Euro 2016 - France / Deschamps : « Il n'y a pas de mot pour diminuer leur déception »

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Didier Deschamps a fait part de son impuissance dimanche à prononcer les paroles justes à ses joueurs de l’équipe de France après leur défaite en finale de l’Euro 2016 (1-0 ap). Très touché, parfois au bord des larmes, le sélectionneur des Bleus a avoué peiner « à relativiser ».

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL AU STADE DE FRANCE

Didier Deschamps, quelle était l’ambiance dans le vestiaire après la défaite de la France en finale de l’Euro 2016 contre le Portugal dimanche (1-0 ap) ? Le sentiment qui prédomine, c’est évidemment une énorme déception. C’est cruel de perdre cette finale comma ça mais il faut l’accepter. Je félicite le Portugal, c’est le nouveau champion d’Europe. On a eu nos opportunités, on a même eu la dernière dans les arrêts de jeu du temps réglementaire avec le poteau de Dédé Gignac. Il nous a manqué de réussite, de lucidité, de fraîcheur aussi. Je n’ai rien à reprocher à mes joueurs, ils ont tout donné. Ça se joue à peu de choses mais il manque l’essentiel. C’est très dur. Chacun d’entre nous devra le digérer.

Qu’avez-vous dit à vos joueurs pour les consoler ? Il n’y a pas de mot pour diminuer leur déception. Elle est forte, énorme. Il ne faut pas oublier notre parcours et le soutien de millions de Français. C’est dur pout tous nos supporters, on aurait aimé leur offrir ce titre. C’est difficile de voir les points positifs, même s’il y en a. C’est très dur mais c’est le haut niveau.

N’avez-vous pas payé les efforts consentis jeudi contre l’Allemagne en demi-finale (0-2) ? Evidemment. Mais si je dis ça, c’est trouver des excuses. C’est la réalité. Je l’ai connu en ma faveur quand j’étais joueur. Entre deux finalistes, entre trois et quatre jours, c’est beaucoup. On le savait. On a laissé beaucoup d’énergie contre l’Allemagne. On a tout fait pour optimiser la récupération avec le staff mais ça n’a pas suffi. C’est dommage parce que qui dit fraîcheur dit plus de lucidité et de réalisme.

« C’est difficile pour moi de relativiser »

Estimez-vous que la pression populaire ait pu jouer un rôle négatif dans cette soirée ? Sincèrement non. Le public était derrière nous. On n’a pas joué tétanisés, bien au contraire. Le Portugal sait très bien jouer faire déjouer l’adversaire, il défend collectivement et repart très vite à la moindre occasion. Sans Cristiano Ronaldo, elle avait une arme offensive en moins et s’est regroupée encore plus. On a poussé, on a laissé plus d’espaces. On n’a pas raté notre match, on a joué cette finale. Ca se joue à peu de choses mais ça n’a pas tourné dans le bon sens ce soir (dimanche).

Ce tournoi a permis d’entretenir la nouvelle relation entre l’équipe de France et son public… Depuis notre qualification pour la Coupe du Monde contre l’Ukraine, il y a un changement d’atmosphère. Tout le soutien qu’on a eu depuis des semaines, c’est très agréable. Je suis très déçu pour les millions de supporters français. C’est difficile pour moi de relativiser aujourd’hui, la déception est trop forte.

Le Portugal fait-il selon vous un beau champion d’Europe ? Le gagnant mérite toujours. Le Portugal n’était pas là par hasard, je l’avais dit avant le match, même si c’est une équipe qui a fini troisième de son groupe et qui est aujourd’hui championne d’Europe. Je ne veux rien leur enlever. Ils n’ont pas gagné beaucoup de matchs mais ils ont gagné le plus important. Il y avait peut-être des générations portugaises avec plus de talent mais elles n’avaient rien gagné. Là, ils l’ont fait.

N’avez-vous pas payé en prolongation le fait d’avoir absolument voulu éviter la séance de tirs au but ? Peut-être. Quand il y a prolongation, on ne va pas attendre et aller aux tirs au but, c’est la loterie. On a tout fait pour marquer ce but, ça a certainement fait le jeu des Portugais. On a laissé plus d’espaces et ils nous ont punis sur cette opportunité. Il ne faut pas avoir de regrets par rapport à ça. Je pars du principe qu’on se doit d’aller chercher ce but avant la séance de tirs au but.

« Ça laisse envisager des jours meilleurs »

Avez-vous la sensation que Dimitri Payet ait été perturbé par la sortie de Cristiano Ronaldo, qu’il a lui-même provoqué en le blessant ? Je ne pense pas, je ne lui en ai pas parlé. Les conséquences ont surtout été pour le Portugal, qui perdait son meilleur joueur, et ça ne les a pas empêchés de gagner ce titre. Ca changeait pour nous, le système du Portugal s’est modifié pour être bien fermé, avec un triangle au milieu. Ils n’ont pas eu énormément d’opportunités. Dimitri a fait un excellent début d’Euro. Il lui manquait de la fraicheur, il est moins habitué que les autres par rapport au rythme qu’il a avec West Ham. Je retiens tout ce qu’il a fait de bon. C’est un être humain. Les joueurs finissent un Euro rincés, la saison est longue. Arriver au septième match, des joueurs sont plus fatigués que les autres, même s’ils le sont tous.

Que pensez-vous de la soirée d’Antoine Griezmann et de son évolution sur ce tournoi ? Il a eu des occasions, il est tombé sur un gardien qui a fait des parades décisives. Il arrivait d’une très belle saison, il avait déjà perdu la finale de la Ligue des Champions. C’est encore un jeune joueur mais il est arrivé au très haut niveau mondial. Il a été décisif, toujours en cherchant à jouer pour le collectif. Il ne déjoue pas. Il a manqué de réussite ce soir mais c’est un joueur de haut niveau.

Ce groupe semble néanmoins au début d’un cycle avec cette finale, son futur a tout pour être radieux… Bien sûr et je n’oublie pas ça. La déception prédomine ce soir. On a fait un quart de finale il y a deux ans, on est finaliste aujourd’hui. Il y a des jeunes qui vont progresser, on sait aussi ce qu’il s’est passé avant la compétition. Je suis très fier, on a été au bout de nous-mêmes et je félicite les vingt-trois joueurs. On a passé cinquante-quatre jours pour les premiers à nous avoir rejoints et j’ai eu un groupe extraordinaire à disposition. Je suis malheureux pour eux ce soir mais ça ne s’arrête pas là. On prend un gros coup sur la tête mais ça laisse envisager des jours meilleurs et un avenir intéressant.

Pouvez-vous confirmer que vous dirigerez l’équipe de France à la rentrée, pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 C’était prévu comme ça. Je ne vais pas penser à moi. Je suis là, j’aurai besoin de temps pour digérer, comme les joueurs. Ils vont reprendre avec leurs clubs, certains très rapidement. Je vais analyser avec mon staff, pas juste sur ce soir, et on verra par la suite.

Propos recueillis par GS au Stade de France

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