Épargne : les leçons à tirer de Chypre

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REUTERS/Yiannis Nisiotis
REUTERS/Yiannis Nisiotis

(lerevenu.com) - Le confetti de la zone euro continue à monopoliser l'attention des marchés et des épargnants, même si les craintes que la faillite du système bancaire chypriote sur-dimensionné débouche sur une crise financière majeure tendent à s'émousser. L'euro, hier, a ainsi regagné 0,5% contre le dollar et 1% par rapport au yen. Le refus du parlement chypriote de valider la taxe sur les dépôts bancaires demandée par l'Union européenne et le FMI a conduit Nicosie à proposer un plan B, pour lever les 10 milliards d'euros de l'aide nécessaire au pays.

Cependant, les bailleurs internationaux de Chypre ont refusé, hier, l'émission d'obligations d'État qui seraient gagées sur les futures recettes du gaz naturel à extraire des gros gisements localisés récemment dans les fonds sous-marins situés au large des côtes de l'île. L'échéance lointaine, 2019 au mieux, du démarrage de la production de cet eldorado gazier ont sûrement contribué l'Union européenne à rejeter cette solution. Et c'est Nicosie qui a refusé la suggestion faite par la Finlande et l'Allemagne de fusionner les deux plus grandes banques du pays .

Un plan C fait couler beaucoup d'encre : l'octroi d'un prêt de plusieurs milliards d'euros de la part de Moscou, en échange d'un accès privilégié à ces gisements de gaz naturel. Sur son blog, Lars Seier Christensen, co-fondateur et president executive de Saxo Bank, écrit que ?tout ceci est un immense jeu d'échecs géopolitique dans lequel les importantes réserves de pétrole et de gaz pourraient tomber sous contrôle russe, balayant ainsi des années de stratégies d'approvisionnement en énergie de l'Europe?.

Mais le dirigeant de la banque danoise tire une autre conclusion, tout aussi lucide, de ce projet inabouti de prélever une taxe sur les dépôts des Chypriotes : ?L'idée d'un impôt prélevé en une fois sur les avoirs n'est pas nouvelle. Plusieurs rapports ont, au cours de dernières années, fait état que le besoin désespéré de financement du secteur public pourrait ? et pourra ? conduire à la confiscation de la richesse à grande échelle. Boston Consulting Group a déclaré dans un récent rapport que près de 29% de toute les avoirs privés, non seulement les dépôts, seront susceptibles, in fine, d'être confisqués pour couvrir les dettes déjà contractées. Donc, nous ferions mieux de nous habituer à voir notre argent annexé par les politiques. Ce n'est que le début. Le diable est sorti de sa boite, peu importe ce que sera l'issue de la crise chypriote...?

Néanmoins, le pire n'est jamais sûr, même en matière de déficits publics impossibles à résorber en période de croissance économique léthargique. Hubert Jousset, directeur général délégué de Gestion Financière Privée (Gefip), pense que la situation n'est pas désespérée : ?Il faut toujours compter avec les ressources illimitées de créativité et d'inventivité de l'esprit humain. Il est certain que la croissance en Europe ne viendra plus d'un accroissement du nombre d'automobiles pas plus d'ailleurs qu'elle ne venait en 1900 du nombre de carrioles à cheval. Mais elle peut fort bien venir d'innovations majeures par définition inconnues, comme l'étaient l'électricité sous Louis XIV ou internet, il y a vingt ans. Sur ce point, les auteurs de science fiction nous ouvrent davantage de pistes de réflexion que les économistes.?

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