Enrico Letta obtient la confiance des deux chambres

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ENRICO LETTA OBTIENT LA CONFIANCE DES DEUX CHAMBRES EN ITALIE
ENRICO LETTA OBTIENT LA CONFIANCE DES DEUX CHAMBRES EN ITALIE

par James Mackenzie

ROME (Reuters) - Les deux chambres du Parlement italien ont mercredi voté sans surprise et à une majorité confortable la confiance au président du Conseil Enrico Letta.

Les députés l'ont fait par 379 voix contre 212, avant d'être suivis dans la soirée par les sénateurs (173 pour et 127 contre).

Le chef du gouvernement avait sollicité la confiance au Parlement pour la troisième fois en deux mois en invitant les élus à soutenir son action sous peine de voir le pays "replonger dans le chaos".

Ce vote a été rendu nécessaire pour entériner le départ de Silvio Berlusconi et de ses partisans, qui ont quitté fin novembre la coalition gouvernementale quand l'ancien président du Conseil a été déchu de son poste de sénateur.

Membre du Parti démocrate de centre gauche, Enrico Letta a obtenu la confiance des députés par 379 voix contre 212 après leur avoir présenté une série de réformes économiques et institutionnelles.

Il a obtenu par la suite celle du Sénat, où son parti est minoritaire, grâce au soutien de petites formations centristes et du Nouveau Centre droit, formé par des "berlusconiens" dissidents menés par le ministre de l'Intérieur, Angelino Alfano.

Le véritable test au Sénat a en fait déjà eu lieu le mois dernier quand le président du Conseil a obtenu la confiance sur le budget 2014 avec 171 voix pour et 135 voix contre.

Enrico Letta, qui a promis de se battre "comme un lion" pour sortir de la récession la troisième économie de la zone euro, doit faire face à des défis de taille, dont un chômage des jeunes qui culmine à 40%.

Pendant qu'il se présentait devant le Parlement, des centaines de manifestants se rassemblaient d'ailleurs à l'extérieur aux cris de "voleurs, voleurs", sous haute surveillance policière.

METTRE FIN AU "BICAMÉRALISME PARFAIT"

Ouvrant le débat à la Chambre des députés, Enrico Letta a estimé que l'Italie tournait le dos aux réformes depuis vingt ans et qu'elle ne pouvait plus se permettre d'attendre.

"Je suis déterminé à travailler avec tout ce que j'ai à ma disposition pour éviter que le pays ne retombe dans le chaos, pour un nouveau départ", a dit le président du Conseil sur fond de grogne sociale des "forconi" (fourches), des manifestants - agriculteurs, artisans, retraités - qui dénoncent la politique d'austérité gouvernementale.

Enrico Letta a déclaré que les 18 prochains mois seraient consacrés à un large éventail de réformes, allant de la révision de la loi électorale à une baisse de la fiscalité pesant sur les ménages et les entreprises.

Il s'est fixé comme objectif une croissance du produit intérieur brut de 1% en 2014 et de 2% en 2015.

Parmi les réformes politiques envisagées, Enrico Letta préconise la réduction du nombre des parlementaires, des mesures visant à résoudre les conflits de pouvoir entre les différents niveaux administratifs et la redéfinition des prérogatives du Sénat.

La chambre haute bénéficie aujourd'hui des mêmes pouvoirs que la Chambre des députés, ce qui est un des principaux facteurs de blocage institutionnel du pays en cas d'absence de majorité claire. Enrico Letta propose la fin du "bicaméralisme parfait" en retirant notamment aux sénateurs leur pouvoir de censure du gouvernement.

S'agissant du code électoral, il a souhaité qu'il soit "orienté vers des mécanismes majoritaires pour assurer le bon gouvernement du pays".

PRIVATISATIONS EN VUE

Sur le plan économique, Enrico Letta prône la réduction du déficit budgétaire et de l'énorme dette publique de la Péninsule - la deuxième plus grosse dette de la zone euro rapportée au PIB (133%) - la baisse des impôts, la lutte contre le chômage et le relèvement des investissements publics.

Il se prononce pour la poursuite des privatisations et suggère que les employés de la Poste ou d'autres entreprises publiques puissent y participer en achetant des actions.

Le président du Conseil souhaite la mise au point dans les prochaines semaines d'un pacte formel de coalition donnant les priorités pour 2014. "Aujourd'hui, la coalition est différente, plus unie", s'est-il réjoui.

Des chiffres publiés mardi par l'Istat ont montré que l'économie italienne avait stagné au troisième trimestre, après deux années de contraction.

L'institut national de la statistique a toutefois prévenu que cela ne voulait pas dire que l'Italie était sortie de récession, qui se définit techniquement comme deux trimestres consécutifs de baisse du PIB.

Sur les marchés financiers, le pays bénéficie actuellement d'un répit après plusieurs années mouvementées. L'écart de rendement entre les obligations italiennes à dix ans et les Bunds allemands est tombé cette semaine à son plus bas niveau depuis plus de deux ans.

Jean-Stéphane Brosse, Tangi Salaün et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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