ENCADRE-Négociations sur le Brexit: ce qui est en jeu

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    LONDRES, 20 octobre (Reuters) - La Première ministre 
britannique Theresa May sera fermement invitée, jeudi et 
vendredi lors du sommet européen de Bruxelles, à préciser la 
manière dont elle entend gérer la sortie du Royaume-Uni de 
l'Union européenne.  
    Après avoir entretenu le flou pendant des semaines, la 
dirigeante conservatrice a semblé, devant le Congrès de son 
parti début octobre, opter pour la piste d'un "Brexit dur", 
privilégiant un contrôle de l'immigration tout en se coupant du 
marché unique. Mais les dirigeants européens cherchent encore à 
jauger ses intentions.   
    Voici un résumé des principaux enjeux des négociations entre 
Londres et Bruxelles, que la Première ministre britannique a 
promis de lancer avant mars 2017:  
     
    ACCÈS AU MARCHÉ UNIQUE 
    Les entreprises britanniques se heurteront à des barrières 
douanières pour accéder au marché de l'UE, fort de 500 millions 
de consommateurs, si Theresa May choisit de céder aux appels de 
nombreux électeurs conservateurs en faveur d'un contrôle plus 
strict de l'immigration. De tels contrôles enfreindraient en 
effet le sacro-saint principe de liberté de circulation des 
personnes au sein du bloc.  
    Les partisans d'un "Brexit dur" soutiennent que l'Allemagne 
et d'autres pays membres bluffent en évoquant l'instauration de 
droits de douane sur les biens et services britanniques, car 
leurs exportateurs auraient bien trop à perdre.  
    Mais les employeurs sont inquiets, en particulier dans les 
secteurs qui pourraient hériter des droits de douane les plus 
élevés en cas d'absence d'accord entre Londres et Bruxelles. 
    Pour vendre une automobile sur le marché de l'UE, un pays 
non membre doit ainsi s'acquitter d'une taxe de 10% et Nissan, 
qui exporte vers l'UE des milliers de véhicules construits dans 
son usine de Sunderland, la plus importante de Grande-Bretagne, 
a d'ores et déjà demandé à Londres des compensations pour faire 
face à d'éventuels coûts douaniers liés au Brexit.   
     
    IMMIGRATION 
    Theresa May veut abaisser le solde net migratoire à moins de 
100.000 personnes par an contre plus de 300.000 aujourd'hui, ce 
qui impliquerait la mise en place de contrôles sévères.  
    Environ la moitié des immigrants en Grande-Bretagne viennent 
de l'Union européenne.  
    La plupart des économistes s'accordent à dire que 
l'immigration a aidé l'économie britannique même si elle a pesé 
légèrement sur la croissance des bas salaires.  
    Theresa May préconise un système permettant de faire venir 
les employés les plus recherchés par les employeurs 
britanniques. Depuis, ses ministres disent vouloir s'assurer que 
les salariés les plus qualifiés continueront à venir en 
Grande-Bretagne.  
    Les autres dirigeants européens ne devraient cependant pas 
accepter une quelconque entorse au principe de libre circulation 
des personnes en matière d'emploi, craignant que d'autres pays 
n'en viennent à réclamer eux aussi des exemptions, ce qui 
conduirait à une implosion de l'UE.  
     
    SERVICES FINANCIERS 
    Le secteur financier britannique redoute d'être l'un des 
grands perdants du Brexit. Les banques perdraient la possibilité 
de vendre leurs services à travers le continent à partir de 
Londres, un système connu sous le nom de passeport européen. 
    Si ces établissements devaient délocaliser certaines 
opérations outre-Manche, cela pourrait peser sur les recettes 
fiscales britanniques alors que les comptes publics du pays 
restent dans le rouge.  
    Les négociations porteront notamment sur l'avenir du statut 
de Londres comme principal centre de compensation des 
transactions sur les produits dérivés libellés en euros, qui 
sera plus difficile à défendre une fois en dehors de l'UE.  
     
    BUDGET 
    Avant le référendum du 23 juin en faveur d'un Brexit, l'un 
des arguments des partisans d'une sortie de l'UE était qu'une 
fois dehors, Londres n'aurait plus à verser de contributions au 
budget européen, qui sont estimées par l'Autorité statistique du 
Royaume-Uni à quelque 7 milliards de livres (6,4 milliards 
d'euros) par an. 
    Mais la Grande-Bretagne pourrait devoir participer tout de 
même au budget de l'UE afin de conserver un accès aux services 
financiers ou à d'autres secteurs stratégiques. La Norvège et la 
Suisse contribuent ainsi au budget de l'UE en échange d'un accès 
préférentiel au marché unique.  
     
    UNION DOUANIÈRE OU ACCORDS COMMERCIAUX 
    La Grande-Bretagne pourrait chercher à demeurer au sein de 
l'union douanière européenne même si elle n'est plus un pays 
membre. L'union douanière intègre par exemple la Turquie, 
Andorre et Saint-Marin qui peuvent commercer librement avec le 
bloc et partager ses droits de douane extérieurs.  
    Mais si Londres choisit cette option, cela pourrait 
compliquer la mise en place d'accords commerciaux avec d'autres 
pays hors UE, un argument central du camp favorable au Brexit. 
     
    MÉCANISMES DE NÉGOCIATION 
    Theresa May a promis de déclencher les négociations avant la 
fin mars 2017 et Londres espère mettre à profit les prochains 
mois pour sonder ses partenaires européens et fixer ses 
priorités de discussion. 
    Jusqu'ici, les dirigeants européens ont repoussé les 
tentatives britanniques d'évoquer les grandes lignes d'un accord 
de manière informelle, ce qui permettrait à Londres d'affiner sa 
stratégie.  
    Une fois que l'article 50 du traité de Lisbonne sera invoqué 
par le gouvernement britannique, engageant formellement la 
sortie du Royaume-Uni et enclenchant deux années de 
négociations, les 27 autres pays membres se réuniront dans un 
délai d'un mois ou deux pour donner des instructions à la 
Commission européenne. 
    Ces discussions seront dirigées côté européen par le 
Français Michel Barnier, qui a eu des relations tendues avec 
Londres lorsqu'il était commissaire européen au Marché 
intérieur, entre 2010 et 2014.  
    A Bruxelles, on estime que deux années seront probablement 
suffisantes pour traiter le divorce proprement dit (procéder à 
une nouvelle répartition du budget et des avoirs de l'UE, régler 
des problèmes complexes comme celui du financement des retraites 
des anciens employés britanniques de l'Union, etc.).  
    Mais l'élaboration d'une nouvelle relation, sur le plan 
commercial en particulier, pourrait prendre davantage de temps, 
et requérir la conclusion d'un accord de transition afin de ne 
pas laisser la Grande-Bretagne dans un vide juridique.  
    Deux échéances électorales sont à garder en mémoire dans ce 
processus complexe de négociation, celle des législatives 
britanniques, qui doivent avoir lieu avant mai 2020, et celles 
des élections européennes, prévues normalement en mai 2019.  
 
 (William Schomberg, avec Alastair MacDonald à Bruxelles; 
Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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