ENQUÊTE -Les gérants restent sur l'obligataire avec l'incertitude politique

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    * La pondération des obligations portée à 40,7% 
    * Celles des actions japonaises au plus haut depuis avril à 
18,2% 
    * Deux hausses de taux de la Fed attendues en 2017 
    * Données de l'enquête : reuters://realtime/verb=Open/url=cpurl://apps.cp./Apps/asset-allocation-polls 
 
    par Claire Milhench 
    LONDRES, 30 novembre (Reuters) - Les gérants de fonds 
diversifiés ont augmenté leur exposition à l'obligataire et 
maintenu la part des liquidités à un niveau élevé dans leurs 
portefeuilles au mois de novembre en justifiant leurs choix par 
l'incertitude liée à l'élection présidentielle américaine et au 
risque politique en Europe, montre une enquête mensuelle de 
Reuters mercredi.  
    En dépit de la brusque hausse des taux provoquée par les 
promesses du président élu américain, Donald Trump, de baisser 
massivement les impôts et d'augmenter les dépenses publiques, 
certains des gérants interrogés ont dit vouloir attendre de voir 
si elles seront tenues avant de modifier leur allocation 
d'actifs.  
    La remontée des taux longs qui a suivi l'élection de Donald 
Trump a entraîné une contraction de la capitalisation 
obligataire mondiale de plus de 1.000 milliards de dollars en 
deux jours. Le rendement des bons du Trésor américain à deux ans 
 US2YT=RR  a atteint son plus haut niveau depuis six ans et demi 
et celui des "Treasuries" à 10 ans  US10YT=RR  devrait avoir 
enregistré en novembre sa plus forte hausse mensuelle depuis 
décembre 2009.  
    Pourtant, les 45 gérants de fonds interrogés en Europe, aux 
Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon entre le 18 et le 28 
novembre ont augmenté la part des obligations dans leurs 
portefeuilles diversifiés pour la porter à 40,7% contre 39,9% en 
octobre.   
    Certains des participants à cette enquête, comme Mouhammed 
Choukeir, responsable de la stratégie d'investissement de 
Kleinwort Hambros, ont dit maintenir une exposition 
significative en obligations en dépit de valorisations très 
élevées et de taux encore proches de leurs plus bas record.  
    Ils expliquent ce choix par leur volonté de diversification 
par rapport au risque actions. Mais Mouhammed Choukeir souligne 
aussi que les obligations d'Etat ont dégagé d'excellentes 
performances sur un an, trois ans et cinq ans dans un 
environnement très comparable à celui qui prévaut encore 
actuellement. "Il est plus que probable qu'elles continuent de 
surprendre (positivement)", a-t-il dit.  
    La phase haussière de plus de trois décennies qu'a connu le 
marché obligataire est désormais terminée, ont estimé près des 
deux tiers des gérants qui ont répondu à une question sur ce 
thème. Mais plusieurs d'entre eux ont fait valoir que la Banque 
centrale européenne, la Banque du Japon et la Banque 
d'Angleterre continuaient d'acheter des obligations et que les 
taux resteraient "bas pour longtemps".  
     
    LA REFLATION APRÈS LA DÉFLATION 
    La perspective d'une accélération de la hausse des prix 
pousse toutefois certains gérants comme Matteo Germano, 
responsable de la multigestion de Pioneer Investments, à 
privilégier les obligations indexées sur l'inflation.  
    "La tendance à la reflation rend absolument nécessaire une 
approche flexible et exempte de contraintes dans 
l'investissement en produits à taux fixe", a-t-il dit ajoutant 
qu'il y avait encore de la valeur dans les obligations en 
catégorie d'investissement et à haut rendement. "Nous ne voyons 
pas encore une rotation massive hors de l'obligataire" vers les 
actions. 
    Certains gérants n'ont pas caché leur scepticisme quant à la 
capacité de Donald Trump de tenir ses promesses de relance et 
ils se demandent s'il n'est pas prématuré de sortir des paris 
sur la déflation, comme les placements obligataires, pour 
prendre des positions liées au retour de l'inflation comme les 
petites et moyennes valeurs américaines.  
    "(L'élection de) Trump aura peut-être été le catalyseur 
d'une accélération de l'inflation et de taux d'intérêt plus 
élevés. Mais il est trop tôt pour le dire", a estimé Sacha 
Chorley, gérant chez Old Mutual Global Investors. "Nous y 
verrons plus clair quand il dévoilera effectivement sa politique 
en janvier." 
    D'autres, comme Peter Lowman, responsable des 
investissements d'Investment Quorum, voient dans l'obligataire 
une protection contre le risque politique lié à la succession de 
rendez-vous électoraux en Europe dans un contexte de montée des 
populismes.  
    A quatre jours du référendum constitutionnel italien, il a 
prévenu que de "nouveaux chocs" étaient possibles après 
l'élection de Trump et le Brexit. Il souligne toutefois qu'il y 
a toujours "des montants conséquents de liquidités prêtes à 
s'investir" si les marchés se révèlent survendus.  
    La part des liquidités reste élevée dans les portefeuilles à 
6,6%, montre l'enquête, tandis que celle des actions est stable 
à 44,1%.  
    Trevor Greetham, responsable de la multigestion de Royal 
London Asset Management, a dit avoir réduit son exposition aux 
actions américaines avant l'élection présidentielle aux 
Etats-Unis pour revenir à l'achat immédiatement après, profitant 
du bref décrochage du marché après l'annonce du résultat.  
    Il estime que les politiques de reflation de Trump peuvent 
accélérer la reprise de l'économie mondiale, et donc bénéficier 
aux actions au détriment des obligations, tout en soulignant que 
"de nombreuses inconnues demeurent sur la manière dont la 
présidence Trump va se dérouler". 
     
    FED ET HAUSSES DE TAUX 
    Un peu plus de 80% des gérants ayant répondu à une question 
sur la trajectoire à venir des taux aux Etats-Unis ont dit 
s'attendre à deux hausses seulement par la Réserve fédérale 
l'année prochaine, en raison des délais sans doute nécessaires à 
l'examen par le Congrès du programme de relance de Trump.  
    "Si c'est un programme important aboutissant à de nouvelles 
pressions sur les salaires et l'inflation au cours de l'année 
2018, alors nous nous attendons à ce que la Fed devienne plus 
agressive en 2018, éventuellement en relevant (les taux) une 
fois par trimestre", a dit Andrew Milligan, responsable de la 
stratégie de Standard Life Investments.  
    Au sein des poches actions des portefeuilles, les gérants 
ont relevé leur exposition sur le Japon de près d'un point de 
pourcentage à 18,2%, au plus haut depuis le mois d'avril. Les 
entreprises japonaises, en particulier celles qui exportent des 
biens de consommation, profitant globalement de l'appréciation 
du dollar.  
     
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand) 
 
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