Entrée en campagne précipitée en Italie

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MARIO MONTI DÉMISSIONNERA APRÈS LE VOTE DU BUDGET
MARIO MONTI DÉMISSIONNERA APRÈS LE VOTE DU BUDGET

par Steve Scherer

ROME (Reuters) - Les partis politiques italiens ont lancé dimanche les grandes manoeuvres en prévision des élections législatives, qui pourraient être organisées dès février après l'annonce surprise de la prochaine démission de Mario Monti.

Privé du soutien du parti de Silvio Berlusconi, qui a annoncé samedi son retour dans l'arène politique, le président du Conseil italien a réagi en annonçant sa démission après l'adoption au Parlement du budget 2013, prévue d'ici Noël.

Les élections législatives étaient normalement prévues en mars prochain, probablement le 10, une date jugée samedi "acceptable" par le "Cavaliere" qui brigue à nouveau à 76 ans la direction du pays.

Mais la prochaine démission de Mario Monti - une décision "irrévocable", a dit ce dernier - pourrait avancer la date du scrutin à février.

Appelé à la rescousse en novembre 2011 afin d'éviter à l'Italie de sombrer dans la crise de la dette, en remplacement d'un Silvio Berlusconi empêtré dans des affaires de moeurs et des soupçons de corruption, Mario Monti impose depuis un an aux Italiens une sévère cure d'austérité à la tête d'un gouvernement de "techniciens" non élus, mais soutenu jusqu'à présent par les principales forces politiques du pays.

Il n'a cessé de dire qu'il ne chercherait pas à conserver son poste après les législatives, tout en se disant prêt à poursuivre sa mission si le résultat des élections ne dégageait pas de majorité claire.

Certains interprètent désormais sa démission surprise comme le signe de sa prochaine entrée dans la bataille électorale, malgré une cote de popularité en baisse constante du fait de sa politique de rigueur.

Chef de file de l'Union du Centre (UDC), Pier Ferdinando Casini a assuré dimanche que sa formation et le Parti démocrate (PD) de centre-gauche "s'identifient aux politiques raisonnables et responsables mises en oeuvre par Monti".

"POPULISME"

"Une grande partie de la société civile ne veut pas d'un retour au populisme et à la démagogie du passé. Nous devons lui proposer l'offre politique qu'elle réclame", a-t-il ajouté, en un appel voilé à une candidature de Mario Monti aux prochaines législatives.

Le Parti démocrate vient cependant de désigner son candidat à la présidence du Conseil, Pier Luigi Bersani, à l'issue de primaires auxquelles ont participé de nombreux électeurs du centre-gauche.

Pier Luigi Bersani, qui s'est engagé à poursuivre la politique actuelle, a jugé que Mario Monti avait fait preuve d'une "dignité qui force le respect" en annonçant sa démission dès l'adoption du prochain budget.

Selon un récent sondage de l'institut SWG, le Parti démocrate est en tête des intentions de vote avec 30,3%, contre 19,7% pour le Mouvement 5 Etoiles de l'humoriste Beppe Grillo, qui prospère sur le rejet de la classe politique traditionnelle, et 13,8% pour le Parti de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, qui arrive seulement en troisième position.

Face à cette situation de faiblesse de la droite, Silvio Berlusconi a annoncé "avec tristesse" son retour à la vie politique, "par sens des responsabilités" et "pour gagner". Il a accompagné cette annonce de critiques virulentes contre l'action de son successeur au palais Chigi, accusé de faire souffrir les Italiens en les plongeant dans une "spirale récessive sans fin".

En annonçant sa démission, Mario Monti a jugé que le "populisme" n'était qu'un moyen facile de gagner des voix.

La décision de Silvio Berlusconi de rompre avec fracas le consensus de la classe politique italienne "menace les sacrifices douloureux accomplis cette année par chaque Italien pour sauver l'économie nationale", a pour sa part déclaré Dario Franceschini, président de la Chambre des députés, issu du Parti démocrate.

MISE EN GARDE EUROPÉENNE

Jeudi, à deux reprises, les parlementaires PDL, dont le soutien était essentiel au président du Conseil, n'ont pas voté la confiance au gouvernement. Ils n'ont pas participé au vote au Sénat et se sont abstenus à la Chambre des députés - sans aller toutefois jusqu'à voter contre le cabinet Monti.

"Nous pensons que c'était la bonne chose à faire pour nous (...) de souligner les difficultés auxquelles sont confrontés les Italiens en raison de la terrible situation économique", s'est défendu Angelino Alfano, secrétaire national du PDL, dont les attaques vendredi au parlement contre la politique gouvernementale ont été présentées par Mario Monti comme l'élément déclencheur de sa démission.

Aux termes de la constitution, des élections législatives doivent être organisées dans les 70 jours suivant la dissolution du Parlement par le président de la République Giorgio Napolitano.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a souligné que les élections italiennes ne devaient pas remettre en cause les réformes menées par le gouvernement Monti car la zone euro n'est toujours pas sortie de la crise.

"Ces prochaines élections ne doivent pas être un prétexte pour remettre en question des mesures qui sont vraiment indispensables. Le calme relatif sur les marchés ne signifie pas que nous sommes sortis de la crise", dit-il dans une interview au quotidien italien Il Sole 24.

La crise politique pourrait dès lundi faire grimper les taux d'emprunt de l'Italie sur le marché de la dette et plonger la zone euro dans de nouvelles difficultés.

Avec James Mackenzie et Hanna Rentala à Rome et Lisa Jucca à Milan,; Guy Kerivel et Bertrand Boucey pour le service français

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