Eric Chaney (Axa) : « la récession risque de s'étendre jusqu'au deuxième trimestre 2013 en zone euro »

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L’action de la BCE permet de réduire le risque systémique mais la zone euro, entrée en récession au quatrième trimestre 2011, ne devrait pas en sortir avant le milieu de l’année 2013 estime Eric Chaney, chef économiste d’Axa Group.

La zone euro est-elle tirée d’affaire après les décisions des derniers jours (OMT, Karlshure etc.) ?

Eric Chaney : Le risque systémique n’a pas disparu mais il a diminué. La BCE a réussi à réduire la « prime de convertibilité », liée à la probabilité implicite que les marchés assignent à un pays sortant de la zone euro. La stratégie européenne mise en place depuis l’accord sur le pacte budgétaire est cohérente : l’instauration d’une union bancaire et les OMT potentielles constituent des étapes décisives vers le règlement de la crise. Dans la négociation finale sur l’union bancaire, un compromis devra être trouvé avec l’Allemagne qui ne veut pas entendre parler de la supervision de ses caisses d’épargne et banques mutuelles par un régulateur européen. Concernant les dettes souveraines, le directoire de la BCE a suivi Mario Draghi comme un seul homme malgré l’opposition du Président de la Bundesbank. Sa politique volontariste en sort confortée. Reste aux Etats en difficulté à demander officiellement une aide financière...

Justement, la pression des marchés autour de l’Espagne s’accroît. Doit-elle demander de l’aide rapidement ?

E.C : En effet, la tension réapparaît sur les marchés à mesure que l’Espagne tarde à prendre cette décision. Il est difficile pour un chef de gouvernement de faire appel à l’aide extérieure. C’est un sacrifice personnel certain car il réduit beaucoup les chances d’un leader politique qui souhaiterait se représenter aux élections suivantes. Les dirigeants espagnols n’agiront probablement que sous le feu des marchés. Viendra le tour de l’Italie... A ce moment, la BCE pourra entrer en action si nécessaire. Car l’effet dissuasif de ses interventions potentielles rendra alors peut-être inutile une intervention effective. Aucun trader ne souhaitera perdre de l’argent à partir du moment où l’intervention de la BCE sera devenue une vraie menace...

En France, le budget 2013 suscite déjà de nombreux commentaires. Les impôts vont être augmentés de 20 milliards d’euros et les dépenses diminuées de 10 milliards. Quel regard portez-vous sur la politique économique actuelle ?

E.C : Il y a incontestablement un risque français. L’effort est insuffisant. C’est le seul pays de la zone euro à diverger par rapport à ses voisins qui réalisent des efforts substantiels pour réduire les dépenses publiques et mettre en place des réformes structurelles. A plus long terme, les marchés pourraient avoir des doutes sur la capacité de la France à rester dans le groupe de pays du coeur de la zone euro.

Pourtant, la France devrait ratifier prochainement le traité budgétaire européen qui implique une surveillance étroite des budgets nationaux (règle d’or). L’objectif de maîtrise des déficits en période de récession ne va-t-il pas contribuer à aggraver la crise l’an prochain en Europe ?

E.C : Il est impensable de concevoir une union monétaire viable sans discipline budgétaire. Ce traité budgétaire vise à empêcher les comportements de « passager clandestin », que le défunt Pacte de Stabilité n’a pas su empêcher, comme la Grèce l’a prouvé! Ce mécanisme devra néanmoins faire ses preuves sur le long terme. Il faudra du temps avant que les investisseurs soient convaincus que la zone euro a trouvé une discipline budgétaire européenne intelligente.

Coté américain, le QE3 est-il une réponse efficace pour soutenir la croissance outre-Atlantique ?

E.C : La Fed prend très au sérieux son mandat de parvenir au plein emploi. Son intervention est justifiée tant que le taux de chômage restera à des niveaux élevés, au-dessus de 7%. On peut toutefois s’interroger sur l’efficacité des mesures de quantitative easing pour redynamiser l’emploi outre-Atlantique. Cet outil ne peut que stimuler la demande mais reste insuffisant pour influer sur l’offre. Au pire, il est inefficace si le chômage structurel a augmenté plus que la Fed ne le pense.

