Espoir et doute après l'accord sur les armes chimiques syriennes

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ESPOIR ET DOUTE APRES L'ACCORD SUR LA DESTRUCTION DES ARMES CHIMIQUES SYRIENNES
ESPOIR ET DOUTE APRES L'ACCORD SUR LA DESTRUCTION DES ARMES CHIMIQUES SYRIENNES

par Oliver Holmes

BEYROUTH (Reuters) - Le gouvernement syrien a une semaine pour remettre la liste exhaustive de ses armes chimiques en vue de leur destruction totale d'ici le milieu de l'an prochain, aux termes de l'accord russo-américain conclu ce week-end à Genève.

Malgré cette avancée diplomatique, les Etats-Unis, voulant maintenir la pression sur Damas, ont souligné qu'ils étaient toujours prêts à toute éventualité.

L'accord signé samedi après trois jours d'âpres discussions dans la ville suisse a été salué comme un pas important par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

"Il y a quelques jours encore, le régime syrien n'admettait pas qu'il soit à la tête d'un arsenal chimique de plus de 1.000 tonnes et qu'il y ait eu un massacre chimique le 21 août. Une semaine plus tard, les choses ont heureusement bougé et il faut s'en féliciter", a-t-il dit lors d'une visite à Pékin.

Pour l'Iran, allié du régime de Damas, le plan mis au point par le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov témoigne de la "raison" des dirigeants américains.

La Chine, estimant que la crise syrienne ne peut être réglée militairement, a salué "un accord-cadre qui améliore la situation, actuellement explosive et tendue, en Syrie".

Le ministre syrien de la Réconciliation nationale, Ali Haidar, a jugé que l'accord de Genève, grâce aux efforts de la Russie, était une "victoire" pour le gouvernement de Bachar al Assad et balayait tout prétexte à des frappes militaires étrangères en Syrie.

COLÈRE DE L'OPPOSITION SYRIENNE

Menacé d'attaques occidentales au début du mois, le gouvernement de Damas, accusé par les Occidentaux d'avoir mené une attaque chimique le 21 août dans la banlieue de Damas, s'est engagé à se débarrasser de ses stocks de gaz de combat et à signer la convention internationale pour l'interdiction des armes chimiques.

Le gouvernement d'Assad dément être à l'origine de l'attaque du mois dernier, qui a fait des centaines de morts. Il accuse les insurgés, une thèse également défendue par la Russie.

Le rapport des inspecteurs de l'Onu sur cette attaque est attendu lundi.

Pour l'opposition syrienne, l'accord de Genève n'aidera pas à résoudre la crise et peut même être considéré comme un coup porté à l'insurrection. Le chef du Conseil militaire suprême de la rébellion, le général Selim Idris, a accusé Assad de transférer depuis quelques jours des armes chimiques au Liban et en Irak.

"Au diable ce plan Kerry-Lavrov ! Nous le rejetons et nous ne protégerons pas les inspecteurs (de l'Onu). Nous ne les laisserons même pas entrer en Syrie", a déclaré un autre chef militaire rebelle, Kassim Saadeddine.

"De fait, Assad se retrouve dans une position renforcée", écrit l'analyste Shadi Hamid, du Brookings Doha Center, dans le magazine Atlantic. "Il peut à présent échapper pratiquement à tout tant qu'il s'en tiendra à ces bonnes vieilles armes conventionnelles."

"Il a réussi à repousser la menace d'une action militaire américaine sans céder grand chose en retour", ajoute Hamid, pour lequel les événements de ces derniers jours sont "comme une récompense pour avoir utilisé des armes chimiques".

OBAMA DÉFEND SA GESTION DU DOSSIER

Des interrogations subsistent sur les modalités de mise en place du plan.

John Kerry a rencontré dimanche à Jérusalem le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et lui a assuré avoir les moyens de détruire tout l'arsenal chimique syrien.

"Cet accord sera jugé à l'aune de ses résultats, à savoir la destruction complète de la totalité des stocks d'armes chimiques que le régime syrien a utilisées contre son propre peuple", avait auparavant souligné le chef du gouvernement israélien.

Barack Obama, dans une interview diffusée dimanche par la chaîne de télévision ABC, a défendu sa gestion du dossier syrien.

Son attitude lors de cette crise a été diversement appréciée au sein de la population américaine, largement hostile à une intervention armée en Syrie. Selon un récent sondage Reuters-Ipsos, seulement 35% des Américains se disent satisfaits de la gestion de ce dossier par le président.

Des élus ont dénoncé ses "atermoiements", l'accusant de manquer de ligne directrice dans sa politique syrienne - menaces de frappes qu'on croyait imminentes au début du mois, décision surprise de demander l'avis du Congrès, vote finalement repoussé pour donner une chance à la diplomatie, après la proposition russe, aussitôt acceptée par Damas, de placer sous contrôle international l'arsenal chimique syrien.

Sur le terrain, l'aviation et l'artillerie gouvernementales ont bombardé des faubourgs de Damas tenus par les rebelles. La localité de Jobar, à l'est de Damas, a été en particulier prise pour cible dans la nuit de samedi à dimanche.

Avec Warren Strobel, Stephanie Nebehay, Tom Miles, Ben Blanchard, Dominique Patton et Steve Holland; Jean-Loup Fiévet, Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français

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