ENCADRE-Questions sur la diffusion vidéo en direct après l'assassinat de Magnanville

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    par Yasmeen Abutaleb 
    SAN FRANCISCO, 15 juin (Reuters) - La vidéo mise en ligne 
sur Facebook par Larossi Abballa, le tueur d'un couple de 
policiers assassinés à leur domicile de Magnanville, dans les 
Yvelines, est la dernière illustration en date du caractère très 
sensible des diffusions de contenus en direct. 
    Dans ce document de douze minutes, le meurtrier, tué dans 
l'intervention des policiers d'élite du Raid, clame son 
allégeance à l'organisation Etat islamique (EI) et appelle les 
sympathisants du mouvement à suivre son exemple en s'en prenant 
à des policiers, des journalistes ou encore des surveillants de 
prison et des imams.   
    La vidéo, filmée selon lui sur les lieux du crime, a été 
relayée par un média lié à l'EI, l'agence de presse Amaq.  
    Sa diffusion souligne les immenses défis que les géants du 
web comme Facebook, Twitter ou YouTube, la filiale de Google, 
vont devoir relever alors qu'ils développent le "live 
streaming", la capacité offerte à des centaines de millions 
d'internautes de diffuser des contenus vidéos en direct. 
    Ces derniers mois, Facebook a fait de son application Live 
une composante centrale de sa stratégie de développement. 
Twitter se focalise pareillement sur la diffusion vidéo en temps 
réel et YouTube, site leader du partage de vidéos en ligne, 
s'oriente aussi vers la diffusion en direct. 
    Toutes se sont dotées de protocoles censés retirer les 
contenus violant les règles d'utilisation, des protocoles qui 
reposent principalement sur des signalements par des 
internautes. Mais le délai de traitement de ces signalements est 
généralement de 24 heures, beaucoup trop long à l'heure des 
"diffusions virales" où un clic permet de partage un contenu. 
    "Nous comprenons bien et nous reconnaissons que des défis 
uniques se posent lorsqu'il s'agit du contenu et de la sécurité 
des vidéos sur Live", dit une porte-parole de Facebook. "Nous 
nous efforçons d'améliorer l'efficacité avec laquelle nous 
traitons les signalements de contenus qui violent nos 'Community 
Standards' (ndlr, les règles d'utilisation du site)", 
ajoute-t-elle. 
     
    VIOL ET SUICIDE EN DIRECT 
    Facebook n'est pas la première compagnie du secteur des 
technologies de l'information à devoir faire face à ce genre de 
difficultés. En avril, une jeune femme de 18 ans a été inculpée 
aux Etats-Unis pour avoir diffusé en direct le viol d'une de ses 
connaissances via l'application Periscope de Twitter. Le mois 
dernier, en France, une jeune femme a diffusé son suicide par le 
même canal. 
    "Ces entreprises ont déjà des difficultés à décider du 
retrait d'autres types de contenu générés par les internautes. 
Prendre des décisions de ce genre pour des diffusions vidéo en 
direct est encore plus complexe", note Aaron Altschuler, juriste 
chez ZwillGen, spécialiste du droit dans le domaine numérique, 
et ancien conseiller juridique de Yahoo. 
    Aucun commentaire n'a pu être obtenu auprès de Twitter. Chez 
YouTube, on dit que des équipes réparties dans le monde entier 
travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur les 
signalements de contenus suspects. Le site, ajoute-t-on, 
supprime les comptes lorsqu'il a des raisons de penser que 
l'utilisateur appartient à un groupe figurant sur la liste noire 
des "organisations terroristes étrangères" établie par 
l'administration américaine. 
    Facebook, qui peut interrompre et retirer des contenus 
violant sa charte, dit recevoir chaque semaine des millions de 
signalements, dont la vaste majorité est traitée dans un délai 
de vingt-quatre heures. La société est en train d'accroître ses 
ressources dédiées à cette fin.  
    Elle teste également un dispositif de surveillance des 
contenus partagés en "mode viral" ou qui apparaissent dans le 
classement des "tendances" avant tout signalement, ce qui lui 
permettrait de réagir aussi rapidement qu'une chaîne de 
télévision par exemple, capable d'interrompre une retransmission 
en direct en cas d'incident. 
    Mais des spécialistes du secteur notent qu'il n'existe 
aujourd'hui aucun outil automatisé permettant d'identifier des 
vidéos sensibles ou contraires aux règles d'utilisation. 
 
 (Henri-Pierre André pour le service français) 
 

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