Erdogan à Bruxelles s'étonne des demandes de l'UE sur les réfugiés

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par Robin Emmott BRUXELLES, 5 octobre (Reuters) - Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en visite lundi à Bruxelles, a tourné en dérision les appels à l'aide de l'Union européenne face à l'afflux de migrants et de réfugiés, comparant l'effort des Européens à celui de son propre pays. "Alors que nous accueillons 2,2 millions de réfugiés, l'Europe dans son ensemble en accueille au total moins de 250.000", a-t-il dit lors d'une rencontre avec les milieux d'affaires dans la capitale belge. Lors d'un meeting la veille à Strasbourg devant la communauté turque d'Europe, il avait résumé à grands traits les demandes de l'UE: "Que nous disent-ils ? Mon Dieu, fermez vos frontières, ne les laissez pas arriver jusqu'à nous." Face à la crise des réfugiés qui malmène la solidarité des Vingt-Huit, l'Union européenne espère convaincre la Turquie d'héberger plus de réfugiés syriens en échange d'une aide financière. Mais côté turc, on déplore l'impuissance de l'Europe à agir dans le dossier syrien et à accueillir davantage de réfugiés syriens, à un moment où les tensions s'accroissent entre les réfugiés syriens et la population turque. Erdogan rencontrait dans la journée les présidents des trois principales institutions communautaires, Martin Schulz (Parlement européen), Jean-Claude Juncker (Commission européenne) et Donald Tusk (Conseil européen). UN PLAN TURCO-EUROPÉEN EN PRÉPARATION ? D'après le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, la Commission et la Turquie ont élaboré un plan d'action destiné à réduire le nombre de réfugiés qui arrivent en Europe. Le journal, qui cite des sources au sein de la Commission et du gouvernement allemand, précise que ce plan prévoit l'obligation pour la Turquie de mieux contrôler sa frontière avec la Grèce ainsi que des patrouilles maritimes des garde-côtes des deux pays coordonnées par Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières. Six nouveaux camps de réfugiés pouvant héberger jusqu'à deux millions de personnes seront par ailleurs établis en Turquie et financés en partie par l'Union européenne, poursuit le journal. Les Vingt-Huit s'engageraient pour leur part à accueillir légalement jusqu'à 500.000 réfugiés pour éviter à ces derniers d'entreprendre la dangereuse traversée de la Méditerranée. Un haut responsable européen impliqué dans les négociations avec Ankara a cependant indiqué que les informations du Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung n'étaient "pas en ligne avec ce dont nous discutons". L'UE a promis le mois dernier une somme d'au moins un milliard d'euros pour aider la Turquie, mais aussi la Jordanie, le Liban et d'autres pays pour y participer au financement de l'accueil de réfugiés syriens. De son côté, Erdogan a avancé que la Turquie avait dépensé 6,7 milliards d'euros pour les réfugiés syriens et estimé que l'aide étrangère reçue, qu'il chiffre à 371 millions d'euros, n'était pas à la hauteur. La semaine dernière, son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, a même rejeté ces fonds européens, soulignant que son pays n'était pas disposé à devenir un "camp de concentration" pour réfugiés. TENSIONS AVEC LA POPULATION TURQUE Quatre ans et demi après le début du conflit en Syrie, la Turquie assume la plus lourde part du fardeau humanitaire, avec au moins 2,2 à 2,3 millions de Syriens réfugiés sur son territoire. Une petite partie seulement d'entre eux vivent dans les 26 camps créés pour les accueillir (d'une capacité totale de 330.000 places, ils n'en hébergent que 274.000), avec une allocation mensuelle de 40 dollars par personne utilisable seulement dans des magasins installés dans les camps; les autres préfèrent tenter leur chance dans les villes turques, mais leur intégration est rendue difficile par leur non-maîtrise de la langue. Le fait qu'ils soient en concurrence avec les Turcs pour des emplois non qualifiés (sans permis de travail, ils acceptent des rémunérations moindres) crée aussi des tensions. Pour Piril Erçoban, directrice de l'association Multeci Der d'aide aux réfugiés, il faut à la fois que les autorités turques facilitent l'intégration des réfugiés et que les Etats membres de l'UE en accueillent davantage. Sinon ? "Il y aura davantage de xénophobie, d'agressions contre des réfugiés et nous finirons par assister à des décès en augmentation, soit de personnes tentant d'atteindre l'Europe, soit ici, en Turquie", estime-t-elle. Côté gouvernemental, on s'insurge contre les accusations d'inefficacité de la prise en charge des réfugiés et on accuse les Européens d'avoir fermé les yeux sur la crise jusqu'à la diffusion de la photographie du petit Aylan Kurdi, un Syrien de trois ans retrouvé noyé sur une plage près de la ville turque de Bodrum le 2 septembre. "Soyons clair, jusqu'à ce que cet enfant soit rejeté par la mer, nul ne se souciait de ce problème. Cela fait quatre ans que nous faisons face et à présent, des gens osent nous dire ce que nous devrions faire", s'emporte une source gouvernementale. (avec Ayla Jean Yackley à Istanbul, Ece Toksabay à Ankara et Jonny Hogg à Karapürçek, Turquie; Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français)

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  • M7093115 le lundi 5 oct 2015 à 18:05

    ce sont essentiellement leurs coréligionnaires; ils doivent en priorité les aider....