Eric Venet (Montbleu Finance) : « Il faut garder la tête froide »

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Les marchés ont engagé un bras de fer dangereux avec les Etats. Dans un contexte d'extrême volatilité, il faut garder la tête froide recommande Eric Venet, directeur de la gestion chez Montbleu Finance.

Les annonces du sommet franco-allemand de mardi n'ont visiblement pas dissipé les doutes des marchés. Un sommet pour rien ?

Eric Venet : Les marchés sont trop exigeants. Je m'inscris en porte-à-faux contre ceux qui n'ont de cesse de critiquer les politiques dont les marges de manoeuvre sont limitées. Dans l'absolu, les marchés ont raison de demander des gages aux Etats mais il n'est pas non plus dans leur intérêt de pousser trop loin leurs exigences alors même que les Etats ne pourront pas les tenir. Nous assistons à un bras de fer dangereux. Les séances paniques des dernières semaines donnent le sentiment que ces attaques ont été organisées et rendues possibles dans un marché creux où beaucoup d'opérateurs étaient absents.

Les attaques des investisseurs ne seraient absolument pas justifiées selon vous ?

E.V : Les motifs d'inquiétude sont légitimes, l'environnement des investisseurs est terriblement dégradé, ce qui est propice à la diffusion de la panique et des rumeurs les plus folles. Les perspectives de croissance sont très décevantes. Il est normal que les marchés soient fébriles mais ils ne sont pas efficients !

Quelle décision politique majeure pourrait calmer la tempête en Europe ?

E.V : Dans le contexte actuel, la seule chose que l'on peut exiger des politiques est de donner un cap et une unité des points de vue. Il ne s'agit plus seulement d'annoncer des montants. Soyons honnêtes, beaucoup a déjà été promis mais les dirigeants européens doivent parler d'une seule voix et mettre fin à la cacophonie ambiante. Afficher la solidité du couple franco-allemand est la bonne méthode, seulement si cette communication commune n'est pas démentie par une déclaration imprudente dans les prochains jours.

Etes-vous favorable à l'instauration d'une taxe sur les transactions financières en Europe ?

E.V : Oui, c'est une bonne mesure. Bien sûr, il serait préférable qu'elle soit appliquée au niveau mondial mais il ne faut pas tarder et trouver des excuses pour ne pas la mettre en place, d'autant que les Etats ont besoin de ressources financières.

L'euro peut-il vraiment fonctionner à terme sans euro-obligations ?

E.V : Mettre en place des euro-obligations ne peut pas se faire d'un coup de baguette de magique ! Si le principe est également souhaitable à terme, l'Allemagne et la France devront supporter le coût du renchérissement de leur dette. Au préalable, il faudrait mettre en place une structure fédérale de gestion de la dette et je ne suis pas sûr que les Etats européens soient prêts à franchir ce pas.

La défiance envers le secteur bancaire est-elle à ce point justifiée ?

E.V : Je n'ai pas de crainte majeure sur le secteur même si tous les problèmes ne sont pas réglés. Il faut profiter de la baisse pour se repositionner avec prudence. Aux cours actuels, le secteur est clairement sous-valorisé.

Comment réagissez-vous aux turbulences actuelles ?

E.V : Nous sommes revenus à l'achat dès la fin de la phase de panique. Il faut garder la tête froide. Malgré la pression, je continue à rester investi en rachetant au fil de l'eau les titres qui me paraissent les plus décotés. Je me suis notamment repositionné sur des valeurs sanctionnées comme Michelin et Saint Gobain et plus largement sur le secteur du luxe.

Propos recueillis par Julien Gautier

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