Enrico Letta retrouve une Italie au bord de la crise politique

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ENRICO LETTA DE RETOUR DANS UNE ITALIE AU BORD DE LA CRISE POLITIQUE
ENRICO LETTA DE RETOUR DANS UNE ITALIE AU BORD DE LA CRISE POLITIQUE

par James Mackenzie

ROME (Reuters) - De retour des Etats-Unis, Enrico Letta a regagné vendredi l'Italie pour retrouver un pays au bord de la crise politique avec la nouvelle menace des amis de Silvio Berlusconi de quitter son gouvernement de coalition.

Le président du Conseil, qui était à New York pour courtiser les investisseurs étrangers, doit être reçu dans la journée par le chef de l'Etat.

Le président Giorgio Napolitano, qui avait accusé jeudi les des alliés de Silvio Berlusconi de fragiliser le bon fonctionnement du Parlement, s'est dit de son côté dans l'incapacité de prédire si les partis agiraient de manière responsable.

"L'optimisme est une bonne chose lorsque cela signifie qu'on n'est pas pessimiste, mais pas lorsque cela signifie qu'on est naïf", a dit Napolitano, qui avait su sortir l'Italie de l'impasse née des élections législatives de février dernier en imposant à la classe politique un gouvernement de large entente dirigé par Enrico Letta.

Mercredi soir, des élus du Peuple de la liberté (PDL, droite), membre du "governissimo", ont fait savoir qu'ils quitteraient le navire gouvernemental si une commission sénatoriale votait le 4 octobre le processus de déchéance du "Cavaliere".

Ce dernier, qui est âgé de 76 ans, a vu sa condamnation à quatre ans de prison, réduite à 12 mois d'arrêts domiciliaires ou de travaux d'intérêt général, confirmée en cassation pour fraude fiscale dans l'affaire Mediaset.

La tension politique est telle que le président du Conseil pourrait être amené à demander un vote de confiance du Parlement.

"On s'achemine vers des élections", avance sur la RAI Maurizio Gasparri, n°2 du PDL au Sénat. "Nous sommes dans une phase dramatique et critique."

Enrico Letta a reçu son adjoint au gouvernement, Angelino Alfano, qui est aussi le secrétaire national du PDL.

RÉUNION SUR LA TVA

"Nous sommes à un moment où la clarté est nécessaire. Le temps n'est plus à l'hypocrisie et aux coups tordus", a plaidé pour sa part devant la presse Dario Franceschini, ministre des Relations avec le Parlement, appartenant au centre gauche.

Reste à savoir si les menaces de la droite de quitter le gouvernement ne sont qu'un bluff, le PDL étant divisé entre les tenants d'une ligne dure prônant la rupture et des "colombes" plus modérées poussant au compromis.

Les soubresauts politiques qui agitent ces derniers temps la troisième économie de la zone euro inquiètent de plus en plus les marchés.

Vendredi, les taux d'intérêt sur ses emprunts à dix ans ont retrouvé leur plus haut depuis juin, à 4,50%.

Le Trésor s'est de son côté employé à démentir une rumeur selon laquelle la note souveraine de la Péninsule était sur le point d'être dégradée par les agences de notation.

Les turbulences politiques ont pour effet de retarder les perspectives de réformes alors que le pays connaît une deuxième année de récession.

Le conseil des ministres censé parvenir à un accord sur environ trois milliards d'euros de réductions budgétaires pour aider l'Italie à respecter la règle européenne de plafonnement à trois pour cent du PIB des déficits publics a été repoussé à vendredi soir.

Cette réunion, qui pourrait être renvoyée au week-end, sera la dernière occasion pour le gouvernement Letta de s'accorder sur des mesures pour éviter une hausse d'un point de la TVA, qui devrait entrer en vigueur en octobre.

Cette question de la TVA est l'une des pierres d'achoppement entre le Parti démocrate (centre gauche) d'Enrico Letta et le PDL. La formation berlusconienne répète qu'elle quittera le gouvernement si cette hausse se matérialise.

Avec Francesca Landini; Henri-Pierre André et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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