Erdogan, de retour de Tunis, réclame la fin du mouvement

le
1
LE PREMIER MINISTRE TURC ACCUEILLI À ISTANBUL PAR DES MILLIERS DE PARTISANS
LE PREMIER MINISTRE TURC ACCUEILLI À ISTANBUL PAR DES MILLIERS DE PARTISANS

par Humeyra Pamuk et Ayla Jean Yackley

ISTANBUL (Reuters) - Recep Tayyip Erdogan est rentré dans la nuit en Turquie où, juché sur le toit d'un autobus, il a lancé devant une marée de partisans rassemblés à l'aéroport d'Istanbul: "Cette contestation doit cesser sur le champ".

"Aucun pouvoir, hormis celui d'Allah, ne stoppera la montée en puissance de la Turquie", a-t-il déclaré devant plusieurs milliers de personnes, première manifestation en sa faveur depuis le début du mouvement une semaine jour pour jour.

Place Taksim, haut lieu de la contestation au coeur d'Istanbul, les manifestants scandaient "Tayyip démission !" en écoutant la harangue du chef du gouvernement. Et à Ankara, la capitale, les slogans antigouvernementaux fusaient dans le parc Kugulu où la foule dansait et entonnait l'hymne national.

Sur son bus, Recep Tayyip Erdogan, qui avait son épouse voilée à ses côtés, a admis que la police avait peut-être fait un usage disproportionné de la force pour réprimer une petite manifestation. Cette dernière, organisée le premier jour du mouvement, visait à dénoncer un projet de rénovation du parc Gezi, qui donne sur Taksim.

"Toutefois, personne n'a le droit de nous attaquer à ce sujet. Qu'Allah protège notre fraternité et notre unité ! Nous n'aurons rien à voir avec les violences et les actes de vandalisme (...) Le secret de notre succès ne réside pas dans l'exacerbation et la polarisation des tensions", a ajouté l'orateur.

"La police fait son devoir. Ces manifestations de protestation, qui ont tourné au vandalisme et à la plus grande anarchie, doivent cesser".

La foule des proErdogan scandait "Ne mettez pas notre patience à l'épreuve !" et agitait des drapeaux turcs rouges et blancs.

Le Premier ministre, au pouvoir depuis dix ans à la tête du gouvernement islamo-conservateur de l'AKP, n'a rien dit de la façon dont il pourrait envisager le démantèlement des forums improvisés de contestation que sont devenus Taksim ainsi qu'un parc de la capitale.

"SULTAN SOURD"

Il a exhorté les Turcs à prendre leurs distances avec les troubles, invité ses partisans à faire preuve de retenue et ne pas se laisser entraîner dans la violence et assuré que les autorités enquêtaient sur les accusations faisant état d'un usage excessif de la force par les forces de police.

"Certains disent: 'le Premier ministre n'est Premier ministre qu'à 50%'. Nous avons toujours dit que nous étions au service des 76 millions (de Turcs)", a déclaré l'orateur dont la foule scandait le nom.

A Tunis, dernière étape de sa visite officielle au Maghreb, le chef du gouvernement s'était montré inflexible, condamnant la stratégie consistant à "incendier et détruire" et maintenant son projet de réaménagement du parc Gezi, à Istanbul, à l'origine des troubles.

Devant la foule de ses partisans à Istanbul, il est apparu plus conciliant. "Nous n'avons marginalisé la croyance de personne. (...) Nous sommes ensemble la Turquie, nous sommes frères. Nous examinerons tout ce qui est en place en Turquie et à partir de cela, nous prendrons des mesures", a-t-il dit. "Le secret de notre succès n'est pas la tension ni la polarisation", a ajouté Erdogan.

Depuis le début de la contestation, trois personnes ont péri et on dénombre aussi plus de 4.000 blessés dans une dizaine de villes.

L'opposition demande au Premier ministre de présenter des excuses et de limoger les responsables de la répression policière.

Vendredi, six journaux partageaient la même manchette à la "une" favorable à Recep Tayyip Erdogan en reprenant l'une de ses déclarations faites en Tunisie: "Nous sacrifierons notre vie pour satisfaire des exigences démocratiques".

La presse d'opposition a, elle, la dent féroce.

Sol, journal de gauche, titre sur "Le sultan atteint de surdité" tandis qu'une publication hostile à l'armée, Taraf, affirme que "Erdogan est en train d'embraser la Turquie".

Et pour le journal libéral Vatan, "Le Premier ministre ne cède pas".

Avec Jon Burch à Ankara; Jean-Stéphane Brosse et Jean-Loup Fiévet pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M4426670 le vendredi 7 juin 2013 à 09:18

    Et ça veut entrer en Europe?!!!!