Euro 2016-Les hooligans russes se considèrent comme "fantassins" du Kremlin

le
0
    par Andrew Osborn 
    MOSCOU, 14 juin (Reuters) - Ultranationalistes et nourris 
par les récriminations de leur pays face à l'Histoire, les 
hooligans russes se considèrent comme des fantassins du Kremlin 
lors des batailles géopolitiques en miniature qui peuvent les 
opposer à des supporters d'autres pays dans le cadre de l'Euro 
2016 de football. 
    "Nos supporters à Marseille se calquent sur la politique 
étrangère de la Russie", explique le professeur Sergueï 
Medvedev, de l'Ecole supérieure d'économie de Moscou, sur les 
réseaux sociaux, après les heurts sérieux de samedi à Marseille, 
survenus en marge d'une rencontre Angleterre-Russie de l'Euro 
2016. 
    Il traduit en ces termes le mode de pensée des hooligans 
russes : "Nous ne remporterons pas le tournoi, alors faisons 
preuve au moins de courage, tabassons quelques personnes et 
faisons en sorte que le monde entier parle ainsi de nous". 
    Les hooligans russes, qui ne sont pas soumis à des 
interdictions de voyage comme celles imposées à des supporters 
anglais ayant commis des violences, sont libres de circuler 
s'ils ont assez d'argent et un visa Schengen leur donnant accès 
à une bonne partie de l'Europe. 
    Ils incarnent une frange du nationalisme qui se fait 
entendre davantage depuis que la Russie a annexé la Crimée en 
2014 et depuis que les médias officiels russes ressassent que 
l'Occident est l'ennemi numéro un de Moscou. 
    Leur conduite à Marseille leur a valu des éloges dans 
certains milieux politiques où le sport est considéré comme l'un 
des prolongements de ce que le Kremlin considère comme la lutte 
d'influence de la Russie sur la scène internationale. 
    "Je ne vois rien d'abominable dans les bagarres des 
supporteurs", écrivait ainsi lundi sur les réseaux sociaux Igor 
Lebedev, un nationaliste qui est à la fois vice-président de la 
chambre basse du parlement fédéral russe et membre du comité 
exécutif de la fédération russe de football. "Au contraire, nos 
gars ont été remarquables. Continuez!" 
     
    UN TOURNOI PARALLÈLE 
    Selon le procureur de la République Brice Robin, 150 
hooligans russes "extrêmement entraînés" ont pris part, entre 
autres, aux violences de samedi à Marseille, qui ont fait 35 
blessés. "Il y a eu environ 150 supporters de nationalité russe, 
qui sont en réalité des hooligans, qui s'entraînent pour ce type 
de comportements", a-t-il déclaré.  
    Mardi matin , une opération de gendarmerie était en cours 
dans les Alpes-Maritimes pour vérifier l'identité d'une 
trentaine de supporters russes. (voir  ) 
    L'UEFA a menacé d'exclure les équipes russe et anglaise si 
de telles violences se reproduisaient. 
    Les "hooligans" russes, qui se qualifient souvent eux-mêmes 
d'"ultras", appartiennent à une tradition structurée 
d'hooliganisme qui puise ses sources, pour l'essentiel, autour 
de clubs de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. 
    Après les heurts de samedi, certains ont diffusé sur les 
réseaux sociaux des photos d'eux-mêmes en train de brandir comme 
des trophées des drapeaux, pour certains maculés de sang, volés 
aux supporters anglais. 
    "Ceux que l'on appelle les 'supporters actifs' ont leur 
propre championnat d'Europe", écrit le tabloïd Komsomolskaïa 
Pravda. "Et dans cet Euro parallèle, les supporters de l'équipe 
russe sont clairement les favoris, et ils vont s'efforcer de 
démontrer leur suprématie", ajoute le journal. 
    Nombre d'entre eux portent des tatouages reproduisant des 
slogans nationalistes et chrétiens orthodoxes. Certains sont 
liés à des organisations suprémacistes blanches d'extrême droite 
et, lors de matches en Russie, ont agité des drapeaux nazis et 
stigmatisé des footballeurs noirs en lançant sur le terrain des 
peaux de bananes ou en imitant le cri de singes. 
    Quant aux sites de supporters russes, ils débordaient lundi 
d'éloges pour la victoire des hooligans samedi sur les 
supporteurs anglais. 
    "Victoire totale de nos durs à Marseille", écrit ainsi 
Fratria, le club de supporters du Spartak Moscou, qui joint à 
son texte un lien vers une vidéo des violences. "Stupides 
Anglo-saxons!", écrit un supporter utilisant comme pseudo "Ours 
rouge". "Ils se sont retrouvés nez à nez avec la Russie 
'barbare' et leur courage s'est évanoui, ils ont pris leurs 
jambes à leur cou!" 
 
 (Andrew Osborn; Eric Faye pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant