ENCADRE USA 2016-Le programme d'Hillary Clinton

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    par Amanda Becker 
    WASHINGTON, 7 novembre (Reuters) - Entrée en grandissime 
favorite dans la course à l'investiture démocrate, Hillary 
Clinton a progressivement déplacé son programme vers la gauche 
dans des domaines clés, comme le commerce extérieur, face à la 
résistance inattendue de son rival, le "socialiste démocrate" 
Bernie Sanders. 
    L'ex-Première dame (1993-2001), ex-sénatrice de New York 
(2001-2009) et ex-secrétaire d'Etat (2009-2013), qui a décroché 
l'investiture de son parti à sa deuxième tentative, entend 
briser le "plafond de verre le plus résistant et le plus élevé", 
celui qui a toujours empêché jusqu'à présent une femme d'accéder 
à la Maison blanche. 
    A 68 ans, cette ancienne avocate met en avant son expérience 
de la vie politique et sa capacité à travailler ses dossiers. 
    "Donald vient de me critiquer pour m'être préparée à ce 
débat. Et, oui, je m'y suis préparée. Et vous savez à quoi 
d'autre je me suis préparée ? A être présidente", a-t-elle dit 
lundi soir lors du premier débat télévisé de la campagne 
présidentielle. 
    Ses principales propositions, thème par thème. 
     
    IMMIGRATION 
    Hillary Clinton soutient une réforme de l'immigration qui 
créerait une voie d'obtention de la citoyenneté américaine pour 
les quelque onze millions de personnes en situation irrégulière 
aux Etats-Unis. Elle s'est en outre prononcée contre la 
rétention de familles en situation irrégulière. 
    Si elle est élue le 8 novembre, elle promet de mener cette 
réforme à bien lors des 100 premiers jours de son mandat. 
    Elle soutient les actions menées dans ce domaine par le 
président Barack Obama. 
     
    COMMERCE 
    L'ancienne secrétaire d'Etat a adopté des positions 
différentes sur plusieurs accords de libre-échange, qu'elle dit 
juger à l'aune de la protection des travailleurs américains. 
    Pendant sa carrière politique, Hillary Clinton a déjà dû 
gérer l'héritage de l'Accord de libre-échange nord-américain 
(Alena) conclu par son mari. Elle s'en était dissociée en 2000, 
lors de sa candidature au poste de sénatrice de New York. 
    Durant ce mandat, elle a défendu des accords commerciaux 
avec l'Australie, le Chili, le Maroc, Oman et Singapour, mais 
s'est opposée à l'extension de l'Alena à l'Amérique centrale, 
conclue en 2004.  
    Lors de sa première campagne présidentielle en 2008, elle se 
disait défavorable à des accords avec le Panama, la Colombie, et 
la Corée du Sud. Secrétaire d'Etat d'Obama, elle a ensuite 
travaillé à la conclusion des deux derniers. 
    La position de la candidate sur le partenariat 
transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) a tardé à 
se préciser, Hillary Clinton finissant par se prononcer contre, 
jugeant l'accord insuffisamment protecteur pour l'économie 
américaine. 
    Concernant la Chine, elle s'oppose à ce que la deuxième 
puissance économique mondiale se voit attribuer le statut 
d'économie de marché dans le cadre de l'Organisation mondiale du 
commerce (OMC) qui limiterait la capacité des pays tiers à 
imposer des droits sur les importations chinoises. 
     
    POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET FISCALITÉ 
    Si elle est élue présidente, Clinton a promis de ne pas 
augmenter les impôts pour les classes moyennes. Elle se propose 
en revanche de "réformer la réglementation fiscale pour que les 
plus riches paient leur part".  
    Elle a promis de mettre fin aux niches fiscales qui 
permettent, à Wall Street, à des gérants de fonds de bénéficier 
d'un taux d'imposition plus faible et soutient la taxe Buffett, 
proposition lancée par l'investisseur Warren Buffet qui 
imposerait à 30% les revenus supérieurs à un million de dollars 
par an. 
    S'inspirant de Sanders, dont elle cherche à convaincre les 
électeurs de voter pour elle, Clinton, a proposé de taxer à 65% 
les successions supérieures à 500 millions de dollars pour une 
personne seule et à un milliard de dollars pour les couples. Les 
droits de succession sont actuellement de 40% aux Etats-Unis 
pour les héritages supérieurs ou égaux à 5,45 millions de 
dollars, soit 0,2% des Américains selon les calculs du Center on 
Budget and Policy Priorities, un organisme non partisan. 
    Elle soutient également un relèvement du salaire minimum et 
des mesures en faveur des petites entreprises et prône un plan 
de reconstruction et remise en état des infrastructures, qui 
serait selon elle créateur d'emplois. 
    Le Committee for a Responsible Federal Budget, un groupe non 
partisan qui travaille sur les questions budgétaires, a chiffré 
le programme de Clinton à 1.800 milliards de dollars sur dix 
ans. En face, sa politique fiscale rapporterait 1.600 milliards 
de dollars de recettes. Le solde pourrait être compensé par un 
impôt sur les grandes sociétés que son équipe de campagne n'a 
pas encore détaillé. 
     
    POLITIQUE ÉTRANGÈRE 
    Clinton a appelé à un "sursaut en matière de renseignement" 
('intelligence surge') pour combattre le groupe Etat islamique 
(EI), et la diplomatie joue un rôle de premier plan dans ses 
projets de gouvernement. 
    Evoquant lundi soir l'accord de 2015 sur le programme 
nucléaire iranien, elle s'est attribuée une part du mérite pour 
avoir su amener la république islamique à la table des 
négociations en travaillant de concert avec la Russie et la 
Chine. "Mon successeur, John Kerry, et le président Obama sont 
parvenus à un accord qui contient le programme nucléaire iranien 
sans avoir tiré le moindre coup de feu, a-t-elle poursuivi. 
C'est la diplomatie. C'est la mise en place de coalitions. C'est 
la coopération avec d'autres nations." 
    La candidate démocrate n'est pas en faveur de l'envoi de 
plus de troupes au sol au Moyen-Orient, y compris en Syrie. Elle 
y soutient un accroissement des "forces spéciales" déjà sur 
place, doublée de l'instauration d'une zone d'exclusion 
aérienne.  
    L'ancienne secrétaire d'Etat juge la participation russe 
essentielle à la résolution du conflit syrien mais des 
responsables, anciens ou actuels, de l'administration Obama 
jugent qu'elle adopterait à l'égard de Moscou une ligne plus 
intransigeante que le président sortant ou Donald Trump.   
    Elle a notamment déclaré que des hackers russes étaient les 
auteurs du piratage informatique dont a été victime la direction 
du Parti démocrate (DNC). 
    Selon son entourage, elle envisagerait par ailleurs d'armer 
les forces gouvernementales en Ukraine pour combattre ce qu'elle 
qualifie d'"agression russe en Europe". 
    Enfin, Hillary Clinton a appelé les groupes technologiques à 
accélérer leurs solutions pour combattre le terrorisme. "Les 
réseaux sociaux peuvent aussi faire leur part en fermant 
rapidement les comptes terroristes afin que ceux-ci ne soient 
pas utilisés pour planifier, provoquer ou encourager la 
violence", a-t-elle dit. 
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur la campagne   
 
 (Julie Carriat et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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