Erdogan à Bruxelles s'étonne des demandes de l'UE sur les réfugiés

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(Actualisé après rencontres d'Erdogan à Bruxelles) par Robin Emmott BRUXELLES, 5 octobre (Reuters) - Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en visite lundi à Bruxelles, a appelé l'Union européenne à examiner la création de "zones de sécurité et d'exclusion aérienne" en Syrie comme un des moyens de réduire les départs de Syriens vers l'Europe. "La cause fondamentale de la crise actuelle des réfugiés, c'est la guerre en Syrie", a-t-il dit lors d'une conférence de presse commune avec le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk. Erdogan, qui s'est également entretenu avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a insisté sur la nécessité de créer dans le nord de la Syrie une zone protégée, avec exclusion aérienne permettant de mettre un terme aux bombardements contre les populations civiles et de limiter de ce fait l'exode vers la Turquie voisine puis l'Europe. Mais les divisions politiques en Europe et l'entrée dans le conflit de la Russie, dont l'aviation intervient depuis mercredi dernier en soutien à Bachar al Assad, ne rend guère probable la mise en oeuvre d'une telle initiative. Erdogan a pourtant insisté sur la responsabilité des pays de l'Union européenne. "Alors que nous accueillons 2,2 millions de réfugiés, l'Europe dans son ensemble en accueille au total moins de 250.000", a-t-il dit lors d'une rencontre avec les milieux d'affaires programmée dans la capitale belge avant sa rencontre avec les dirigeants des instances européennes. Lors d'un meeting la veille à Strasbourg devant la communauté turque d'Europe, à l'approche des élections législatives du 1er novembre, il avait résumé à grands traits les demandes de l'UE: "Que nous disent-ils ? Mon Dieu, fermez vos frontières, ne les laissez pas arriver jusqu'à nous." Face à la crise des réfugiés qui malmène la solidarité des Vingt-Huit, l'Union européenne espère convaincre la Turquie d'héberger plus de réfugiés syriens en échange d'une aide financière. L'UE a promis le mois dernier une somme d'au moins un milliard d'euros pour aider la Turquie, mais aussi la Jordanie, le Liban et d'autres pays pour participer au financement de l'accueil de réfugiés syriens. Mais, côté turc, on déplore l'impuissance de l'Europe à agir dans le dossier syrien et à accueillir davantage de réfugiés, à un moment où les tensions s'accroissent entre les réfugiés syriens et la population turque. De son côté, Erdogan a avancé que la Turquie avait dépensé près de sept milliards d'euros pour les réfugiés syriens et estimé que l'aide étrangère reçue, qu'il chiffre à 371 millions d'euros, n'était pas à la hauteur. DAVANTAGE DE CAMPS EN TURQUIE ? Le président turc a toutefois accepté pour la première fois de discuter d'une éventuelle augmentation du nombre de camps de réfugiés installés en Turquie, rapportaient lundi soir des diplomates européens au fait du contenu de ses entretiens à Bruxelles et qui présentent cela comme une véritable percée. La semaine dernière, son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, avait rejeté ces fonds européens, soulignant que son pays n'était pas disposé à devenir un "camp de concentration" pour réfugiés. Cela devrait se traduire par la mise en place d'un groupe de travail de haut niveau pour discuter des questions migratoires. En échange, Ankara pourrait obtenir une accélération des discussions sur la possibilité pour les citoyens turcs de se passer de visa pour voyager en Europe. "Une coopération renforcée bénéficiera aux deux parties", a dit de son côté Donald Tusk, ajoutant que la Turquie comme l'Union européenne ne pouvaient faire l'économie de contrôles renforcés à leurs frontières, une référence à peine voilée aux migrants passant de Turquie en Grèce via la mer Méditerranée. D'après le journal allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, la Commission et la Turquie ont élaboré un plan d'action destiné à réduire le nombre de réfugiés qui arrivent en Europe. ID:nL8N1240O0 Un haut responsable européen impliqué dans les négociations avec Ankara a cependant indiqué que les informations du journal allemand n'étaient "pas en ligne avec ce dont nous discutons". TENSIONS AVEC LA POPULATION TURQUE Quatre ans et demi après le début du conflit en Syrie, la Turquie assume la plus lourde part du fardeau humanitaire, avec au moins 2,2 à 2,3 millions de Syriens réfugiés sur son territoire. Une petite partie seulement d'entre eux vivent dans les 26 camps créés pour les accueillir (d'une capacité totale de 330.000 places, ils n'en hébergent que 274.000), avec une allocation mensuelle de 40 dollars par personne utilisable seulement dans des magasins installés dans les camps; les autres préfèrent tenter leur chance dans les villes turques, mais leur intégration est rendue difficile par leur non-maîtrise de la langue. Le fait qu'ils soient en concurrence avec les Turcs pour des emplois non qualifiés (sans permis de travail, ils acceptent des rémunérations moindres) crée aussi des tensions. Pour Piril Erçoban, directrice de l'association Multeci Der d'aide aux réfugiés, il faut à la fois que les autorités turques facilitent l'intégration des réfugiés et que les Etats membres de l'UE en accueillent davantage. Sinon ? "Il y aura davantage de xénophobie, d'agressions contre des réfugiés et nous finirons par assister à des décès en augmentation, soit de personnes tentant d'atteindre l'Europe, soit ici, en Turquie", estime-t-elle. (avec Ayla Jean Yackley à Istanbul, Ece Toksabay à Ankara et Jonny Hogg à Karapürçek, Turquie; Henri-Pierre André pour le service français)

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