Essebsi remporte l'élection présidentielle en Tunisie

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* Essebsi se dit le technocrate dont la Tunisie a besoin * Manifestations dans le sud du pays contre "l'ancien régime" * Obama, Kerry et Mogherini saluent le processus démocratique (Actualisé avec déclarations des deux candidats, Mogherini) par Tarek Amara TUNIS, 22 décembre (Reuters) - Béji Caïd Essebsi, candidat de l'alliance laïque Nidaa Tounès, a remporté lundi la première élection présidentielle libre en Tunisie, ultime étape de la transition démocratique entamée avec le soulèvement populaire qui avait provoqué la chute de Zine ben Ali en janvier 2011. Selon les résultats officiels, Essebsi a obtenu 55,68% des suffrages lors du second tour de scrutin contre 44,32% à son rival Moncef Marzouki qui assurait les fonctions de président par intérim depuis sa désignation par l'assemblée constituante en décembre 2011. "Je serai le président de tous les Tunisiens", a déclaré Béji Caïd Essebsi dans une courte intervention sur les ondes de la télévision d'Etat. Son adversaire a lui reconnu sa défaite, s'exprimant également brièvement à la télévision, et ajouté que le scrutin avait subi des irrégularités qu'il ne comptait toutefois pas contester. Après l'annonce de la victoire du candidat de l'alliance laïque, des violences sporadiques ont éclaté dans diverses villes du sud du pays, des centaines de manifestants contestant l'élection d'un membre de l'ancien régime et le bureau de Nidaa Tounès à Tataouine, dans le sud du pays, a été incendié, selon des témoins. Avant même la publication des résultats officiels, des affrontements avaient opposé les forces de l'ordre à des groupes de jeunes manifestants à Hamma, ville du sud de la Tunisie. Une partie de la population tunisienne considère que la victoire d'Essebsi, 88 ans, qui occupa le poste de président de la Chambre des députés entre 1990 et 1991 à l'époque de Ben Ali, marque un retour au pouvoir des membres de l'ancien régime. Essebsi, qui fut également ministre de Habib Bourguiba, premier président après l'indépendance de la Tunisie, se présente comme un technocrate laïque dont le pays a besoin après trois années de gestion par une coalition dominée par les islamistes. "BRILLANT EXEMPLE" Devant le siège de Nidaa Tounès, à Tunis, des centaines de partisans célébraient dans la rue la victoire de leur candidat, chantant et agitant des drapeaux tunisiens. "Nous avons en partie réussi notre lutte", a déclaré Aya Khiari, un sympathisant du président nouvellement élu. "Ces élections n'étaient qu'une étape, la bataille pour construire la Tunisie ne fait que commencer." Moncef Marzouki, qui s'était réfugié en France sous le régime Ben Ali, n'a pas fait de déclaration dans l'immédiat mais a félicité son adversaire dans un message mis en ligne sur la page officielle de sa campagne sur Facebook. Le président sortant, qui s'est vu reprocher son alliance avec les islamistes d'Ennahda qui lui a permis d'être élu président de transition en décembre 2011, estime que l'accession d'Essebsi au poste de chef de l'Etat est de nature à remettre en cause la "révolution de jasmin". Le président américain Barack Obama et son secrétaire d'Etat John Kerry ont félicité Béji Caïd Essebsi pour sa victoire ainsi que la Tunisie pour la conclusion de sa première élection présidentielle sous la nouvelle constitution. "La Tunisie a fourni un brillant exemple à la région et au monde de ce qui peut être réalisé à travers la démocratie, le consensus et un processus politique ouvert", a déclaré John Kerry dans un communiqué. La chef de la diplomatie européenne a, de son côté, affirmé la détermination de l'Union européenne à travailler avec les nouvelles autorités tunisiennes. "L'Union européenne reste déterminée à travailler avec les nouvelles autorités tunisiennes ainsi que tous les niveaux de la société" tunisienne, a déclaré l'italienne Federica Mogherini, ajoutant que l'objectif était de permettre un progrès démocratique et des réformes sociales et économiques. Le parti d'Essebsi devra désormais désigner un Premier ministre et former un nouveau gouvernement de coalition avant de s'attaquer au contrôle de l'extrémisme islamiste et à des réformes économiques sensibles. (Patrick Markey et Tarek Amara; Pierre Sérisier et Agathe Machecourt pour le service français)

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