Eric Bleines (CCR AM) : « Alcatel-Lucent reste une belle opportunité à saisir »

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L’équipementier télécoms devrait poursuivre son rebond dans les prochains dix-huit mois. Une opportunité à saisir selon Eric Bleines, gérant actions Europe chez CCR AM (Groupe UBS).

L’action Alcatel-Lucent grimpe de 90% depuis le début de l’année et vous estimez que la valeur garde un potentiel de hausse important. N’est-il pas au contraire trop tard pour se repositionner sur le titre ?

Eric Bleines : Si le marché consolide dans les prochains jours, ce sera l’occasion de se renforcer sur le titre mais pas pour le revendre une semaine plus tard ! Alcatel-Lucent est une valeur considérée comme risquée car elle accentue la baisse des marchés (bêta élevé). Mais à terme, dans les prochains dix-huit mois, le potentiel du titre se situe plutôt, selon moi, autour de 3,5-4 euros. C’est dans la consolidation qui s’annonce qu’il faut revenir sur cette valeur qui reste une très belle opportunité à saisir.

Comment croire à nouveau dans un groupe qui a connu tant de déboires ces dernières années ?

E.B : Il est vrai qu’Alcatel-Lucent revient de très loin. La gouvernance précédente s'est révélée catastrophique. Serge Tchuruk et Patricia Russo avaient perdu toute crédibilité auprès des marchés. La fusion entre Alcatel et Lucent a été réalisée sans aucune vision stratégique pertinente. Du coup, après cette période de grande incertitude, la valorisation est tombée à des niveaux extrêmement faibles. A des cours autour de 2,8 euros, nous sommes toujours à des niveaux de capitalisation boursière d’environ 0,4 fois les ventes annuelles. Historiquement, le ratio se situe plutôt autour de 0,8. Le potentiel de hausse est là...

Alcatel-Lucent est-il vraiment reparti de l’avant avec le changement de direction il y a tout juste un an ?

E.B : Le changement est en marche. La reprise boursière peut s’appuyer dans la durée sur la qualité du nouveau management : Philippe Camus, le président du conseil d’administration et ancien dirigeant d’EADS, bénéficie d’une excellente réputation auprès des marchés. Il devra garantir que la période des rémunérations abusives des dirigeants sous l’ère Tchuruk-Russo est définitivement révolue. Le directeur général, le hollandais Ben Verwaayen, qui par ses expériences précédentes connaît parfaitement le secteur dans sa globalité (opérateurs et équipementiers), est réputé pour prendre des décisions rapidement. Il peut également s’appuyer sur Paul Tufano, le nouveau directeur financier, poste stratégique pour faire remonter les bonnes informations et fournir enfin au marché des « guidances » pertinentes. Sans compter qu’il faut rapatrier dans les comptes du groupe un certain nombre de créances-clients qui sont toujours dehors ! Les montants en jeu pourraient avoisiner les 300 millions d’euros.

Le groupe n’est donc toujours pas sorti de l'ornière selon vous ?

E.B : La situation s'améliore mais, outre le problème persistant des créances-clients, les taux de rotation des stocks restent trop faibles par rapport aux critères de l’industrie. La gamme des produits n’est pas suffisamment unifiée, le portefeuille n’est pas efficient. Et les frais généraux sont trop élevés. Philippe Camus estimait récemment qu’ils dépassaient encore ceux des concurrents d’environ 30%.

Les restructurations n’ont pourtant pas cessé et se poursuivent encore ! Les problèmes d'Alcatel résulteraient donc plus des orientations stratégiques prises par l'ancienne direction que des effectifs ?

E.B : Patricia Russo avait engagé un plan de restructuration très important qui suit son cours. Il est certain que l’ancienne directrice du groupe a surtout échoué dans ses choix stratégiques et technologiques. Ceci étant, la situation s'améliore, y compris dans l'offre Mobiles, traditionnellement le point faible du groupe. Alcatel-Lucent a obtenu récemment une validation importante de sa technologie avec AT&T, une référence de premier ordre.

Les rumeurs d’alliance avec le chinois Huawei, l'un des principaux concurrents d’Alcatel-Lucent, sont-elles toujours pertinentes ?

E.B : Un mariage aurait du sens pour Alcatel qui pourrait ainsi baisser encore ses coûts. De son côté, l’intérêt d’Huawei serait d’accéder via cette opération au marché américain. Mais le secteur est trop sensible pour envisager sérieusement une telle alliance. Les pressions politiques seront trop fortes que cela ne se fasse pas.

Comment les marchés pourraient évoluer dans les prochaines semaines ? Vous attendez-vous à un repli à court terme comme vous le laissiez entendre précédemment ?

E.B : En effet, une consolidation n’est pas à exclure prochainement. On pourrait assister à un repli du Cac 40 vers les 3.500 points avant de repartir vers les 4.000 points.

Propos recueillis par Julien Gautier


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