Une poigne de fer. Ces mots résument presque à eux seuls Franciszek Smuda, l'entraîneur qui porte les espoirs de la Pologne à l'aube de l'Euro, où le pays co-organisateur vise une première qualification pour les quarts de finale.

L'homme aux tempes grises célébrera ses 65 ans durant la compétition mais la fête attendra, sans doute.

Depuis qu'il a pris les rênes de la sélection en 2009, après qu'elle eut échoué à se qualifier pour la phase finale de la Coupe du monde en Afrique du Sud, Smuda a banni de son groupe plusieurs joueurs majeurs pour avoir consommé de l'alcool.

Ainsi en est-il allé du gardien de but Arthur Boruc qui a été victime, comme d'autres, de la "tolérance zéro" prônée et appliquée par le patron de l'équipe nationale.

Plus récemment, Slawomir Peszko et Marcin Wasilewski ont été écartés après une nuit d'ivresse que le premier a terminé au poste de police. Malgré les appels de leurs coéquipiers, le premier n'a pas été réintégré.

A quelques jours d'ouvrir la compétition face à la Grèce, la Pologne s'interroge sur cette sévérité dont certains redoutent qu'elle affaiblisse l'équipe au lieu de la mener au succès.

Les détracteurs de Smuda estiment qu'il est allé trop loin dans sa croisade contre l'alcool, quand d'autres y voit la marque d'une autorité qui ne peut souffrir d'aucune exception.

Si la méthode divise mais n'a, jusqu'à lors, pas remis en cause le statut du sélectionneur, c'est qu'elle a déjà marché.

AVEC GEORGE BEST

Inconnu sur la scène internationale, Smuda reste le dernier entraîneur à avoir conduit une équipe polonaise - le Widzew Lodz - en quart de finale de la Ligue des champions, en 1996.

En imposant à ses équipes des règles de vies très strictes éprouvées à la tête d'équipes allemandes de niveau moindre, il a remporté deux titres de champion de Pologne avec Lodz et un autre avec le Wisla Cracovie.

Né en 1948 dans un village de Silésie, une région étroitement liée à l'Allemagne dont elle est frontalière, il a passé la majeure partie de sa vie à l'étranger, ce qui pourrait expliquer son polonais parfois hésitant.

Ses expériences loin de la Pologne n'ont pas toujours été heureuses.

Dans les années 1970, il a dilapidé les économies d'une vie en s'associant avec un homme d'affaires malhonnête alors qu'il tentait, avec l'ancienne star du football polonais Kazimierz Deyna, de s'installer aux Etats-Unis.

Il y est resté comme joueur, évoluant notamment aux Hartford Bi-Centennials, aux Oakland Stompers ou encore aux Los Angeles Aztecs où il faisait équipe avec son exact opposé, le flamboyant mais décadent George Best, icône de jadis de Manchester, sur et hors des terrains.

Il est dès lors peu étonnant que ce voyageur ait fait sa réputation de sélectionneur en bâtissant son équipe avec des joueurs nés à l'étranger mais aux racines polonaises.

Malgré cet apport, il présente un bilan mitigé avec la Pologne, dont il cédera la direction s'il ne parvient pas à saisir cette occasion rare de la faire briller.

Si cela devait arriver, il reviendrait sans doute à ses premières amours d'entraîneur, en Allemagne, mais viserait alors une place sur un banc de Bundesliga.

Gregory Blachier pour le service français

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