"Euro fort ?" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Paul Betbèze)

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L'Euro est-il trop fort ? La question a été ouvertement posée le week-end dernier par Pierre Moscovici, le ministre de l'économie et des finances. Mais, selon Jean-Paul Betbèze, il manque un « Monsieur (ou Madame) Euro » qui ose parler aux marchés du taux de change.

L'euro monte par rapport au dollar et la zone euro est en récession, les Etats-Unis se sortent d'affaire et le dollar baisse : cherchons à comprendre. Et nous avons besoin, ici, de plus de croissance pour lutter contre le déficit budgétaire et le chômage, autrement le risque de spirale récessive peut renaître, un risque qui peut mettre de nouveau la zone euro en danger. Faut-il baisser les bras devant cette anomalie, ou bien attendre que les marchés financiers corrigent d'eux-mêmes, ou plutôt réagir ? Et comment faire ?

D'abord il faut réagir, car la zone euro n'a pas de croissance et le temps presse. Attendre que les marchés se rendent compte de leurs excès ou de leurs erreurs n'est pas tenable, car ils poussent et pousseront automatiquement à un ajustement par la baisse des salaires. Pour eux en effet, la zone euro ne peut se sortir d'affaire que par l'exportation, ce qui implique une modération salariale au moins, des baisses si l'on veut aller plus vite. Cette baisse des salaires diminue la demande interne et permet de retrouver de la compétitivité coût. La concurrence se renforce donc, au sein de la zone euro et sur les marchés extérieurs. Si l'euro est faible, les marchés hors zone euro sont plus accessibles. Si l'euro est fort, les marchés le sont moins, donc la baisse des salaires internes doit être plus forte. Regardons ce qui se passe en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, et pas seulement en Grèce - avec les effets que ceci entraîne sur la demande au sens large, sur les entreprises, sur l'emploi, donc sur les rentrées fiscales. Donc, l'euro à 1,35 n'aide pas la zone euro. Il nous faut un euro faible.

Mais comment l'obtenir ? En parlant aux marchés financiers. Aux Etats-Unis, c'est Jack Lew, après Timothy Geithner qui s'en occupe. C'est à lui de parler du dollar, le Président de la Banque centrale, la Fed, Ben Bernanke, étant en charge de lutter contre l'inflation et le chômage. Que se passe-t-il aux Etats-Unis ? C'est très simple : Ben Bernanke a fait en sorte de faire baisser la rémunération du dollar à court, moyen et long terme, donc de faire baisser le dollar. Contre la monnaie chinoise, c'était l'idée - avouée. Monsieur dollar veut donc faire baisser le dollar contre le Yuan. Mais il se trouve que le Yuan ne se laisse pas faire et monte graduellement. Comment donc s'ajuste le système ? Par la montée de la monnaie « libre », l'euro, cette monnaie qui ne parle pas. L'euro doit s'exprimer, Monsieur euro doit dire que ce taux de change ne convient pas à la zone euro.

Mais qui est donc « Monsieur (ou Madame) euro » ? Il fut un temps où on savait qui c'était : Jean-Claude Trichet, le Président de la Banque centrale européenne. Aujourd'hui, son successeur ne parle pas du change, comme si ce n'était pas un problème, le Président de l'Eurogroupe (Jean-Claude Juncker et maintenant Jeroen Dijsselbloem) n'en dit rien, et aucun des Présidents de la zone ! Pourquoi donc, alors, se gêner ? Le dollar baisse par rapport au Yuan et à l'euro, la monnaie japonaise s'effondre, et la livre sterling s'accroche au dollar ! Moralité, l'euro devient la monnaie des pays industrialisés qui monte !

Pour en sortir, il faut donc que la BCE publie le taux de change effectif réel de l'euro et que Monsieur Euro sorte de son silence.

Jean-Paul Betbèze



Pour poser vos questions à Jean-Paul Betbèze, cliquez ici. Il vous répondra mercredi 6 février à 15h.


Actuellement créateur de Betbeze Conseil SAS, Jean-Paul Betbèze désire parler d'économie dans et pour les entreprises. Il est membre de la Commission Economique de la Nation, du Cercle des économistes et du Comité scientifique de la Fondation Robert Schumann. Il a été auparavant chef économiste de banque (notamment Chef économiste & Directeur des Etudes Economiques, Membre du Comité Exécutif de Crédit Agricole SA) et Professeur d'Université (Agrégé des Facultés, Professeur à Paris Panthéon).

