Euro 2016 (quarts) : Le dernier mot pour l'Allemagne et Neuer

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Le duel de géants de samedi soir entre l’Allemagne et l’Italie a tourné à l’avantage au bout de la nuit des champions du Monde et de leur exceptionnel gardien, Manuel Neuer, décisif pendant une séance de tirs au but époustouflante (1-1, 6-5 tab). Les Allemands affronteront la France ou l’Islande en demi-finales.

Le debrief

« Le football est un sport qui se joue à onze contre onze, et à la fin, ce sont toujours les Allemands qui gagnent. » La célèbre citation de l’Anglais Gary Lineker après la défaite de son équipe face à l’Allemagne en demi-finales de la Coupe du Monde 1990 n’a peut-être jamais autant pris autant son sens que samedi soir. Lors d’un quart de finale longtemps très haché entre les deux pays les plus titrés d’Europe, c’est une fois de plus la Mannschaft qui a eu le dernier mot, à l’issue d’une séance de tirs au but complètement folle (6-5 et sept tentatives manquées au total). Un scénario qui semblait presque écrit pour décerner le vainqueur de ce choc entre les champions du monde et les vice-champions d’Europe sachant qu’il fallait remonter à 1976 pour retrouver trace d’une défaite de l’Allemagne aux tirs au but, tandis que l’Italie avait dû se frotter à cette loterie si cruelle pour le perdant lors de ces trois derniers quarts de finale joués dans l’épreuve (2008, 2012 et 2016). Surtout, l'Allemagne est sortie vainqueur de ses six dernières séances de tirs au but quand l'Italie a été éliminée six fois de cette façon en tournoi majeur, ce qui n'est arrivé à aucune autre nation. En revanche, ce qui n’était pas prévu, c’est que les Allemands parviennent enfin à battre les Italiens dans un grand tournoi et que le duel de titans entre Manuel Neuer et Gianluigi Buffon tournerait nettement à l’avantage du plus jeune (qui n’avait encore jamais arrêté de penalty sous les couleurs de son équipe nationale), la légende italienne de 38 ans se contentant à l’arrivée d’un seul arrêt pendant cette séance alors qu’il est parti du bon côté sur la plupart des tirs (le dernier lui passe sous le bras). Il semblait également impossible de deviner que les Italiens vendangeraient complètement deux tentatives coup sur coup alors qu'ils avaient la possibilité de prendre le large dans la séance et de se mettre très probablement à l'abri d'un retour des joueurs de Joachim Löw. Après un round d’observation presque interminable en première mi-temps et à voir les deux défenses (à trois axiaux des deux côtés) prendre presque systématiquement le pas sur les deux attaques, on avait de toute façon vite compris qu'il faudrait attendre le bout de la nuit pour connaître l'issue de ce match. Lorsque Mezut Özil a profité d’un gros travail de Gomez relayé par Hector, devenu plus tard le héros de tout un peuple, pour tromper Buffon de près, il semblait pourtant que la messe était dite. Mais l’Allemagne s’est arrêtée de jouer et Boateng a involontairement relancé la Nazionale en se prenant pour un volleyeur au contre devant Chiellini. Le premier penalty d’une soirée qui allait en proposer tout un tas une heure plus tard. Le dénouement, on le connaît désormais, l’Allemagne a disputé sa première prolongation depuis la finale de l’Euro 1996, et ce sont donc les champions du monde, sans Mats Hummels, suspendu, qui retrouveront peut-être les Bleus en demi-finales pour un remake du quart de finale de 2014 à Maracana fatal à l’équipe de France.

