Enquête sur le MI5 après le meurtre d'un soldat à Londres

le
0
ENQUÊTE SUR LE MI5 APRÈS LE MEURTRE D'UN SOLDAT À LONDRES
ENQUÊTE SUR LE MI5 APRÈS LE MEURTRE D'UN SOLDAT À LONDRES

par Peter Griffiths

LONDRES (Reuters) - Une commission parlementaire va enquêter sur l'assassinat à l'arme blanche d'un militaire à Londres dans le quartier de Woolwich pour déterminer si les services de renseignement auraient pu prévenir cette agression responsable d'un vif émoi en Grande-Bretagne.

Les deux meurtriers présumés, Michael Adebolajo, 28 ans, et Michael Adebowale, 22 ans, étaient connus du MI5 mais l'agence chargée de la sécurité intérieure n'a jamais considéré qu'ils pouvaient constituer une menace, dit-on de source gouvernementale.

Les deux suspects, blessés par balles après l'agression survenue mercredi en plein jour dans une rue passante, sont hospitalisés mais n'ont pas encore été officiellement inculpés.

Deux autres personnes, un homme et une femme, ont été appréhendées et sont soupçonnées d'avoir participé au complot qui a conduit à la mort de Lee Rigby, 25 ans, soldat ayant servi dans les forces de l'Otan en Afghanistan.

Une vidéo prise par un passant montre Adebolajo, les mains ensanglantées, tenant un couteau de cuisine et un hachoir et lançant une diatribe pour justifier son acte par une vengeance des pays musulmans. L'homme est né en Grande-Bretagne d'une famille d'immigrants nigérians. Son complice présumé est né au Nigeria et a été naturalisé citoyen britannique.

"Il est important que le public sache que les services de sécurité et la police ont agi de manière adéquate", a expliqué l'ancien chef de la police londonienne Ian Blair sur les ondes de la BBC. Le secrétaire aux Communautés, Eric Pickles, a reconnu que la tragédie prouvait combien "il était difficile dans une société libre de pouvoir contrôler tout le monde".

MOUDJAHID

Une vidéo d'une dizaine de secondes montrant l'intervention de la police qui fait feu sur les deux agresseurs a été mise en ligne sur le site internet d'un journal local, entretenant l'émotion déjà grande parmi la population britannique.

Cette attaque est la première motivée par des raisons religieuses depuis les attentats du 7 juillet 2005 dans les transports publics londoniens, qui avaient fait 52 morts.

A l'époque, la question de l'efficacité des services de sécurité s'était également posée. Il avait été établi que deux des quatre kamikazes avaient été identifiés lors d'opérations de surveillance qui n'avaient pas été prolongées.

Par sa nature même, l'attaque de mercredi était très difficile à anticiper, fait-on valoir de source proche de l'enquête. Elle n'a requis que peu de préparation, hormis l'achat de couteaux et d'ustensiles de boucherie.

Pour Richard Barrett, ancien chef de l'antiterrorisme au MI6, les services de la sécurité extérieure, il est pratiquement impossible de surveiller toutes les personnes proférant des opinions extrémistes.

Adebolajo, converti à l'islam, avait pris le nom de "Moudjahid" (combattant) et assistait à des réunions du groupe islamiste interdit Al Mouhadjiroun.

De source proche de l'enquête, on précise qu'il avait été repéré distribuant des tracts islamistes mais que cette activité n'avait pas suffi à le qualifier comme dangereux.

Les enquêteurs tentent de déterminer si les deux suspects entretenaient des liens avec des activistes en Grande-Bretagne ou à l'étranger.

LOUPS SOLITAIRES

Pour l'instant, il n'a été établi aucune connexion avec l'insurrection armée en cours au Nigeria, dit-on de source proche des investigations. Les noms de deux hommes laissent supposer qu'ils sont originaires du sud du pays, à majorité chrétienne, et non du nord en partie contrôlé par les rebelles.

L'un des deux suspects aurait envisagé de s'engager dans le groupe somalien Al Chabaab, lié à Al Qaïda, dit une source au fait de l'enquête.

Ce meurtre, qui intervient un mois après l'attentat contre le marathon de Boston, fait ressurgir la crainte d'actions menées par des "loups solitaires", des activistes n'ayant pas de relations avec Al Qaïda mais capables de mener leurs propres opérations.

Peter Clarke, ancien chef de l'unité antiterroriste de Londres, responsable des enquêtes sur les attentats de 2005, estime que la tâche des services de sécurité risque de se compliquer singulièrement si de tels actes isolés se multiplient.

"Dans une certaine mesure, le fait que ces gens agissent de leur propre chef rend les choses encore plus difficiles que s'ils appartenaient à une organisation", dit-il.

"Au lieu de démanteler une organisation, il s'agit de lutte contre une idéologie".

Avec Michael Holden, Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant