« Et si l'inflation américaine repartait ? » (Diamant Bleu Gestion)

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L'inflation américaine, après être tombée à 0% il y a un an, semble repartir à la hausse.
L'inflation américaine, après être tombée à 0% il y a un an, semble repartir à la hausse.

L’inflation est repartie à la hausse aux Etats-Unis en début d’année 2016. La cible de la Fed, qui voudrait une inflation de 2% en rythme annuel, se rapproche. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Comment réagir ? L’analyse d’Hugues Le Maire, co-fondateur de Diamant Bleu Gestion.

Alors que les dernières statistiques américaines, comme le retour de l’ISM des services dans une zone de contraction, font craindre aux observateurs un trou d’air économique aux Etats-Unis, les indicateurs de prix laissent pourtant espérer un avenir moins gris. Surtout si l’on s’attarde sur les chiffres de la « bonne inflation », réelle, qui englobe notamment les revalorisations salariales, par opposition à la « mauvaise inflation », terme employé par Janet Yellen le 25 septembre à l’Université du Massachusetts pour désigner la très forte contribution (90%) des prix des importations et des matières premières à la baisse de l’inflation en 2015.

Ainsi, la hausse des prix au niveau du consommateur (« Consumer Price Index » ou CPI) est passée de 0% il y a un an (même -0.1% en janvier 2015) à 0.7% au 31 décembre 2015, puis 1.4% à fin janvier 2016. S’agissant de l’inflation des coûts de production (« Producer Price Index » ou PPI), les niveaux franchement négatifs d’il y a près d’un an (-4.5% à fin avril 2015) tendent désormais vers 0. (…) Un mouvement de reprise de l’inflation, certes timide, est en marche aux Etats-Unis depuis un an environ.

Or, toutes les conditions semblent réunies aux Etats-Unis pour que ce mouvement se poursuive. D’abord parce que le marché du travail américain se porte bien, voire très bien : le taux de chômage est au plus bas depuis 10 ans, à 5% alors que le nombre d’offres d’emplois pourvus, 5.6 millions au total, n’a jamais été aussi élevé.

À cela s’ajoute l’optimisme des petits entrepreneurs, qui se traduit par des anticipations d’augmentations de salaires au plus haut depuis 2005. Le phénomène d’inflation salariale touche aussi les grands groupes, notamment dans le domaine de la consommation, telles que Home Depot ou McDonalds. Ces derniers ont prévu de relever les salaires les plus faibles créant ainsi une hausse de pouvoir d’achat qui pourrait être rapidement consommé dans l’économie réelle.

Les chiffres révisés du taux de croissance américain pour le quatrième trimestre de l’année 2015 confirment cette tendance : le revenu disponible des ménages a augmenté de 2.75%, et leur consommation de 2.90%.

Du côté de la « mauvaise inflation », celle qui est importée et qui subit les fluctuations des matières premières, la situation pourrait également s’arranger si l’on se rapporte aux performances glissantes d’une année sur l’autre (« year-on-year ») du dollar américain contre l’euro et du pétrole.

En février 2015, à 1.1196, l’euro venait de se déprécier de plus de 20% sur un an. Fin février 2016, la variation annuelle était proche de 0. Ainsi, au travers de ce raisonnement simplifié puisque la zone euro n’est qu’un des partenaires commerciaux des Etats-Unis, on voit que l’effet devise est passé de -20% à 0%. S’agissant du pétrole, l’effet déflationniste joue encore à plein, puisque la variation annuelle du WTI n’est passée récemment que de 50% à 40%. Mais si les prix venaient à se stabiliser, leur variation annuelle pourrait aussi rapidement tendre vers 0. Tout comme pour les prix du blé, en recul de l’ordre de 10% sur un an alors que cette baisse atteignait 40% à la fin du mois de mai 2015.

Pour autant, il ne faut pas occulter certains risques d’ordre conjoncturel. Comme ceux de voir la Fed être prise de court dans le cadre du resserrement de sa politique monétaire par des turbulences économiques en provenance des pays émergents, notamment de la Chine, mais aussi de l’Europe, ou encore l’activité manufacturière américaine se dégrader.

Si ce mouvement de reprise [de l’inflation] venait à se confirmer, il faudrait se tenir prêt à :

- renforcer les placements en actions et autres actifs risqués en privilégiant notamment des actions de sociétés distribuant des dividendes élevés. Les secteurs des matières premières, du pétrole, de l’industrie, pourraient ainsi confirmer leur retour en grâce observé depuis mi-février

- revenir sur les valeurs aurifères qui pourraient enfin, après des années de purgatoire, retrouver des couleurs et, ainsi, permettre de se protéger contre les effets de l’inflation et d’amortir la volatilité qu’un choc d’inflation impliquerait sur les marchés financiers.

Nous n’en sommes pas encore aujourd’hui à un phénomène de hausse marquée de l’inflation, et les risques qui planent sur la croissance mondiale et donc américaine sont réels. Mais comme l’a récemment écrit Warren Buffet dans la lettre annuelle de Berkshire Hathaway : « c’est une grosse erreur de parier contre l’économie américaine depuis 240 ans ».

Hugues Le Maire, co-fondateur de Diamant Bleu Gestion

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