Essilor: le rapprochement avec Luxottica dope le titre.

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(CercleFinance.com) - Cette opération a été évoquée de nombreuses fois, mais la rumeur, d'aucuns parleraient plutôt de serpent de mer, est bel et bien devenue réalité ce matin. Essilor et Delfin ont annoncé un accord en vue d'un rapprochement entre Essilor et son homologue italien Luxottica, 2 géants du secteur optique, pour créer un acteur intégré sous le nom de 'EssilorLuxottica'. Très net leader du CAC 40, le titre du géant français du verre ophtalmique grimpe de 13,2% à 115,6 euros un peu après midi dans le sillage de cette information qui marque un tournant dans son histoire centenaire. A Milan, l'action Luxottica flambe pour sa part de 8,6%.

La capitalisation boursière des 2 groupes flirte avec les 51 milliards d'euros aux cours actuels. 2 groupes qui, rappelons-le, ont connu des difficultés l'an passé, avec plusieurs avertissements sur résultats, et qui sur la base de leurs comptes 2015 uniraient leurs forces en vue de donner naissance à une nouvelle entité dont le chiffre d'affaires dépasserait les 15 milliards d'euros, pour un Ebitda net de l'ordre de 3,5 milliards d'euros.

Sur la base d'estimations préliminaires, celle-ci devrait par ailleurs générer progressivement des synergies de chiffre d'affaires et de coûts, qui atteindraient un montant compris entre 400 et 600 millions d'euros à moyen terme, et qui s'accéléreraient sur le long terme.

D'après les modalités de l'accord qu'ont conclu Essilor et Luxottica, Delfin, le holding familiale de Leonardo Del Vecchio (fondateur, président exécutif et premier actionnaire de Luxottica), apporterait la totalité de sa participation -environ 62 % - à Essilor, en échange d'actions nouvelles émises par le groupe hexagonal dans le cadre d'un apport-scission sur la base d'une parité d'échange de 0,461 action Essilor pour une action Luxottica.

Essilor lancerait ensuite une offre publique d'échange (OPE) obligatoire selon la même parité d'échange dans l'optique d'un retrait de la cote des actions Luxottica.

Concernant le management, Leonardo Del Vecchio serait désigné PDG d'EssilorLuxottica, avec au poste de vice-PDG l'actuel PDG d'Essilor Hubert Sagnières, lequel disposerait de prérogatives comparables.

Ce deal est unanimement salué par les analystes et les investisseurs, après une année 2016 compliquée pour Essilor, qui le 29 juillet dernier avait ramené sa prévision d'une croissance organique annuelle de l'ordre de 5% à environ 4,5%, tout en confirmant son objectif de marge opérationnelle d'au moins 18,8%. En octobre, le groupe avait ensuite averti que tenir ces engagements n'allait pas être chose aisée, ce qui s'apparentait à un demi-avertissement, voire à un profit warning déguisé. Last but not least, Essilor a lancé un 'double warning' le mois suivant en ramenant l'estimation de sa croissance à données comparables à environ 3,5%, pour une marge située autour de 18,5%. Autant dire que la société reste sur plusieurs désillusions de taille et que ses comptes annuels seront attendus au tournant.

De son côté, Luxottica a le 25 juillet, après un premier semestre décevant, révoqué sa fourchette d'une croissance des ventes comprise entre 5 et 6% pour une nouvelle bien moins ambitieuse entre 2 et 3%. La direction a néanmoins fait montre d'un certain optimisme depuis, anticipant une accélération de la croissance à partir de 2017.

Parmi les brokers ayant réagi à l'annonce du jour, Jefferies a maintenu son conseil 'achat', assorti d'un objectif de cours de 114 euros. Le bureau d'études juge significatif le potentiel de synergies dans ce rapprochement attendu depuis plusieurs années entre Essilor, incontestable leader de son secteur (40% de parts de marché), et Luxottica, numéro un des distributeurs.

Egalement à l'achat, avec un fair value de 123 euros, Bryan Garnier ne dit pas autre chose : 'cette opération serait parfaite sur le papier dans la mesure où chacun des groupes est leader dans sa catégorie.' Pour autant, l'analyste souligne qu'EssilorLuxottica pourrait être confronté à des barrières anti-trust dans la mesure où il deviendrait un 'fournisseur hégémonique' pour de nombreux opticiens indépendants et pour la chaine optique. Il redoute de surcroît un conflit de leadership, considérant que 'les nominations dans les entreprises issues de telles fusions sont assez compliquées, comme le montrent l'échec de la fusion Publicis-Omnicom et les négociations difficiles entre Lafarge et Holcim'.

L'avenir nous dira si Essilor et Luxottica parviendront à surmonter les obstacles préalables à leur rapprochement historique.

(G.D.)


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