ENCADRE-Référendum en Ecosse: les conséquences possibles du "oui"

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par Mike Peacock LONDRES, 15 septembre (Reuters) - Un "oui" des Ecossais à l'indépendance, lors du référendum de jeudi, aura des conséquences non seulement au sein du Royaume-Uni, mais aussi dans le reste de l'Union européenne, envoyant une onde de choc jusqu'en Espagne où la Catalogne aspire elle aussi à tenir une consultation de ce genre. Voici, secteur par secteur, les retombées possibles d'un éventuel "oui". UNE SORTIE DU ROYAUME-UNI DE L'UE? Globalement, les Ecossais sont davantage pro-européens que les Anglais et s'ils décidaient de se séparer du reste de la Grande-Bretagne, ils n'auraient plus leur mot à dire lors du référendum prévu en 2017 sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. De ce fait, les chances que l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord optent pour une sortie de l'UE augmenteraient mathématiquement si l'Ecosse faisait cavalier seul. Elle ne représente certes que quatre millions des 45 millions d'électeurs britanniques, mais en cas de scrutin serré, ils s'avéreraient décisifs. Pour le Premier ministre écossais Alex Salmond, la plus grande menace pour le maintien de l'Ecosse dans l'UE, c'est la promesse faite par son homologue britannique David Cameron d'organiser un référendum en 2017. Salmond peut invoquer désormais la montée en puissance de l'UKIP, l'europhobe "Parti de l'indépendance du Royaume-Uni", qui a devancé tous les partis traditionnels lors des élections européennes de mai dernier. UN PARLEMENT DE WESTMINSTER PLUS A DROITE? L'accession à l'indépendance de l'Ecosse modifierait la donne politique dans le reste du Royaume-Uni. Au parlement de Westminster, 41 députés travaillistes ont été élus dans des circonscriptions écossaises, alors que les Tories, au pouvoir, n'ont aux Communes qu'un seul député élu en Ecosse. Si le Labour doit se passer de l'Ecosse, un de ses bastions, il lui sera beaucoup plus difficile à l'avenir de remporter des législatives dans le reste de la Grande-Bretagne, même si, quelle que soit l'issue du vote de jeudi, les Ecossais participeront encore aux législatives britanniques de 2015. Ce qui ajoute un autre facteur d'incertitude: si les travaillistes l'emportent en 2015, ils pourraient être contraints de convoquer des législatives anticipées lorsqu'ils ne pourront plus disposer de l'appui de leurs élus écossais... "Il y aura probablement de nouvelles législatives, sans doute à la fin 2016 ou au début 2017, avec une probabilité élevée de victoire conservatrice", écrivait récemment la banque Nomura dans une note. INCERTITUDE CHEZ LES INVESTISSEURS Pour les investisseurs, plusieurs inconnues devront être prises en compte. Quelle part de la dette publique britannique l'Ecosse assumera-t-elle? Conservera-t-elle la livre ? Conservera-t-elle la majeure partie des revenus pétroliers de la mer du Nord ? Mènera-t-elle une politique fiscale différente ? Ce qui est certain, c'est qu'en perdant l'Ecosse, la Grande-Bretagne perdra son rang de sixième économie mondiale. Certains pourraient même lui contester son siège au Conseil de sécurité des Nations unies et son statut de membre du G7 (Groupe des sept), sur fond de montée en puissance des grandes économies émergentes comme la Chine et l'Inde. Le SNP (Parti national écossais) tient à conserver la livre mais l'ensemble des grands partis politiques britanniques y sont opposés. Quoi qu'il en soit, la livre risque fort de baisser si l'Ecosse se tourne vers l'indépendance. L'économie britannique est en Europe la plus importante destination pour les investissements étrangers directs, mais sans l'Ecosse, à supposer qu'elle ne conserve pas la livre, ces flux de capitaux diminueront fortement. Les grands groupes pétroliers Royal Dutch Shell RDSa.L et BP BP.L ne cachent pas leur préférence pour un maintien de l'Ecosse dans le Royaume-Uni, et Standard Life SL.L , poids-lourd du secteur des assurances et des pensions, a averti qu'il pourrait se retirer partiellement si l'Ecosse fait sécession. DÉFENSE La Grande-Bretagne dispose de quatre sous-marins équipés de missiles nucléaires Trident à la base navale de Faslane en Ecosse. En cas de "oui" à l'indépendance, le SNP veut voir ces armes quitter le territoire écossais le plus rapidement possible. Plusieurs anciens responsables britanniques de la défense ont mis en garde au mois d'août contre pareille décision, qui, à les en croire, coûterait des milliards de livres sterling, entraînerait la suppression de milliers d'emplois et serait vue d'un mauvais oeil par les alliés du Royaume-Uni. A l'heure où la tension est vive avec la Russie, les pays de l'Otan ne manqueraient pas de s'inquiéter d'une telle décision, même s'il faudrait vraisemblablement plusieurs années avant de déménager cette base navale. D'aucuns voient dans l'avenir des sous-marins nucléaires un des atouts majeurs de l'Ecosse lors des négociations qui, pendant un an et demi, doivent suivre un "oui" au référendum et décider des conditions de la séparation avec le reste du Royaume-Uni. Londres et Edimbourg devront coopérer étroitement en matière de sécurité et de renseignements, avertit le club de réflexion Royal United Services Institute. Car si ce n'est pas le cas, l'Ecosse, étant donné ses capacités restreintes, sera à la merci des réseaux d'espionnage et des groupes terroristes étrangers, et leur fournira une voie d'accès vers le reste du Royaume-Uni. IRLANDE DU NORD L'indépendance de l'Ecosse pourrait avoir une influence déstabilisatrice sur l'Irlande du Nord. Depuis la signature des accords du vendredi saint, qui ont mis fin en avril 1998 à plusieurs décennies de violences intercommunautaires, l'Irlande du Nord, qui jouit d'un certain degré d'autonomie, demeure fortement divisée entre protestants, partisan du maintien dans le Royaume-Uni, et catholiques enclins à un rattachement à la République d'Irlande. Les partisans d'une intégration dans la République d'Irlande pourraient tirer parti d'un "oui" au référendum du 18 septembre en Ecosse pour faire valoir avec plus de force leurs revendications. RISQUE DE SÉCESSION EN ESPAGNE? Si toute l'Europe sera attentive au résultat de la consultation écossaise, les Espagnols auront sans doute plus que tout autre les yeux braqués sur Edimbourg. Le gouvernement espagnol refuse que la Catalogne organise son propre vote sur l'indépendance en novembre. Si Madrid ne change pas d'avis, le président de la Catalogne, Artur Mas, déclare qu'il ne convoquera pas de référendum mais organisera à la place un scrutin à valeur informelle sur l'indépendance. Un "oui" écossais à l'indépendance ne ferait qu'encourager les Catalans sur cette voie, et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles les responsables européens, à Bruxelles, assurent qu'il sera difficile aux Ecossais de rejoindre l'Union européenne en cas de sortie du Royaume-Uni. (Eric Faye pour le service français)


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