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • quigong le samedi 9 fév 2013 à 20:40

    ramassis de c onneries....

  • l440 le mercredi 6 fév 2013 à 18:17

    De qui se moque-t-on ?L'EUR a été introduit à 1,20 il y a 15 ans, il est aujourd'hui 10% plus haut, même pas 1% par an, et c'est ce 1% qui aurait tué l'industrie européenne ? (sauf allemande bien sûr)A 0,80 on se plaignait de l'EUR faible qui était un échec et nous faisait payer les matières 1ère une fortune !

  • M4633794 le mercredi 6 fév 2013 à 16:03

    @M7650121 Cela n'a rien à voir avec l'euro. La compétitivité dépend de biens d'autres facteurs mais parler de l'euro permet de les occulter! Nos gouvernements mènent des politiques anti-économiques depuis 40 ans! En outre, vous ne préchez que pour votre paroisse. Tout le monde n'est pas exportateur de cartes électroniques!

  • M7650121 le mercredi 6 fév 2013 à 13:32

    Oui l'euro est trop fort, quand Louis Gallois était patron d'EADS il le faisait savoir. Aujourd'hui pas un mot... La réalité (j'y suis donc je sais ce que je dis) est que Airbus a pondu POWER8 qui oblige ses sous traitant à externaliser en zone dollars. Je suis responsable achat calculateur et je peux vous certifier que plus AUCUNE carte électronique n'est faite en France à cause de ça. Toute la prod de carte Thales est à Singapour et pourtant ces activités sont ni low cost ni des trombones

  • M7650121 le mercredi 6 fév 2013 à 13:25

    zebre66: Ah oui et on fait comment pour équilibrer des compte déjà en déficit si on réduit la collecte... Le gros de ces prélevement abusif (charge patronale comme salariale) vient:- des interets de la dette illegitime contracté depuis 73. 50Mds€/ans (soit la somme de l'IR)- de la mise en concurence avec des pays ou le salaire est dérisoire.Comment font les allemands: immigration massive + salaire dérisoire (Hartz IV env) 400€/mois) et une culture de l'ingenierie tout autre

  • jdestail le mercredi 6 fév 2013 à 12:02

    L'Euro est-il trop fort ? La question revient sans cesse en boucle.Et pourtant l'euro à 1,35 USD est très loin de ses plus hauts historiques !Par ailleurs, si l'euro était si fort que cela l'Allemagne ne serait pas la championne de l'exportation (y compris aux Etats-Unis). Non l'Euro, n'est pas trop fort! Une baisse de l'euro serait un désastre (notamment via l’enchérissement du pétrole ) La vraie question est liée à notre compétitivité insuffisante du fait de charges sociales excessives

  • zebre66 le mercredi 6 fév 2013 à 11:33

    Ce monsieur de haut de sa tour d'ivoire, parle de baisse des salaires pôur rester compétitif, mais nullement de baisser les charges patronales et salariales, ou bien à juste mesure des trois. Aurez t'il un parti pris ?

  • hadock4 le mercredi 6 fév 2013 à 10:34

    Quand Carter était au pouvoir son frère, qui avait une entreprise de bière, allait parfois lui demander conseille; il faisait ensuite exactement le contraitre de ce que lui conseillait son frère Président et ainsi était-il sûr de ne pas faire de bêtise. Il faut rappeler que Carter fut sans doute l'un des plus mauvais présidents de l'histoire américaine.Si donc Hollande a décrété que l'Euro était trop fort, j'en conclue qu'il est à sa juste valeur.

  • M7650121 le mercredi 6 fév 2013 à 10:25

    Tant que les gens n'auront pas compris que la construction est une mise sous tutelle ricaine ils n'aurons pas la bonne grille de lecture. Pourquoi Geitner(ancien GS) s'est invité à un sommet EU pour exiger que la grece reste, ce qu'Obama a rapellé en Novembre. Pourquoi Papandreou, Berlusconi on été VIRE pour avoir osez demander au peuple si il voulait sortir du piège ? et aussitot remplacé par des agens GS (Monti, Papademos). Réveillez VOUS !!!

  • M2913188 le mercredi 6 fév 2013 à 10:06

    Mais de quel bord est donc M Draghi. Saint Mario n'a sauvé les banques et l'euro que pour que la fête puisse continuer. LA construction et la prospérité européeenne, il n'en a rien à f...il roule toujours pour GS...