Et Yachine déchira le rideau

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Et Yachine déchira le rideau
Et Yachine déchira le rideau

Le final est devenu un marqueur de l'histoire. C'était il y a maintenant quarante-cinq ans, au cœur du stade Central Lénine de Moscou, devant plus de 100 000 regards. Le 27 mai 1971, Lev Yachine porta pour la dernière fois son costume. Sur une dernière toile.

Lev Yachine aimait les vapeurs. Celles de ses cigarettes, celles qui se dégageaient de sa liqueur. Lev Yachine aimait aussi respirer. Sentir le souffle de l'histoire, l'écrire à sa façon et la changer à sa manière. C'était une panthère pour les uns, une araignée pour les autres. Un révolutionnaire de l'avis de tous. Un enfant des années trente, un apôtre du style et un précurseur. Celui de la relance rapide, des ballons boxés et des angles fermés. Pour beaucoup, il deviendra par la suite un modèle. Un guide spirituel pour toucher à sa façon la postérité. Des discussions et analyses historiques, une conclusion : personne n'aura autant influencé un poste et, encore à ce jour, personne n'aura autant impressionné que lui sur une ligne blanche. Lev Yachine était simplement le plus grand. Peut-être aussi le plus beau. Salinger l'a clairement exprimé dans L'Attrape-cœurs : "Je déteste ça. L'adieu, je veux bien qu'il soit triste ou pas réussi, mais au moins, je veux savoir que je m'en vais. Sinon c'est encore pire." Alors Yachine avait décidé d'un dernier rassemblement avant de baisser le voile. De soulever une dernière fois son peuple, un jour de mai, en 1971, dans le bois du stade Central Lénine de Moscou. Sur une dernière larme.

Le rideau de fer et le sombrero de Peña


Il faut prendre le poids de l'événement. En 1918, Vassili Rozanov avait dessiné dans L'Apocalypse de notre temps une barrière impénétrable : "En cliquetant, en craquant et en grinçant, un rideau de fer descend sur l'histoire de la Russie." Le terme de "rideau de fer" sera décliné, repris et tordu dans tous les sens. Jusqu'aux lèvres de Winston Churchill, il y a soixante ans. Au début des années 70, l'URSS est encore un monde fermé. "Pour nous tous, c'était un événement. On allait jouer plus qu'un jubilé, on allait à Moscou, pose Jean Djorkaeff, alors capitaine de l'équipe de France. On était dans un hôtel juste à côté de la place Rouge. C'était la première fois que j'allais en URSS, donc j'avais demandé à venir avec ma femme." C'est aussi une partie de son passé que Tchouki va embrasser à l'occasion de ce voyage, lui dont le père était un Kalmouk, une ethnie mongole vivant dans le sud de la Russie. Il explique : "Je connaissais Lev Yachine de par sa renommée. Bien sûr, tout le monde connaissait le…


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