Enquête au Mexique sur un possible massacre d'étudiants

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AYOTZINAPA, Mexique, 8 octobre (Reuters) - Dans la nuit du 26 septembre dernier, des policiers mexicains soupçonnés d'être en affaires avec une organisation criminelle violente s'en sont pris à de jeunes professeurs en formation, tuant trois d'entre eux, rapportent des survivants. Des dizaines d'autres ont été embarqués dans des véhicules de la police. Par la suite, les enquêteurs ont découvert 28 cadavres enterrés dans des fosses communes à flanc de coteau aux alentours d'Iguala, ville de l'Etat du Guerrero, dans le sud du Mexique, et enquêtent sur un possible massacre. Les enquêteurs estiment qu'une partie des 43 étudiants portés disparus depuis le 26 septembre, ont été enterrés là. Les trois victimes étaient élèves d'une école de formation des enseignants à Ayotzinapa, près de la ville d'Iguala. L'école est connue pour son positionnement marqué à gauche. Le 26 septembre, des affrontements ont commencé après que les jeunes se furent emparés de trois autobus à la gare routière de la ville, selon les informations données par les autorités de l'Etat du Guerrero. Selon les étudiants, les tirs ont commencé parce qu'ils refusaient de rendre les véhicules comme le demandait la police. Ils disent qu'ils sont ensuite partis à pied. Trois étudiants ont été tués et trois autres personnes, dont un chauffeur de taxi, son passager et un adolescent, ont également trouvé la mort pendant la fusillade. Lors de son arrivée au pouvoir en décembre 2012, le président mexicain Enrique Pena Nieto s'était engagé à rétablir l'ordre au Mexique, où la violence liée à la drogue avait explosé lors du mandat de son prédécesseur Felipe Calderon. Quelque 100.000 personnes ont perdu la vie depuis 2007. Les homicides ont eu tendance à baisser sous Enrique Pena Nieto mais les enlèvements et le racket sont à la hausse. La mise en accusation de la police dans l'affaire d'Iguala souligne la corruption de mise au sein des forces de sécurité mexicaines. Les autorités du Guerrero ont ordonné l'arrestation du maire d'Iguala, de ses deux responsables de la sécurité - deux de ces trois personnes sont en fuite - et d'une vingtaine de policiers soupçonnés d'être impliqués dans l'affaire. Selon le bureau du procureur général du Guerrero, les membres de l'administration municipale d'Iguala recherchés sont soupçonnés d'avoir des liens avec le gang des Guerreros Unidos ("Les guerriers unis"). Le procureur les accuse de s'être mis d'accord avec le gang pour tuer les étudiants. "EN TRAIN DE MOURIR" Dans l'école d'Ayotzinapa, entièrement masculine, Angel Neri de la Cruz, 19 ans, raconte comment la police a visé un de ses camarades de classe à la tête et un autre au niveau de la bouche. "Mon camarade de classe saignait tellement", raconte le jeune homme, des sanglots dans la voix. "Il a écrit sur son téléphone mobile : 'sors-moi de là parce que je suis en train de mourir'. Il ne pouvait pas parler." Les deux élèves blessés ont survécu, précisent leurs camarades. Angel Neri de la Cruz et son camarade Uriel Alonso Solis ont dit avoir vu des policiers partir en pick-ups avec 25 à 30 étudiants. "Nous les avons vu les emporter. Cela veut dire que nous avons un narco-gouvernement dans le Guerrero", estime Angel Neri de la Cruz. Dans l'établissement lumineux, les murs sont décorés d'images de Karl Marx et d'Ernesto "Che" Guevara et d'autres symboles de la rébellion. Plusieurs centaines d'étudiants ont brièvement occupé le bureau du procureur général de l'Etat mardi, tandis qu'un groupe local de guérilla publiait un communiqué promettant de résister au "terrorisme d'Etat". Un des étudiants qui a trouvé la mort à Iguala a été retrouvé avec de telles mutilations qu'il a fallu des heures pour reconstituer son visage, rapportent les autorités. Après la découverte des corps aux environs d'Iguala, les enquêteurs ont déclaré que les policiers avaient remis les étudiants à des membres de bandes locales, qui les auraient exécutés. Les corps retrouvés ne sont pas tous ceux des étudiants portés disparus, parce que trois sont ceux de femmes, a déclaré un responsable local. (Dave Graham; Danielle Rouquié pour le service français)

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