Le « fiscal cliff » (relèvement automatique des impôts et baisse automatiques des dépenses publiques début 2013) pourrait-il, selon vous, avoir des effets dévastateurs sur la conjoncture américaine ?

E.C : Théoriquement, le « fiscal cliff » pourrait coûter 4 points de PIB sur un an ! Dans un contexte récessif, il est très peu probable que les dirigeants américains laissent ce scénario se produire. Un accord devra être trouvé pour l’éviter.

Les inquiétudes autour de la Chine sont-elles justifiées selon vous ?

E.C : Oui car en dessous de 7% de croissance, l’économie chinoise n’est plus en capacité de fournir assez de travail aux travailleurs migrants. C’est le seuil d’alerte politique. Par conséquent, les dirigeants chinois devront prendre des mesures pour stimuler la demande intérieure étant donné l’atonie des exportations vers les Etats-Unis et l’Europe. Ils ont d’ailleurs commencé à le faire.

Dans ce contexte morose, quand peut-on anticiper un rebond ?

E.C : C’est la grande interrogation des marchés. 2013 sera-t-elle une nouvelle année perdue ? Nous faisons chez Axa le pari que la sortie de crise commencera vers le milieu de l’année prochaine. En zone euro, la récession a commencé au quatrième trimestre 2011 et risque de s’étendre jusqu’au deuxième trimestre 2013. On ne peut néanmoins exclure de bonnes surprises, si, par exemple, les entreprises espagnoles et italiennes, dont les performances à l’exportation sont bonnes, voient leur accès au crédit rapidement rétabli.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • guerber3 le vendredi 21 sept 2012 à 21:16

    Paroles de financier : dés que l'on peut refabriquer de la dette, la "croissance" repart...AXAou l'imagination au pouvoir!

  • marshaka le vendredi 21 sept 2012 à 15:19

    Une année perdue en 2013, et 2012 monsieur, tous les pays sont en récession et en décélérations ( USA , Japon, Chine, UE, Inde, Brésil... ) et les marchés financiers montent !Le seul profit des politiques des banques centrales est pour les banques ! Pas pour les citoyens

  • SeanO le vendredi 21 sept 2012 à 12:01

    Un hurluberlu de plus!Comme beaucoup d'économistes libéraux l'avaient prédis l'Union fait face à des chocs asymétriques(les fédéralistes voulaient intégrer la zone ils l'ont désintégré...),la réponse des responsables du désastre(?);un nouveau carcan,une politique unique indifférenciée!C'est insensé,délirant,l'Histoire sera cruel avec ces sinistres idéologues.

  • LOUCHEL le vendredi 21 sept 2012 à 11:12

    Y a pas de recession. Les socialos sont au pouvoir .Tous les jours on se marre c est le grand guignol .Cette semaine va falloir creer une novelle taxe ou un autre impot .Je pense qu ils vont creer une taxe sur ceux qui vont aller regarder la tauromachie et aussi ils vont creer un nouveau livret d epargne a 100000 Euros a 0% .Ce sont des bruits qui courent meme que Duquesne aurait changer de nom ou quitter le pays ??????

  • noterb1 le vendredi 21 sept 2012 à 11:08

    A mourir de rire . On donne la parole uniquement au tenants de cette idéologie qui nous a conduits dans le mur ! Allez ! on accélère encore un peu ?

  • c.voyant le vendredi 21 sept 2012 à 10:43

    récession....le mot est dit.

  • b.paccia le vendredi 21 sept 2012 à 10:42

    Et moi je dit " avec le traité Européen c'est pour toujours" a suivre...

  • fab2608 le vendredi 21 sept 2012 à 10:39

    Eh bien je l'ai entendu de vive voix en novembre de l'année dernière et il était à ce moment très pessimiste et voyait un éclatement de la zone Euro, je pense donc que les mesures prises ont eu un impact où alors il a fortement modéré ses propos précédents !

  • Karama7 le vendredi 21 sept 2012 à 10:35

    Il est bien bien optimiste ce Monsieur !!...

  • otomate le vendredi 21 sept 2012 à 10:29

    "aucun trader ne souhaitera perdre de l’argent" vous vous êtes surpassé mon cher Eric...