Entre PSA, GM et Dongfeng, l'épineuse question des brevets

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L'ÉPINEUSE QUESTION DES BREVETS ENTRE PSA, GM ET DONGFENG
L'ÉPINEUSE QUESTION DES BREVETS ENTRE PSA, GM ET DONGFENG

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - Un renforcement des liens entre PSA Peugeot Citroën et Dongfeng s'annonce complexe en raison des risques liés aux transferts de technologies sensibles et du patchwork des alliances tricotées en Chine, observent des analystes.

Selon le quotidien Les Echos de mercredi, PSA aurait donné mandat à deux banques pour réfléchir aux modalités d'une alliance capitalistique avec Dongfeng, tout en préservant son partenariat actuel avec General Motors.

Des sources proches du dossier avaient indiqué fin juin à Reuters qu'un partenariat approfondi avec Dongfeng avait fait l'objet de discussions exploratoires, mais que celles-ci n'avaient pas abouti. .

Dès l'annonce de leur alliance, en février 2012, PSA et General Motors ont exclu la Chine du champ de leur coopération, mais les partenariats croisés qu'ils ont sur place limitent indirectement leur marge de manoeuvre.

"Dongfeng (...) est demandeur de technologies pour monter en gamme, notamment sur le créneau des voitures particulières", commente Jean-François Dufour, directeur de la société de conseil DCA Chine-Analyse. "La question que cherchera dès lors à démêler précisément la partie chinoise est quelles technologies seraient susceptibles de voir leur transfert soumis à un veto du groupe américain."

"GM y est en effet associé à SAIC (...) qui ne verrait pas forcément d'un bon oeil son challenger bénéficier du transfert de technologies plus avancées que celles qu'il a lui-même acquises ces dernières années", ajoute-t-il.

LE PRÉCÉDENT DE SAAB

Les brevets sont un sujet stratégique dans l'automobile, et PSA est depuis six ans le premier déposant français, notamment en matière de motorisations, de contrôle des émissions ou de nouvelles architectures comme les toits transparents.

General Motors, avec qui PSA développe maintenant trois programmes communs de véhicules, avait bloqué fin 2011 des projets de reprise par des entreprises chinoises de Saab, la marque en faillite sur laquelle il conservait des droits de licence.

La majeure partie des actifs de Saab a finalement été reprise par la société NEVS, détenue par l'homme d'affaires sino-suédois Kai Johan Jiang.

"D'éventuelles contreparties R&D à un apport d'argent frais devront être rudement bien balisées", ajoute un analyste automobile sous couvert d'anonymat. "Dongfeng a de multiples JV, et ses autres partenaires seront assurément très vigilants."

Pékin impose aux constructeurs étrangers désireux de produire en Chine de s'allier à des groupes locaux. Dongfeng est ainsi associé à PSA depuis 1992, mais aussi à Nissan et à Renault, qui prépare avec ce partenaire chinois le lancement de sa propre production en Chine.

General Motors est allié de son côté en Chine à SAIC, lui-même partenaire de Volkswagen.

Un moyen de contourner les obstacles serait, selon les Echos, "de cloisonner les deux partenariats en constituant une joint-venture PSA-Dongfeng, qui serait centrée sur les pays émergents".

L'actuel association avec Dongfeng, dénommée DPCA, est la plus ancienne des deux co-entreprises de PSA en Chine. Renforcée en 2010, elle possède trois usines d'assemblage basées à Wuhan. Les deux premières affichent une capacité de 450.000 voitures par an, tandis que la troisième, inaugurée cet été, présentera une capacité initiale de 150.000 voitures en année pleine, puis à terme de 300.000 voitures.

Si l'autre JV avec Changan, basée à Shenzhen, est spécialisée dans la production de la ligne Citroën DS, la JV avec Dongfeng produit différents modèles Peugeot et Citroën. Elle devrait être renouvelée l'an prochain et prépare le lancement de véhicules sous une nouvelle marque qui lui serait propre.

Edité par Jean-Michel Bélot

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