Entre le VII et le XV, les portes s'ouvrent

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Considéré autrefois comme un complément de formation par les joueurs du Top 14, le jeu à VII est parvenu à faire son nid dans le paysage du rugby français. Le Seven progresse, si bien que certains n'hésitent plus à utiliser les passerelles qui existent entre les " frères " du VII et du XV.

Lorsque Guy Novès, le nouveau sélectionneur du XV de France, a annoncé la semaine dernière sa liste des 31 joueurs convoqués pour le stage de préparation au Tournoi des VI Nations, un nom a interpellé : celui de Virimi Vakatawa. L’ailier d’origine fidjienne est une star, mais plutôt de l’autre équipe de France, celle du VII. Et s’il a passé quatre saisons au Racing 92, entre 2010 et 2014, il n’a plus évolué dans un système à quinze depuis près de deux ans. Sa convocation a donc été vue comme une réelle surprise, mais elle est surtout porteuse d’un message nouveau. « Nous sommes contents que le travail de l’équipe de France à VII soit reconnu, confie Frédéric Pomarel, l’entraîneur. Il nous paraissait évident depuis longtemps que des passerelles existaient entre les deux disciplines, mais encore fallait-il qu’un joueur le prouve. "Viri" sera celui-là ».

Dans l’avion en direction de Wellington (Nouvelle-Zélande), où se déroulera les 30 et 31 janvier la troisième manche des World Series, douze joueurs se sont envolés pour la tournée océanienne - qui comprendra également le tournoi de Sydney (6 et 7 février). Parmi eux, quatre quinzistes évoluant toute l’année en Top 14. Si Fulgence Ouedraogo (Montpellier) et Romain Martial (Castres) figuraient dans les plans initiaux du technicien français, les deux autres sont arrivés en renfort. Le troisième ligne toulonnais Virgile Bruni, très peu utilisé en club, et le jeune Racingman Arthur Retière (fils du DTN, Didier) ont été appelés pour remplacer Pierre-Gilles Lakafia et Jean-Baptiste Mazoué, blessés. Martial, qui s’apprête à faire ses premiers pas sur le circuit mondial après avoir aidé le groupe au dernier championnat d’Europe, explique les différences entre les deux disciplines : « Ces deux jeux sont totalement différents. Il y a toujours deux ou trois choses à réintégrer lorsqu’on passe du XV au VII. Sur un terrain de Seven, on n’arrête pas de courir alors qu’au XV, on peut trouver du temps pour récupérer. C’est une adaptation mais elle se fait assez vite finalement ».

Un projet fédéral qui porte ses fruits

Des habitués du XV venant dépanner la fédération, ce n’est pas une nouveauté. Mais ces dernières années, les exemples deviennent de plus en plus rares. Pourquoi ? Parce que le travail de la Fédération française de rugby a été optimisé afin de donner plus de stabilité à l’effectif. C’est là qu’entrent en jeu les contrats fédéraux. Statut à part dans le monde du sport, le contrat fédéral est un rêve pour certains sélectionneurs, un cauchemar pour les clubs. Car la fédération devient l’employeur du joueur, contrôlant ainsi son temps de jeu et ses entraînements. D’une certaine manière, l’équipe nationale se transforme en club. Le pôle France 7 a, lui, adopté ce système en 2009, au début du fameux « projet olympique ». À l’époque, seulement quatre joueurs avaient accepté le pari. Aujourd’hui, ils sont quatorze à avoir fait le grand saut.

Vakatawa, le nouvel appelé du XV de France, s’était lui aussi engagé dans le virage, en mai 2014. « Sa convocation démontre une chose, estime Frédéric Pomarel. Ça prouve que le projet fédéral, souvent décrié, est en train de porter ses fruits ». Rappelons que l’ancien demi de mêlée de Nice avait pris la tête de la sélection au moment où ce projet avait vu le jour. Et ce n’est pas une coïncidence si les résultats du VII de France n’ont fait que s’améliorer depuis. Dans une interview accordée au Monde il y a quelques mois, Jean-Claude Skrela, le manager des Bleus, déclarait que « sans l’introduction de ce système, l’équipe de France ne se serait sûrement pas qualifiée pour les Jeux olympiques de Rio ». Un système qui a assurément apporté un certain équilibre et une constance à cette équipe de France, ou plutôt cette « bande de potes » comme la surnomme Julien Candelon, capitaine « de vie » du groupe. Il n’est pas pour autant une barrière pour les quinzistes souhaitant s’aventurer avec les bleus du VII. Mais chose nouvelle, l’inverse est aussi réalisable.

Un tremplin vers le haut niveau ?

Pour de nombreuses nations de l’Hémisphère Sud, comme les Fidji ou la Nouvelle-Zélande, le rugby à 7 est considéré comme un tremplin vers le top niveau. « Aujourd’hui, nous avons la preuve qu’on peut faire de grandes choses avec l’équipe de France à 7 et être appelé par le XV. J’espère que cet exemple va donner des idées à la jeune génération ». Le capitaine de France 7 Terry Bouhraoua ne cache pas sa fierté après la convocation de son « ami » Vakatawa. Pour l’ancien joueur du Stade Français, cette nouveauté offre « de la crédibilité au rugby à VII ». Pomarel confirme : « Cela montre qu’on peut être un très grand joueur de rugby en faisant du 7 et en effectuant des passerelles ». Mais l’adaptation n’est pas toujours évidente. Beaucoup de joueurs ont du mal à s’acclimater à la différence de rythme. Skrela, ancien sélectionneur du XV de France, raconte : « Dans le VII, il faut être capable de sortir sa pleine capacité mentale en très peu de temps puisqu’on joue, en l’espace de deux jours, six fois quatorze minutes. Il faut récupérer très vite et certains joueurs n’ont pas ces aptitudes. La grande différence, elle est là, au niveau du mental. À part ça, le sport reste le même ». La même passion. Et quasiment le même maillot.

Sam MYOM

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