Eric Galiègue (Valquant) : « Une nouvelle crise européenne est possible à court terme »

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Les problèmes de solvabilité du Portugal et de l'Espagne devraient continuer d'ébranler les marchés. L'occasion de se renforcer sur les marchés actions selon Eric Galiègue, président du bureau d'analyses Valquant (Groupe DayByDay).

Quel scénario peut-on attendre cette année en zone euro selon vous ?

Eric Galiègue : Sans céder au catastrophisme, je crois que les probabilités sont élevées pour qu'une nouvelle crise européenne se produise dans les prochaines semaines. Le mécanisme mis en place de façon permanente à travers le renforcement du fonds européen de stabilité financière (FESF) a vocation à être utilisé mais il ne sera pas suffisant. L'Europe a un problème de solvabilité, pas de liquidité. La fragilité du secteur bancaire dans plusieurs pays doit nous alerter : la situation des banques portugaises est problématique, l'Espagne est confrontée également à un problème d'endettement considérable de ses acteurs privés même si le déficit public est dans la moyenne européenne. La dernière émission obligataire de Santander à des taux élevés ne me paraît guère rassurante. Les créanciers seront sollicités d'une manière ou d'une autre.

Comment se traduirait cette nouvelle crise européenne ? Peut-on vraiment envisager le défaut d'un pays ?

E.G : Non, les autorités européennes empêcheront cette situation. Le FESF est là pour éviter cette situation et les négociations ont l'air de prendre une bonne tournure. Pour autant, la BCE ne peut pas indéfiniment se substituer aux Etats. Le mécanisme de stabilisation européenne est une bonne chose mais il faut aller plus loin pour instaurer le principe d'une dette européenne. Or, ce n'est pas le cas aujourd'hui. L'Europe doit pouvoir emprunter directement sur les marchés, c'est l'issue souhaitable mais peut-être faut-il d'abord passer par une nouvelle crise européenne pour que les bonnes décisions soient prises. Ce sont les événements qui commandent, les politiques réagissent à posteriori.

Beaucoup a déjà été fait. Faudrait-il introduire des "euro bonds" (obligations européennes) ?

E.G : Cette proposition est pour le moment prématuré. Mais il est indispensable, j'insiste, que l'UE emprunte directement sur les marchés. Il serait souhaitable de reprendre les propositions de l'Institut Bruegel qui milite pour l'instauration d'une « dette bleue » émise par les autorités européennes où la solidarité entre Etats serait totale et d'une « dette rouge » qui resterait sous le contrôle des Etats membres.

En attendant, faut-il rester à l'écart des marchés actions ?

E.G : Les marchés pourraient souffrir à court terme, ce qui devrait constituer une opportunité pour se renforcer. Un ajustement à la baisse amènera par ailleurs une nouvelle baisse de l'euro qui est un élément favorable pour nos entreprises exportatrices. L'euro est encore surévalué au regard des parités de pouvoir d'achat (PPA). Mais la faiblesse des valorisations, la croissance des bénéfices soutenue et la bonne santé financière des entreprises plaident en faveur d'une reprise de la hausse des marchés à moyen terme.

Quels secteurs présentent un potentiel particulièrement attractif ?

E.G : J'ai une préférence pour le secteur des services informatiques. Certaines valeurs moyennes du secteur, qui se paient moins de huit fois leur résultat net, sont à la tête d'un cash conséquent, de fonds propres élevés et présentent des perspectives bénéficiaires élevées. Je pense à des sociétés comme Neurones, Akka Technologies, SII etc.

Et du côté des grandes valeurs ?

E.G : Une valeur comme Total, la première capitalisation française, redevient pertinente. La major va profiter de la raréfaction du pétrole mais elle devrait bénéficier également de sa stratégie de diversification. Les "commodities" constituent une thématique incontournable aujourd'hui. De ce fait, les groupes miniers ont de beaux jours devant eux. On peut s'intéresser en particulier à Rio Tinto ou Anglo American.

Propos recueillis par Julien Gautier

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