Eric Bleines, CCR : Ce que la crise révèle des conseils avisés des banquiers

le
0

Communiqué

Ce que la crise révèle des conseils avisés des banquiers

Comment peut on interpréter que des dirigeants de très grandes entreprises décident d’augmenter massivement leur capital sur des marchés actions qui se sont effondrés de plus de 42% depuis un an ? Et ce, avec des décotes moyennes de 45% sur les cours précédents les annonces ?

La première raison qui nous vient à l’esprit est le manque de prudence dans la dernière phase d’expansion économique.

Souvent par le canal de leurs banquiers conseils, ces entreprises ont identifié des proies stratégiques leur permettant de compléter leur dispositif. Citons pour exemples, l’acquisition du cimentier égyptien Orascom pour Lafarge, le plâtrier britannique BPB et le fabricant de mortiers industriels Maxit pour Saint Gobain, la vodka Absolut pour Pernod Ricard…

Les dirigeants ont donc décidé d’acquisitions au prix fort et, par conformisme au consensus en vigueur qui régnait dans la sphère financière, ont financé celles-ci par la voie quasi exclusive de la dette. Une voix dissonante aurait pris le risque d’être marginalisée, quitte d’ailleurs à en oublier une partie de l’expérience acquise de l’entreprise et quelques règles de bon sens, comme celle de financer de façon plutôt prudente et équilibrée une opération structurante. Ils sont donc responsables d’avoir déséquilibré terriblement le poids des fonds propres dans le total du bilan et introduit d’importants goodwill, en haut de cycle conjoncturel.

Ce type de décision est ensuite lourde de conséquence car à avoir trop attendu pour se financer lorsque le marché saluait la clairvoyance stratégique de leurs opérations, les patrons ont placé leur entreprise dans une situation très délicate. Pourtant, les hauts et bas conjoncturels ne sont pas des événements très nouveaux. Et, lorsque le cycle économique se retourne, que les sources de financement se raréfient, ces entreprises subissent de plein fouet la remontée de la prime de risques des marchés financiers entraînant une lourde sanction boursière.

Les banquiers conseils sont à nouveau bien présents pour aider à prendre la décision qui fait le consensus du moment, c’est à dire une opération d’augmentation de capital d’envergure pour seconde punition infligée à l’actionnaire de long terme. Devons nous par conséquent vraiment nous étonner que sur maintenant plus de dix ans, les actionnaires d’un nombre significatif d’entreprises cotées constatent une performance négative ou nulle sur la période ? Les allocations d’actifs en actions sont historiquement basses, la raison en est-elle vraiment uniquement conjoncturelle ?

On peut chercher à comprendre au travers de l’analyse de l’organe de contrôle de l’entreprise les raisons qui ont empêché le conseil d’administration d’intervenir. Ce que nous constatons à nouveau est qu’au moins un grand banquier siège au sein des conseils d’administration de très nombreuses grandes entreprises…. Et les administrateurs banquiers veillent visiblement bien à leur propre niveau d’activité. Lorsque tout va bien, ils poussent aux opérations de fusion acquisition et inversement, lorsque les vents se retournent, pensent à se protéger en militant pour des cessions, et privilégient le porteur de la dette sur l’intérêt de l’actionnaire. Oui, la crise met en évidence les limites de ce modèle et les pratiques de gouvernance d’entreprise méritent certainement d’être placées sous revue !

Pour autant, dans nos portefeuilles, il aurait été une grave erreur de mettre à l’écart l’analyse financière et de décider de ne pas suivre les opérations actuelles de recapitalisation. Aussi, nous avons suivi l’augmentation de capital de Saint Gobain ainsi que celle de Lafarge. Pris aussi part à celles menées par HSBC, Banco Esperito Santo et Arcelor Mittal. En effet, une fois le risque de solvabilité écarté, les opportunités sont réelles et les cours boursiers reprennent rapidement de la hauteur.

Eric Bleines, Responsable Grandes Capitalisations, CCR Actions

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant