Érosion des côtes: des immeubles menacés d'effondrement

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FOCUS - La station balnéaire de Soulac-sur-Mer (Gironde) témoigne du recul des côtes aquitaines. Des édifices situés à 200 mètres du rivage il y a 50 ans ne sont plus qu'à quelques mètres de l'océan, menaçant parfois de s'effondrer.

Partout sur la côte Atlantique, les plages reculent, progressivement grignotées par l'océan, dont le niveau a augmenté de vingt centimètres en un peu plus d'un siècle. L'érosion est particulièrement spectaculaire en Nouvelle-Aquitaine, une région frappée en 2013 et 2014 par des tempêtes exceptionnelles qui ont fait reculer le trait de côte de près de 40 mètres par endroits. Et le phénomène ne fait que commencer: d'ici 2050, la mer pourrait gagner près de 50 mètres supplémentaires dans les zones sablonneuses.

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Soulac-sur-Mer, en Gironde, est l'une des villes les plus durement touchées. La côte a en effet reculé de près de 60 mètres depuis 2010, balayée par des tempêtes hivernales comme la tempête Xynthia. Situé en première ligne, l'immeuble «Le Signal», un édifice de quatre étages et de 78 appartements, permet de mesurer l'ampleur du recul. Après 50 ans d'existence, l'édifice, initialement construit à 200 mètres de la plage, est désormais posé à quelques mètres seulement de la mer, sur une avant-dune instable.

Une situation intenable pour les autorités, au point que le préfet a décidé d'expulser les habitants en 2014, moyennant une compensation modeste de 20.000 euros par appartement. Depuis, les anciens résidents se battent pour obtenir une indemnisation au titre du fonds Barnier qui dédommage les propriétaires expropriés pour cause de risque naturel majeur. Une décision du Conseil d'État, en date de décembre 2016, pourrait bien leur donner gain de cause. La plus haute juridiction du pays devrait en effet classer l'érosion dunaire dans la liste des risques naturels couverts par le fond, au même titre que les inondations ou les séismes, reconnaissant ainsi son caractère irrésistible.

Des mesures plus ou moins efficaces pour lutter contre l'érosion

Le phénomène ne cesse en effet de prendre de l'ampleur malgré les actions répétées de certaines communes. À la Teste-de-Buch, en Gironde, l'Office national des forêts tente ainsi de stabiliser le cordon dunaire en y plantant des végétaux résistants, comme l'oyat, dont les racines s'enfoncent à près de 2 mètres dans le sol. D'autres villes multiplient les stratégies, quitte à y consacrer un budget important.

C'est le cas d'Anglet au Pays basque qui a lancé depuis quelques années un vrai plan de bataille pour repousser les assauts répétés de l'océan: installation de clôtures, plantation de végétaux, enrochement, opération de reprofilage des plages en hiver, drague de l'embouchure de l'Adour, un fleuve avoisinant, pour rejeter le sable sur les plages... De telles mesures doivent être renouvelées chaque année. Si elles sont coûteuses, elles s'avèrent plutôt efficaces. Elles ont en effet permis jusqu'à présent d'entretenir le littoral et de maintenir son attractivité touristique. «Cela représente plus de trois millions d'euros chaque année pour la commune, mais ce sont des choix», se justifie l'adjointe au maire déléguée à l'environnement Valérie Dequeker.

Les collectivités locales s'interrogent pourtant de plus en plus sur la pérennisation de telles mesures. «Le problème c'est que l'eau finit toujours par contourner les systèmes de défense et à s'engouffrer un peu plus loin dans les terres», explique Frédéric Boudeau, directeur général des services à la communauté des communes Médoc Atlantique. L'avancée de la mer sur les terres, bien que très progressive à certains endroits, paraît parfois inéluctable. Certaines communes, comme Bidart, ont ainsi renoncé à influencer l'œuvre de la nature, quitte à voir leurs plages disparaître dans quelques années.

Un «effet Signal» temporaire sur le marché immobilier

Une situation qui n'est pas sans conséquences sur le marché immobilier dans ces stations balnéaires. À Soulac-sur-Mer, les prix de l'immobilier ont baissé de 4,6 % en 2015, suite à la tempête de 2014. Il y a trois ans, on parlait ainsi d'«effet Signal» pour expliquer la baisse sur les prix dans la commune, notamment pour les résidences en front de mer.

Un phénomène que tempèrent néanmoins les professionnels de l'immobilier sur la commune. Après quelques années de baisse, les ventes de résidences secondaires sont en effet reparties à la hausse depuis un an sur la commune. «Nous avons vendu des maisons proches de la plage à un prix correspondant à celui du marché, et des appartements à vendre dans des résidences en front de mer ont trouvé preneurs rapidement», confie un agent immobilier installé à Soulac-sur-Mer. L'augmentation des prix, de l'ordre de 8 % depuis un an, témoigne ainsi de l'attractivité croissante de la ville.

Une attractivité qui accentue encore un peu plus la pression sur la station balnéaire, laquelle voit chaque année 500.000 mètres cubes de sable emportés dans les entrailles de l'océan. À terme, c'est la commune entière qui pourrait disparaître indiquer Yves Banel, le président de l'Association pour la Protection de Soulac-sur-Mer contre l'Érosion Marine. L'association dénonce les actions de la mairie, qui a construit des digues de pierre et prévoit le réensablement artificiel de ses plages, qui empireraient la situation. Pour la communauté de communes, agir est pourtant indispensable car aucune solution de repli n'est envisageable pour les habitants, qui n'ont d'autre choix que d'espérer en l'efficacité des solutions mises en œuvre dans les prochaines années.

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