Enrico Letta obtient la confiance des députés italiens

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ENRICO LETTA OBTIENT LA CONFIANCE DES DÉPUTÉS ITALIENS
ENRICO LETTA OBTIENT LA CONFIANCE DES DÉPUTÉS ITALIENS

par James Mackenzie

ROME (Reuters) - Le nouveau président du Conseil italien, Enrico Letta, qui a obtenu lundi soir la confiance des députés, s'est prononcé pour une politique européenne orientée vers plus de croissance.

"Nous mourrons de la seule consolidation budgétaire, une politique de croissance ne peut attendre plus longtemps", a-t-il dit dans son discours de politique générale à la tribune de la Chambre des députés.

Il a par ailleurs fait une concession à l'aile droite de son gouvernement de coalition en annonçant la suspension de la taxe impopulaire sur les résidences principales (Imu) et annoncé une réforme de la loi électorale tant décriée d'ici aux prochaines échéances.

Deux jours après avoir dévoilé la composition de son gouvernement de "large entente", le nouveau président du Conseil, qui est âgé de 46 ans, se présentait devant les députés pour demandé leur confiance.

Sans surprise, il l'a obtenue par 453 voix contre 153. Mardi, ce sera au tour des sénateurs de se prononcer.

Son cabinet compte 21 ministres, dont sept femmes, un record.

Neuf ministres sont issus des rangs du Parti démocrate (PD, centre-gauche), la formation de Letta; cinq viennent du parti de Silvio Berlusconi, Peuple de la liberté (PDL, droite), dont Angelino Alfano, vice-président du Conseil et ministre de l'Intérieur, et Gaetano Quagliariello au ministère des Réformes constitutionnelles; les centristes de Scelta Civica (Choix civique), qui soutenait Mario Monti, obtiennent trois ministères.

Les autres sont des "experts" non affiliés à des partis politiques, comme Fabrizzio Saccomanni, directeur général de la Banque centrale d'Italie nommé au ministère des Finances. Emma Bonino, ancienne commissaire européenne, prend les Affaires étrangères.

"GOUVERNEMENT DE SERVICE"

Nommé après deux mois de blocage politique consécutif aux élections de février, le successeur de Mario Monti au palais Chigi s'est engagé à honorer les engagements européens pris en matière de discipline budgétaire par l'Italie, troisième économie de la zone euro, annonçant une tournée à Berlin, Paris et Bruxelles dans les jours à venir.

Le président du Conseil entend également réformer d'ici le prochain scrutin national la loi électorale unanimement critiquée.

"Nous devons nous engager solennellement à faire en sorte que la consultation parlementaire des 24 et 25 février soit la dernière organisée en vertu de la loi électorale actuelle", a-t-il dit en précisant que la nouvelle loi apporterait des garanties pour renforcer la stabilité de l'exécutif.

Enrico Letta a promis de faire dans les dix-huit mois un bilan d'étape des progrès réalisés par son "gouvernement de service" et de "tirer toutes les conséquences" au cas où ses projets seraient bloqués par des vetos de nature politique.

S'agissant de l'Imu, la taxe sur la résidence principale dont Silvio Berlusconi et Peuple de la Liberté réclamaient l'abolition en échange de leur soutien au cabinet Letta, les paiements venant à échéance en juin seront suspendus avant un réexamen en profondeur de cet impôt impopulaire.

Mais Enrico Letta n'est pas allé jusqu'à promettre la suppression pure et simple de cette mesure, réintroduite l'an dernier par le gouvernement Monti.

De même, il n'a dit mot de la loi sur les conflits d'intérêt que son Parti démocrate avait promis pendant la campagne électorale mais qui serait inacceptable pour Silvio Berlusconi.

Il a aussi formé le voeu que la hausse projetée de la TVA, dont le taux principal devrait passer de 21 à 22% en juillet, pourrait être retardée.

Le président du Conseil a par ailleurs prôné une réforme du système de protection sociale, qui est dépassé et inadéquat, et a-t-il dit doit être "plus universel, plus axé sur les jeunes et les femmes et étendu à ceux qui ne sont pas couverts, notamment les travailleurs à temps partiel".

Il s'est engagé à travailler avec les syndicats pour tenter de réduire le chômage et a annoncé symboliquement que la première mesure que prendra son gouvernement sera une baisse du salaire des parlementaires.

BERLUSCONI INCONTOURNABLE

L'investiture d'Enrico Letta, 46 ans, figure de l'aile droite du Parti démocrate de centre gauche, fait suite à deux mois de blocage politique sur fond de crise économique.

La formation de son gouvernement a été accueillie favorablement par les marchés. L'Italie a adjugé lundi six milliards d'euros de dette sur des échéances de cinq et dix ans, avec des rendements revenus à leurs plus bas niveaux depuis octobre 2010.

L'avenir du gouvernement Letta dépendra néanmoins beaucoup du tact dont il saura faire preuve, l'alliance avec la droite étant mal vécue par un certain nombre de parlementaires de sa formation de centre gauche.

Menacé par des risques de tension de ne pas arriver au terme de son mandat, le nouvel exécutif devrait en outre faire adopter rapidement les réformes jugées cruciales, dont celle donc du code électoral, et une réduction de la taille du Parlement.

La composition du gouvernement résulte d'un savant dosage entre les différents partis traditionnels du pays.

Silvio Berlusconi, cerné par les affaires judiciaires (fraude fiscale, prostitution de mineure et abus de pouvoir), n'en est pas membre, mais le "Cavaliere" est redevenu incontournable et jouera un rôle important en coulisse.

Avec Gavin Jones et Catherine Horny; Jean-Loup Fiévet et Henri-Pierre André pour le service français

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