Et maintenant, l’épreuve de vérité

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L'environnement économique vu par Eric Venet, directeur de la gestion chez montbleu finance

Et maintenant, l’épreuve de vérité

« L’été 2010 sera-t-il identique à celui de 2009 ? » Il y a un an, cette question revenait souvent dans les conversations. Les mêmes craintes taraudaient déjà les opérateurs : les politiques massives de relance budgétaire allaient-elles marquer le pas ? Le spectre du double dip (récession à double creux) venait hanter les marchés.

Du côté de la sphère financière, la Grèce avait déjà secoué le marché de la dette souveraine et les acteurs économiques craignaient une contagion à l’ensemble des pays périphériques de l’Union européenne.

Un an plus tard, après le recours massif à la création monétaire par les États-Unis, les craintes déflationnistes ont disparu, laissant la place à des anticipations inflationnistes (certes encore faibles). Cependant, les mêmes interrogations quant à la croissance mondiale demeurent, alors même que le fardeau de la dette publique s’est alourdi, renforçant les inquiétudes face à un possible défaut de paiement.

Côté "économie" : une croissance mondiale plus faible

Le FMI n’a revu qu’à la marge son estimation de la croissance mondiale pour 2011 : il l’évalue, à présent, à 4,3% contre 4,5% en ce début d’année. Les pays émergents devraient rester le principal moteur de cet essor mondial, avec en premières places la Chine et l’Inde.

Certes, victimes des craintes de surchauffe, les pays émergents se sont installés dans des politiques d’austérité, remontant, à plusieurs reprises, leurs taux d’intérêt à court terme. Ainsi, en Chine, les pressions inflationnistes toujours vives (+ 5% pour les prix à la consommation, + 6,8% pour ceux à la production) commencent à peine à ralentir après quatre remontées de taux. La production industrielle devrait, pourtant, se maintenir autour de 10% de croissance ; la consommation des ménages reste, dans le même temps, impressionnante (+ 17%). La forte revalorisation des salaires, conjuguée à une volonté politique de rééquilibrer progressivement l’économie intérieure, semble fonctionner.

Cependant, en Inde et au Brésil, la remontée plus brutale des taux devrait conduire à une baisse plus importante de la croissance. Toutefois, nous restons encore sur des taux conséquents.

Pour les États-Unis, le ralentissement est davantage subi. Malgré une politique monétaire très laxiste, la croissance américaine faiblit. Ainsi, pour le FMI, elle ne devrait être que de 2,5% en 2011 et de 2,7% en 2012. Il faut dire que l’économie américaine est passée d’une croissance de 3,2% en taux annualisé, à 1,8% pour le 1er trimestre de cette année. Par la suite, les anticipations pour le 2nd trimestre ont été réajustées et passent de 3,4% à 2,5%. La désorganisation de l’économie japonaise, suite aux récents séismes, à la flambée des prix des matières premières et aux interrogations sur la solidité financière du pays, a-t-elle eu raison de l’économie américaine ? Nous ne le croyons pas. En effet, le retour à des prix de l’énergie plus conformes à leur valeur fondamentale devrait rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs américains et de la flexibilité aux entreprises (notamment au niveau des prix de vente). L’investissement devrait rester soutenu, alors même que les légères anticipations d’inflation devraient faciliter le désendettement de l’économie. Mais ceci devrait prendre du temps, temps que n’accorde pas forcément la finance.

Côté "finance" : des dettes de moins en moins soutenables

Cette croissance plus faible ravive les craintes du secteur financier. Le problème de liquidités, auquel ont dû faire face l’Irlande et le Portugal, a trouvé un dénouement (du moins temporairement) grâce aux prêts consentis par le FESF, l’Europe et le FMI. Mais aujourd’hui, la crise touche à nouveau la Grèce. Devant l’absence de résultats ou de volontés politiques réelles visant à enrailler le déficit budgétaire, ses "bailleurs de fonds" ont forcé la Grèce à privatiser et accroître encore l’austérité.

Pourtant, il est clair, désormais, que cette dette grecque devrait être réaménagée. Cette fois-ci, le système financier, sauvé en 2008 par l’intervention publique, devrait être mis à contribution.

Les agences de notation renforcent la pression en dégradant, parfois violemment, les notes attribuées à l’ensemble des pays affaiblis. C’est ainsi que par contagion l’Italie a fini par être entraînée dans la tourmente. Cette fois-ci, c’est un État membre comptant parmi les poids lourds de l’Europe, qui est atteint. En conséquence, le règlement politique doit être efficace.

Nous pensons qu’un sursaut de notre vieille Europe sera possible et qu’elle finira par trouver, en un fédéralisme accru, le moyen de répondre à ce défi.

Malheureusement, un scénario similaire se met en place outre-Atlantique. Les États-Unis sont également menacés de perdre leur note AAA, en cas de retard sur l’accord visant à augmenter le plafond de la dette (plafond dépassé depuis le 16 mai). Même si un tel schéma est difficile à imaginer, la date couperet du 2 août prochain risque d’augmenter encore le stress financier.

Il devient impératif de sortir de cette impasse, soit par des signes de croissance plus soutenue, soit par une volonté politique mondiale forte permettant de régler les contingences financières. L’été 2011 sera l’épreuve de vérité…

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