Erdogan exige l'arrêt des manifestations à Istanbul

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LE PREMIER MINISTRE TURC EXIGE L'ARRÊT DES MANIFESTATIONS À ISTANBUL
LE PREMIER MINISTRE TURC EXIGE L'ARRÊT DES MANIFESTATIONS À ISTANBUL

par Nick Tattersall et Humeyra Pamuk

ISTANBUL/ANKARA (Reuters) - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a demandé l'arrêt immédiat des manifestations antigouvernementales qui se sont poursuivies samedi pour la deuxième journée consécutive à Istanbul, où elles ont fait près d'un millier de blessés.

Le ministre de l'Intérieur Muammer Güler a annoncé samedi soir à la télévision que la police avait arrêté 939 personnes au cours de 90 manifestations à travers le pays. Certaines de ces personnes ont déjà été libérées, a-t-il ajouté, faisant état de 79 blessés.

Pour sa part, Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu'il entendait mener à bien le projet d'aménagement urbain prévu place Taksim, lieu traditionnel de contestation situé dans le centre-ville.

Le projet prévoit la construction d'un complexe de style ottoman qui accueillerait des boutiques et des appartements.

L'arrachage de plusieurs arbres dans le parc Gezi situé sur la place a provoqué dans un premier temps, lundi, une réaction de colère des habitants.

Lorsque la police a délogé vendredi des protestataires qui campaient dans le parc pour s'opposer aux travaux, la réaction de rejet s'est transformée en mobilisation contre le gouvernement et sa dérive "autoritariste".

Vendredi soir, des riverains accourus aux balcons et aux fenêtres ont frappé sur des batteries de cuisine pour témoigner de leur solidarité avec les manifestants. Le mouvement a été imité dans d'autres quartiers d'Istanbul.

Des affrontements se sont à nouveau produits samedi lorsque plusieurs centaines de manifestants ont été empêchés d'accéder à la place Taksim par les forces de l'ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau.

Les protestataires, dont certains portaient des foulards ou des masques de chirurgien sur le visage, ont scandé des slogans appelant à "l'unité contre le fascisme" et à la "démission du gouvernement", a rapporté un journaliste de Reuters.

Les manifestants se sont également heurtés aux forces de l'ordre dans le quartier de Besiktas, sur le Bosphore, après avoir franchi un pont pour tenter d'accéder à la place Taksim.

"PRÉTEXTE"

Erdogan a affirmé que les protestataires se servaient du projet d'aménagement urbain comme d'un prétexte pour tenter de déstabiliser le pouvoir.

"Tous les quatre ans, nous organisons des élections et la nation exprime son choix", a dit Erdogan dans une intervention à la télévision.

"Ceux qui ont un problème avec la politique menée par le gouvernement peuvent exprimer leur point de vue dans le cadre du droit et de la démocratie", a-t-il ajouté. "J'appelle les manifestants à mettre fin immédiatement à leur mouvement."

"S'il s'agit d'organiser des rassemblements, si c'est un mouvement social, alors quand ils rassemblent 20 personnes, j'en rassemblerai 200.000. Là où ils rassemblent 100.000 personnes, je mobiliserai un million de membres de mon parti", a ajouté le chef du gouvernement.

L'opposition a accusé le Premier ministre de se comporter en "dictateur".

"Des milliers de personnes disent 'non' et s'opposent au dictateur (...) Le fait d'être le parti au pouvoir ne vous autorise pas à faire tout ce qui vous passe par la tête", a déclaré Kemal Kilicdaroglu, chef de file du Parti républicain du peuple (CHP), la principale formation de l'opposition.

Au pouvoir depuis dix ans, Erdogan a largement contribué à la transformation de son pays, notamment en soutenant une rapide croissance économique. Il demeure l'homme politique le plus populaire de Turquie.

De source médicale, on précise que près d'un millier de personnes ont été blessées lors des affrontements survenus vendredi à Istanbul, les manifestations antigouvernementales les plus violentes depuis plusieurs années.

INQUIÉTUDES À L'ÉTRANGER

Au moins six personnes ont perdu un oeil après avoir été touchées par des grenades lacrymogènes, indique l'ordre des médecins.

Des manifestants munis de pierres se sont également heurtés samedi aux forces de l'ordre dans le quartier de Kizilay, dans le centre de la capitale turque, Ankara. Des grenades lacrymogènes ont été lancées d'un hélicoptère sur la foule. La police a fait usage de matraques électriques dans des rues adjacentes ainsi que dans des boutiques.

Des manifestations ont également éclaté vendredi soir dans la ville portuaire d'Izmir, sur la mer Egée, à la suite d'appels en ce sens lancés sur les réseaux sociaux.

Le département d'Etat américain a exprimé sa préoccupation face au nombre de blessés tandis qu'Amnesty International et le Parlement européen se sont émus d'un "usage excessif" de la force.

"La sévérité dont a fait preuve la police est totalement disproportionnée et risque de déboucher sur de nouvelles protestations", a mis en garde l'Allemand Martin Schulz, président du Parlement européen.

Le Premier ministre turc a reconnu samedi que des erreurs avaient été commises dans l'usage des grenades lacrymogènes et annoncé l'ouverture d'une enquête. Il a toutefois ajouté que la police se réservait le droit de faire un usage raisonnable de la force.

"La place Taksim ne peut pas être un lieu où traînent des groupes extrémistes", a dit le Premier ministre, disant espérer que le projet immobilier pourrait suivre son cours.

Avec Evrim Ergin, Humeyra Pamuk et Murad Sezer à Istanbul, Gareth Jones à Berlin, Parisa Hafezi à Ankara; Pierre Sérisier, Jean-Loup Fiévet, Hélène Duvigneau et Guy Kerivel pour le service français

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  • adnstep le samedi 1 juin 2013 à 15:20

    Erdogan, Hollande, même combat