Enquête à Paris sur les pratiques de la police anti-drogue

le
0
 (Actualisé avec plainte en diffamation contre Libération) 
    PARIS, 23 mai (Reuters) - Le parquet de Paris a ouvert en 
décembre dernier une enquête préliminaire sur les pratiques de 
l'office de police chargé de la lutte anti-drogue, mises en 
cause par l'un de ses anciens informateurs, a-t-on appris lundi 
de source judiciaire. 
    Cette enquête a été ouverte à la suite du témoignage d'un 
homme qui se présente comme un "infiltré" - un indicateur ne 
venant pas du "milieu" -, a-t-on précisé, confirmant une 
information de Libération. 
    Dans le quotidien, "Stéphane V." - un nom d'emprunt que lui 
a attribué l'administration française pour l'exercice de ses 
missions, dit-il - assure avoir "gardé" début 2012 une villa 
espagnole à la demande de François Thierry, alors patron de 
l'Office central pour la répression du trafic illicite de 
stupéfiants (Octris). 
    De mars à avril, 19 tonnes de cannabis en provenance du 
Maroc ont transité par cette villa, où la drogue était déchargée 
par des "policiers français" avant de remonter en voiture vers 
la France où seule une partie était interceptée, accuse-t-il. 
    "J'ai été témoin d'un trafic organisé au plus haut niveau, 
au motif de démanteler les réseaux", ajoute-t-il.  
    D'après Libération, ce témoignage est jugé crédible par le 
parquet. "On vérifie ce qui est dit", se contente de dire une 
source judiciaire.  
    Le porte-parole du ministère de l'Intérieur n'était pas 
joignable dans l'immédiat. 
    Sur Twitter, Francis Szpiner, l'avocat du commissaire 
François Thierry, a fait savoir qu'il allait engager "des 
poursuites en diffamation contre le journal Libération". 
     
    "LIVRAISON SURVEILLÉE" 
    Cette enquête préliminaire vient s'ajouter à une information 
judiciaire distincte, ouverte en octobre 2015 après la saisie, 
le 17 octobre, de 7,1 tonnes de cannabis entreposées dans trois 
fourgonnettes garées dans le XVIe arrondissement de Paris. 
    Dans le cadre de cette information judiciaire, dans laquelle 
trois autres personnes ont été mises en examen, Sofiane H., un 
indicateur de police en relation directe avec l'Octris et en 
particulier avec son ex-chef François Thierry, a été mis en 
examen début avril.  ID:nL5N179406  
    La juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris le 
soupçonne d'avoir été le principal bénéficiaire d'une "livraison 
surveillée" pilotée par l'Octris de plusieurs tonnes de cannabis 
en provenance du Maroc. 
    Une "livraison surveillée" vise, grâce à une information 
venue de l'intérieur d'un réseau, à démanteler les destinataires 
de la marchandise. 
    L'enquête préliminaire ouverte en décembre dernier est 
"beaucoup plus vaste" et vise les pratique de l'Office, souligne 
une source judiciaire.  
    Les relations entre certains policiers et leurs indicateurs 
sont actuellement au coeur du procès de l'ancienne star de la 
police lyonnaise, Michel Neyret, qui comparaît devant le 
tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic de 
stupéfiants.  
    Il est accusé d'avoir franchi la frontière qui sépare "flics 
et voyous" en acceptant des cadeaux de membres du milieu en 
échange de services, et d'avoir détourné plusieurs kilos de 
résine de cannabis afin de rémunérer des informateurs. 
 
 (Chine Labbé, édité par Yves Clarisse) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant