Enquête sur "l'espion" supposé de l'internet syrien

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par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La gendarmerie française va enquêter sur la société Qosmos, accusée par des organisations de défense des droits de l'homme d'avoir fourni à la Syrie du matériel pour la surveillance informatique de la population et donc pour la répression.

Le parquet de Paris a ordonné une enquête préliminaire dès le lendemain d'une dénonciation pour "complicité d'actes de torture" déposée mercredi au parquet par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), a-t-on appris jeudi de source judiciaire.

Ces organisations veulent que toute la lumière soit faite sur "l'éventuelle implication de sociétés françaises dans la fourniture de matériel de surveillance au régime syrien" de Bachar al Assad.

L'insurrection commencée en mars 2011 dans ce pays a fait selon des organisations de défense des droits de l'homme 18.000 morts dont environ 12.000 civils. Les insurgés font état d'arrestations multiples et de pratiques massives de torture du régime Assad.

La société Qosmos a assuré mercredi qu'elle n'avait jamais rien vendu à la Syrie. "Nous attendons sereinement les éventuels actes d'enquête", a dit à Reuters son avocat Benoît Chabert. Il ne souhaite pas faire d'autres commentaires.

La FIDH et la LDH s'appuient sur des documents internes à Qosmos et d'autres sociétés publiés fin 2011 par le site internet WikiLeaks et semblant montrer que la compagnie française a participé, avec une société italienne, AreaSpa, à la surveillance de l'internet en Syrie.

Ces organisations citent dans leur dénonciation une déclaration du PDG de Qosmos annonçant à la presse fin 2011 le désengagement de la Syrie et un communiqué de la société du 22 novembre 2011 déclarant : "Qosmos s'est retiré du projet syrien Asfador avant que la système eut été finalisé".

Elles expliquent que le matériel a permis au régime de Bachar al Assad d'arrêter ses opposants et d'organiser la répression dès le printemps de 2011.

LE PRÉCÉDENT LYBIEN

Les dernières exportations de Qosmos vers la Syrie remontent à l'automne 2011, à la connaissance des autorités, a précisé Bernard Valero, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Il a précisé que l'exportation de ces matériels n'était pas soumis à autorisation, jusqu'à l'interdiction de les vendre à la Syrie décidée au plan européen en décembre 2011. "Si un tel matériel a été exporté depuis la France, l'exportateur n'avait donc pas besoin d'obtenir une autorisation à cette fin, ni d'en informer l'administration", a-t-il dit.

Me Patrick Baudouin, président d'honneur de la FIDH, estime que le problème juridique ne peut cependant s'arrêter là.

"Nous ne nous situons pas sur le terrain des autorisations. En vendant ces matériels, on peut pas ignorer leur finalité. C'est équivalent à de l'armement puisque c'est un outil de répression pour arrêter et torturer", a-t-il dit à Reuters.

A propos de son produit "Deep Packet Inspection", Qosmos explique sur son site internet fournir "une technologie d'intelligence réseau qui identifie et analyse en temps réel les données qui transitent sur les réseaux".

Il est précisé qu'"au-delà d'une simple classification du trafic, la technologie de Qosmos permet également d'extraire du contenu".

Le site Owni, partenaire français de WikiLeaks, disait fin 2011 avoir répertorié 124 sociétés commercialisant ce type de matériel, dont 32 aux Etats-Unis, 17 au Royaume-Uni, 15 en Allemagne, 10 en Israël, huit en France et sept en Italie.

Une plainte semblable visant la société française Amesys, qui opérait sur les mêmes marchés en Libye, a débouché en mai dernier sur l'ouverture à Paris d'une information judiciaire pour "complicité d'actes de torture".

Des découvertes dans les bâtiments officiels du régime de Mouammar Kadhafi après sa chute fondent des soupçons sur l'utilisation de ses produits pour des persécutions politiques. La FIDH et la LDH disent disposer de cas précis d'opposants libyens arrêtés grâce à la technologie Amesys.

Edité par Yves Clarisse

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  • marc1956 le jeudi 26 juil 2012 à 16:56

    Vive le respect des droits de l'homme, de la liberte individuelle et de la privacite des communications! Pourtant, l'espionnage d'Internet est pratique a tres grande echelle par les USA avec le systeme Echelon (cf Wikipedia). Les USA violent les droits de l'homme comme les Syriens (meurtres de masse par drones, torture par waterboarding, abus sexuels sur prisonniers,peine de mort, etc.) sous pretexte de lutte contre le terrorisme. Pourquoi seulement la Syrie et pas les USA, etc.?

  • baljo le jeudi 26 juil 2012 à 16:37

    FIDH et la LDH quel financement?

  • bercam01 le jeudi 26 juil 2012 à 14:42

    Laissons le business aux entreprises françaises qui en ont bien besoin et la morale à ceux qui n'ont rien à f... de leurs dix doigts ! La justice française a suffisamment d'occupations par ailleurs.