Le film du match

19eme minute Gomez se jette au point de penalty pour tenter de reprendre d’une reprise en extension un bon ballon d’Hummels, mais l’ouverture est un peu longue et l’avant-centre allemand ne parvient pas à le reprendre correctement. 26eme minute Schweinsteiger trompe Buffon de la tête sur un nouveau bon ballon d’Hummels. But logiquement refusé pour une faute du capitaine allemand sur De Sciglio. 37eme minute Buffon doit s’y reprendre en deux fois pour capter au pied de son poteau droit un centre anodin d’Özil dévié par Florenzi. 40eme minute Lancé dans la surface, Gomez saute plus haut que Bonucci et coupe la trajectoire de la tête à la réception d’un centre bien travaillé par Kimmich côté droit. L’attaquant allemand manque nettement le cadre. 42eme minute Müller ponctue d’une reprise écrasée dans les bras de Buffon une partie de billard allemande dans la surface italienne. Au départ, une frappe complètement manquée de Kroos avait rebondi sur Gomez, offrant ainsi sans le vouloir un ballon de but à son coéquipier. 44eme minute Sur une ouverture colossale de Bonucci, Giaccherini, pas hors-jeu, redresse son centre in extremis. Neuer pense éloigner le danger, mais le ballon atterrit dans les pieds de Sturaro, dont la frappe croisée est déviée en corner par Boateng. Quelle occasion ! 54eme minute Le sauvetage de Florenzi ! Schweinsteiger trouve Gomez dans la surface. L’attaquant du Besiktas temporise et sert en retrait Müller, qui crochète Chiellini et enchaîne une frappe qui ne prend pas la direction du cadre mais que Florenzi, sur sa ligne, détourne tout de même en corner d’une intervention spectaculaire. 65eme minute (1-0) But d’Özil ! Sur un long dégagement de Neuer, Florenzi se troue, Gomez récupère le ballon, déborde sur l’aile gauche et trouve très intelligemment Hector dans l’espace. Le latéral adresse un centre (dévié par Bonucci) pour Özil, qui devance Giaccherini et ne laisse aucune chance à Buffon de près. 68eme minute Sur une superbe ouverture d’Özil, Gomez se retrouve seul devant Buffon. Il s’excentre quelque peu après son contrôle, mais tente une talonnade géniale sur laquelle Buffon réalise une parade exceptionnelle de la main gauche. 74eme minute Pellé jaillit au premier poteau plus vite que Boateng pour reprendre un centre à ras de terre de De Sciglio côté gauche, mais il envoie sa reprise à-côté. 78eme minute (1-1) L’Italie égalise ! Bonucci remet les deux équipes à égalité sur un penalty consécutif à une main flagrante de Boateng, venu se jeter les deux bras en l’air dans un duel aérien avec Chiellini. Neuer, parti du bon côté, est battu sur sa gauche. 81eme minute Une contre-attaque menée par Florenzi sur le côté droit se termine par un centre d’Eder vers Pellé dans l’axe. Giaccherini est seul derrière le grand attaquant de Southampton, qui préfère reprendre le ballon directement et manque son geste. 89eme minute Pas attaqué, De Sciglio ponctue une de ses énièmes courses sur le côté gauche par une frappe tendue dans le petit filet droit de Neuer. 107eme minute Sur un centre venu de la droite, une incompréhension dans la défense italienne permet à Draxler de reprendre d’un retourné de près un mauvais renvoi de Barzagli. Au-dessus.

Les joueurs à la loupe

Allemagne Dans ce match très fermé, la première lumière est venue d’ÖZIL, récompensé de son match plein sur cette reprise imparable de près. Logique sachant que le joueur d’Arsenal a été l’Allemand le plus en vue samedi. Bien pris en première mi-temps, M.GOMEZ a été tout près de tuer le match en seconde sur une somptueuse talonnade. Sur le but, quelques minutes plus tôt, le grand avant-centre allemand avait servi délicieusement HECTOR dans l’intervalle. Le joueur de Cologne a fait le reste, signant sa première passe décisive du tournoi avant d’envoyer son équipe en demi-finale en transformant le tir au but de la victoire. A l’exception de quelques centres timides, KIMMICH, lui, s’est montré discret samedi. HUMMELS, auteur d’une très bonne première mi-temps, n’a pas hésité, au même titre qu’HÖWEDES a apporter son soutien à ses attaquants. J.BOATENG avait été presque parfait avant d’offrir ce penalty à l’Italie pour une main difficile à comprendre. Touché, KHEDIRA a rapidement laissé sa place à SCHWEINSTEIGER, vite dans le rythme et intelligent dans le jeu. Il a notamment été à l’origine d’une très belle situation que n’a pas su exploiter MÜLLER, décidément en froid avec le but dans cet Euro, d’autant qu’il a même manqué son tir au but. Très dur à bouger au milieu, KROOS a souvent endossé le rôle de dépositaire du jeu de son équipe, mais il a manqué d’inspiration et de justesse dans le dosage. Pas dans un grand soir. Trop court sur le penalty de Bonucci pendant le temps réglementaire, NEUER, au départ de l’action qui avait permis à la Mannschaft d’ouvrir le score, a été phénoménal pendant la séance de tirs au but en repoussant deux tentatives italiennes. Italie L’Italie peut remercier BUFFON une fois de plus. Sans une parade venue d’ailleurs du capitaine de la Nazionale (160eme sélection samedi), les joueurs d’Antonio Conte auraient dit adieu à l’Euro bien plus tôt. Mais le légendaire gardien italien n’a en revanche réussi qu'un seul arrêt pendant la séance des tirs au but alors qu'il est parti souvent du bon côté. CHIELLINI n’a pas été en reste non plus en obtenant un penalty pratiquement dans la foulée de l'arrêt exceptionnel de Buffon. BONUCCI, malheureux sur le but allemand mais impérial derrière le reste du temps, ne s’est pas fait prier pour égaliser. Il a en revanche raté son tir au but, plus tard dans la soirée. Le troisième membre de la « BBC », BARZAGLI, a livré lui aussi un match solide en défense avant cette erreur qui aurait pu coûter cher à son équipe pendant la prolongation. FLORENZI a avalé les kilomètres pendant tout le match. Dommage pour le joueur de la Roma qu’il commette deux erreurs sur l’action qui a débouché sur l’ouverture du score. Infatigable, DE SCIGLIO a fait le métier défensivement, ce qui ne l’a pas empêché d’être aussi l’un des Italiens les plus en vue offensivement. GIACCHERINI, comme depuis le début du tournoi, n’a pas compté ses efforts, mais il arrive un peu tard sur Özil sur le but et n’a pas été aussi lucide sur les phases offensives que lors des matchs précédents. STURARO et PAROLO ont tout donné pour briser les attaques adverses, mais pour cela, ils ont aussi dû commettre quelques fautes. EDER a énormément bougé et fait preuve de beaucoup d’abattage, mais il ne s’est pratiquement pas montré dans le dernier geste. PELLE a lui aussi été très loin de livrer son meilleur match du tournoi. Mais il avait trois axiaux sur son dos et a dû attendre que ses adversaires soient fatigués pour pouvoir s’exprimer davantage. Pendant la séance de tirs au but, il a, comme ZAZA, manqué complètement sa tentative. Même si, à l’arrivée, c’est l’échec de DARMIAN qui a été celui de trop pour l’Italie.

Monsieur l’arbitre au rapport

M.Kassai a distribué beaucoup de cartons, dont certains feront des malheureux en demi-finales, mais il n’y a rien eu à redire dans l’ensemble à l’arbitrage du Hongrois, qui a de surcroît pris la bonne décision en sifflant penalty pour l’Italie.

Ça s’est passé en coulisses…

- A la demande de la Fédération italienne auprès de l’UEFA, les joueurs de la Nazionale avaient obtenu le droit de porter un brassard noir, samedi lors ce quart de finale, en mémoire des neuf victimes italiennes de l’attentat de vendredi soir à Dacca (Bangladesh), qui avaient fait vingt morts. Une minute d’applaudissements a d’ailleurs été respectée avant le coup d’envoi. - En cas de qualification pour les demi-finales, l’Italie pouvait s’attendre à être privé de certains de ses meilleurs joueurs. En effet, onze joueurs étaient sous la menace d’une suspension en cas de carton jaune reçu samedi soir (contre cinq seulement côté allemand). Sur les onze joueurs en question, sept étaient titulaires. - Comme il l’avait laissé sous-entendre en conférence de presse vendredi, Joachim Löw, le sélectionneur allemand, avait abandonné son traditionnel 4-2-3-1 pour un 3-5-2 avec une défense axiale à trois têtes semblable à celle de l’Italie. La dernière fois que l’Allemagne s’était présentée dans ce schéma de jeu, c’était face à… l’Italie, en mars dernier en match amical à Munich, pour un carton de la Mannschaft face à la Nazionale (4-1). - Entré en jeu au bout d’un quart d’heure de jeu pour remplacer Khedira, blessé, Bastian Schweinsteiger a disputé samedi son 37eme match en phase finale d’Euro et de Coupe du Monde. Personne n’a fait mieux. Toutefois, le milieu de terrain de de Manchester United partage ce record avec un autre Allemand, Miroslav Klose. A noter que Neuer a confié le brassard de capitaine à « Schweini » après son apparition sur la pelouse.

La feuille de match

Euro 2016 (quarts) / ALLEMAGNE – ITALIE : 1-1 (6-5 TAB)

Stade Matmut-Atlantique (38 764 spectateurs) Temps doux - Pelouse en bon état Arbitre : M.Kassai (HON) (5) Buts : Özil (65eme) pour l’Allemagne – Bonucci (78eme, sp) pour l’Italie Tirs au but réussis : Kroos, Draxler, Hummels, Kimmich et J.Boateng et Hector pour l’Allemagne – Insigne, Barzagli, Giaccherini, Parolo et De Sciglio pour l’Italie Tirs au but manqués : Müller, Özil et Schweinsteiger pour l’Allemagne – Zaza, Pellé, Bonucci et Darmian pour l’Italie Avertissements : Hummels (90eme) et Schweinsteiger (113eme) pour l’Allemagne - Sturaro (55eme), De Sciglio (57eme), Parolo (60eme), Pellé (93eme) et Giaccherini (103eme) pour l’Italie Allemagne Neuer (cap) (9) - Höwedes (6), J.Boateng (5), Hummels (6) - Kimmich (4), Kroos (4), Khedira (non noté) puis Schweinsteiger (15eme, 5), Hector (7), Özil (7) - T.Müller (4), M.Gomez (6) puis Draxler (72eme) N'ont pas participé : Ter Stegen (g), Leno (g), Mustafi, Schürrle, Podolski, Can, Weigl, Tah, Götze, Le.Sané Sélectionneur : J.Löw Italie Buffon (cap) (6) - Barzagli (5), Bonucci (7), Chiellini (6) puis Zaza (118eme) - Florenzi (4) puis Darmian (86eme), Parolo (5), Sturaro (5), Giaccherini (5), De Sciglio (6) - Eder (5) puis Insigne (107eme), Pellé (4) N'ont pas participé : Marchetti (g), Sirigu (g), Ogbonna, De Rossi, Bernardeschi, El-Shaarawy, Immobile Sélectionneur : A.Conte
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