Éric Loiselet, figure de l'investissement responsable français, disparaît

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Éric Loiselet, figure de l'investissement responsable français, disparaît
Éric Loiselet, figure de l'investissement responsable français, disparaît

Engagement politique et conviction que l’investissement responsable est un formidable moyen de transformer le monde sont les deux combats que menait Éric Loiselet. Inspirateur de l’article 173 de la loi TEE qui pousse les investisseurs à réfléchir aux risques financiers liés au climat, il a été administrateur des deux régimes de retraite publics en pointe sur l’ISR (Ircantec et ERAFP), avant de devenir conseiller du nouveau président de l’Ircantec en juin 2016.

Personnalité qualifiée, telle était la catégorie dans laquelle Eric Loiselet siégeait au conseil d'administration du Forum pour l'investissement responsable, qu’il avait créé 15 ans auparavant. Ce titre convenait bien à cet homme engagé qui a bataillé, dès les années 2000, pour développer l'investissement responsable en France.

Il a commencé sa carrière au Crédit du Nord et a ensuite été consultant pour diverses organisations (Deloitte, Terra Nova, Burston Marstaller et Ecostratégies), mais c’est son engagement qui marquait d’abord ceux qui le côtoyaient. Il a été conseiller régional en Champagne-Ardennes, élu en 2009 sous l’étiquette d’EELV qu’il venait de rejoindre, déçu que le Parti socialiste n’ait pas réussi à mettre plus de vert dans sa dominante rose.

À l’été 2015, il était parti pour intégrer le micro parti "Écologistes !", fondé par François de Rugy, considérant que "les écologistes avaient fait le choix de la fragmentation, de la dispersion et de la division". L’œil ironique sur son parcours, il confiait : "La politique est ma passion. Je n’y peux rien", lucide sur les déceptions qu’elle peut engendrer mais toujours désireux de mener le combat suivant.

Son énergie, il l’avait mise depuis une quinzaine d’années au service de l’investissement responsable. Après avoir fondé en 2001 le Forum français pour l’investissement responsable, il était devenu administrateur de l’ERAFP et de l’Ircantec, deux régimes de retraite publics, et avait, au sein de chacune de ces instances, fait de l’investissement responsable un cheval de bataille. Il a largement contribué à ce qu’aujourd’hui ces deux régimes partagent la même politique d’engagement actionnarial axée, entre autres, sur la limitation des rémunérations excessives et la lutte contre le changement climatique.

 

Mobiliser et convaincre

 

Jean-Pierre Costes, le président de l’Ircantec, dont il était devenu le conseiller, se souvient de leur ambition commune : "Nous avons rêvé avec Éric de travailler ensemble pour faire de l'Ircantec une institution pilote dans le domaine de la finance responsable. Depuis 9 mois, nous avons mis les bouchées doubles, construit une feuille de route, organisé des évènements pour partager notre expérience avec d’autres investisseurs, à l’image de cette présentation des diverses méthodologies d’empreinte carbone des portefeuilles qui a eu lieu début octobre au sein de la Caisse des dépôts. Nous étions tellement heureux de travailler ensemble." 

Mobiliser et convaincre, tel était le programme commun de Jean-Pierre Costes et Éric Loiselet, auquel ils voulaient rallier d’autres administrateurs. "Nous nous étions rencontrés pour la première fois il y a 7 ou 8 ans lors d'un colloque sur l'ISR, se souvient Jean-Pierre Costes. Nous avons eu rapidement l’idée de créer un Réseau des administrateurs pour l'investissement responsable (RAIR). Nous souhaitions rassembler des administrateurs syndicaux de tous les investisseurs institutionnels et groupes de protection sociale français. Nous avons réussi à réunir au sein du réseau les militants des huit organisations syndicales de la fonction publique et du Comité intersyndical de l’épargne salariale  (CIES)." En finir avec l’optimisation fiscale excessive, réfléchir à la notion de dividende responsable, mettre la finance au service de la transition écologique et énergétique sont les thèmes qui ont mobilisé le RAIR.

Éric Loiselet aura toute sa vie d’engagement mêlé protection de l’environnement et préoccupations sociales. Marié et père de trois enfants, il continuait à espérer que les politiques et leurs électeurs soient plus nombreux à comprendre à quel point il faut allier les deux pour financer la transition écologique et énergétique.

Inspirateur de l’article 173 de la loi TEE, il rappelait que l’une des innovations de cette disposition est d’inciter les institutions financières à expliquer aux clients et aux bénéficiaires comment elles protègent leur épargne à long terme en s’appuyant sur l’investissement responsable. Il aurait aimé voir jusqu’où cela allait permettre aux simples citoyens de mieux comprendre quel usage est fait de leur épargne.

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