Erdogan justifie l'incursion militaire dans le Nord syrien

le , mis à jour à 14:03
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    * L'opération "Bouclier de l'Euphrate" a été déclenchée le 
24 août dans le nord de la Syrie 
    * Selon Erdogan, elle a permis de libérer 400 km² de toute 
présence de l'EI et des miliciens kurdes syriens 
    * La priorité d'Ankara est d'empêcher une unification des 
cantons sous contrôle kurde 
 
 (Actualisé avec frappes aériennes turques) 
    par Ece Toksabay et David Dolan 
    ANKARA/DJARABLOUS, Syrie, 2 septembre (Reuters) - Le 
président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré jeudi soir que 
l'incursion militaire menée dans le nord de la Syrie avait déjà 
permis de libérer 400 km² de toute présence de combattants de 
l'Etat islamique (EI) ou de la milice kurde syrienne des Unités 
de protection populaire (YPG). 
    "Nul ne peut attendre de nous que nous autorisions un 
'corridor du terrorisme' sur notre frontière sud", a-t-il dit en 
réplique aux critiques des Etats-Unis, qui ont déploré que les 
forces turques aient attaqué des combattants des YPG, milice qui 
a le soutien de Washington. 
    Erdogan, qui s'exprimait devant la presse, a déclaré que 
l'opération était pour l'instant un succès. 
    Vendredi, des avions de combat turcs ont lancé de nouvelles 
frappes aériennes contre des positions tenues par l'EI dans le 
nord de la Syrie, a rapporté la chaîne de télévision CNN Türk. 
    Ankara a déclenché le 24 août l'opération "Bouclier de 
l'Euphrate", une offensive militaire dans le nord de la Syrie 
qui vise un double objectif: chasser le groupe Etat islamique 
des régions frontalières et empêcher les miliciens kurdes 
syriens de progresser à l'ouest de l'Euphrate. 
    En quelques heures, des groupes de combattants arabes et 
turkmènes, regroupés sous la bannière de l'Armée syrienne libre 
(ASL) et appuyés par des blindés, des avions et des éléments des 
forces spéciales de l'armée turque, ont repoussé l'EI de 
Djarablous, que les djihadistes tenaient depuis trois ans. 
    Mais prendre cette ville du Nord syrien située à la 
frontière avec la Turquie était peut-être l'aspect le plus 
facile de l'opération et, une semaine après son déclenchement, 
leur capacité à tenir ces territoires dépendra sans doute de la 
volonté d'Ankara de maintenir ses forces en territoire syrien. 
    De même, il pourrait être plus compliqué pour ces rebelles 
soutenus par la Turquie, et dont le nombre n'est estimé qu'à 
1.500 combattants, de pousser leur avantage vers l'ouest et de 
sécuriser les 90 km de frontière encore contrôlés par l'EI. 
    Car ils sont non seulement opposés aux djihadistes fidèles à 
l'organisation d'Abou Bakr al Baghdadi mais aussi aux miliciens 
kurdes des YPG qui ambitionnent de relier les cantons déjà sous 
leur contrôle, dans le nord-est de la Syrie, et le secteur 
d'Afrin, que les Kurdes syriens contrôlent également, plus à 
l'ouest, près d'Alep. 
     
    "LA LIGNE ROUGE FONDAMENTALE DES TURCS, CE N'EST PAS ASSAD 
    MAIS LA PERSPECTIVE DE FORMATION D'UN ETAT KURDE"  
    Les autorités turques n'ont pas dévoilé grand chose de la 
stratégie qui sous-tend leur première incursion majeure en 
Syrie, sinon, ainsi que l'a redit Erdogan jeudi soir, d'empêcher 
que des groupes hostiles à Ankara s'implantent à leur frontière. 
    Ancien commandant au sein de l'armée turque aujourd'hui 
analyste pour le journal Al Monitor, Metin Gurcan juge que 
l'objectif turc est de transformer l'Armée syrienne libre en une 
force organisée et cohérente et d'en faire un contre-poids aux 
YPG, que Washington considère de son côté comme une des forces 
les plus efficaces contre l'EI. 
    A cette aune, le contrôle d'Al Bab pourrait être crucial. 
    C'est dans cette ville située à mi-chemin entre Manbij - 
reprise aux djihadistes par les Forces démocratiques syriennes 
(FDS), une coalition incluant les YPG - et Alep qu'Abou Mohammed 
al Adnani, porte-parole de l'EI et membre parmi les plus 
influents de sa direction, a sans doute été tué cette semaine. 
  
    Al Bab est pour l'instant tenue par les djihadistes de l'EI. 
    Elle occupe le flanc sud de la zone tampon que la Turquie 
souhaite créer dans le nord de la Syrie pour protéger sa 
frontière. Elle se trouve aussi sur l'axe d'une unification des 
secteurs sous contrôle kurde. 
    "Nous sommes en présence de deux forces fortement motivées 
et pressées de capturer Al Bab. Au final, cela sert les intérêts 
stratégiques des Etats-Unis, qui font du combat contre l'EI la 
priorité", ajoute Metin Gurcan. 
    Ankara, mais aussi Washington, ont demandé aux Kurdes 
syriens de rester à l'est de l'Euphrate (Manbij, comme 
Djarablous et Al Bab sont à l'ouest du fleuve). Pour la Turquie, 
une présence kurde à l'ouest du fleuve est inacceptable. 
    "La ligne rouge fondamentale des Turcs, ce n'est pas Assad 
mais la perspective de formation d'un Etat kurde", souligne 
James Stavridis, ancien commandant suprême des forces de l'Otan 
en Europe aujourd'hui doyen de la Fletcher School à l'université 
Tufts. 
    Erdogan a une nouvelle fois réfuté vendredi les affirmations 
selon lesquelles les YPG ont regagné l'est de l'Euphrate comme 
le disent les combattants kurdes. 
    "A l'heure actuelle, ils disent que les YPG ont franchi (le 
fleuve)", a dit le président turc. "Nous disons, non, ils ne 
l'ont pas franchi. La preuve résulte de nos propres 
observations", a-t-il poursuivi. 
 
 (avec Edmund Blair à Istanbul et Tom Perry et John Davison à 
Beyrouth; Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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