ENCADRE-Les pistes d'Athènes pour la restructuration de sa dette

le , mis à jour à 12:16
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par Jan Strupczewski BRUXELLES, 8 juin (Reuters) - La Grèce demande une restructuration de sa dette publique passant par des refinancements à taux plus avantageux, un allongement des maturités voire l'effacement d'une partie du principal, une conversion partielle en dette perpétuelle ou en obligations indexées sur la croissance. Aucune de ces pistes détaillées par Athènes dans deux documents soumis la semaine dernière à ses créanciers n'a obtenu leur soutien. La Grèce a fait de la restructuration de sa dette qui atteint 175% du produit intérieur brut l'un des principaux enjeux des négociations avec ses créanciers, mais Athènes n'avait guère donné de détails sur ses demandes. De leur côté, les autres pays de la zone, qui détiennent l'essentiel de la dette grecque, n'entendent pas discuter d'une quelconque restructuration tant que les réformes promises en contrepartie des fonds déjà obtenus par Athènes ne sont pas mises en oeuvre et sur lesquelles les discussions sont dans l'impasse. "La Grèce doit se consacrer à la mise en oeuvre du programme, c'est une priorité mutuelle, une restructuration de la dette n'est pas à l'ordre du jour", a déclaré le ministre des Finances slovaque Peter Kazimir sur son compte Twitter. La zone euro a exclu tout effacement du principal mais n'a pas écarté la possibilité d'un allongement des maturités des prêts existants. Les demandes d'Athènes se sont pas exemptes d'ambiguïtés, notamment parce que les deux documents soumis à ses partenaires présentent deux schémas de restructuration différents, l'un plus ambitieux que l'autre. Un document de sept pages intitulé "En finir avec la crise grecque" et divulgué par le Financial Times va en effet bien au-delà d'un document de travail de 47 pages, titré "Accord sur la politique économique, les réformes pour la période 2015-2020", publié par la quotidien allemand Tagesspiegel, la semaine dernière. Dans ce dernier, Athènes ne réclame ni effacement du principal sur les prêts existants, ni extension de maturités. Les autorités grecques proposent en revanche d'utiliser des prêts à taux plus faibles qui seraient consentis par le Mécanisme de stabilité européen (MSE) pour racheter 27 milliards d'euros de la dette à taux plus élevés détenus par la Banque centrale européenne (BCE), ce qui reviendrait à la refinancer à des conditions plus avantageuses. De la même manière, la moitié des 20 milliards d'euros dus par Athènes au Fonds monétaire international (FMI) pourraient être remboursés par anticipation d'ici la fin mars 2016. La logique est le même : les prêts du FMI sont beaucoup plus coûteux que ceux que pourrait consentir le MSE. Athènes estime qu'avec les mesures budgétaires décidées, ces opérations de refinancement lui permettraient de revenir sur les marchés financiers internationaux à compter de la fin mars 2016, voire plus tôt, rendant ainsi la dette grecque éligible au programme d'achats d'obligations souveraines de la Banque centrale européenne. ANNULATION DE DETTE Le document de sept pages est beaucoup plus ambitieux. En plus des opérations de refinancement des dettes vis-à-vis du FMI et de la BCE, il préconise de convertir 53 milliards de prêts bilatéraux consentis à la Grèce dans le cadre du premier plan de soutien dont elle a bénéficié en obligations perpétuelles portant un taux d'intérêt de 2% à 2,5%. Si une obligation perpétuelle, qui implique que le principal ne sera jamais remboursé, semble difficilement acceptable politiquement, Athènes propose que la maturité des 53 milliards de prêts soit portée à 100 ans avec un remboursement "minimum" du principal à l'échéance. Une autre option serait de convertir ces prêts au taux de l'Euribor 6 mois majoré de 0,5% en obligations dont le coupon serait indexé sur la croissance du PIB grec, les remboursements étant automatiquement interrompus si la croissance devenait trop faible. La proposition la plus controversée de ce document prévoit une annulation progressive de la moitié des prêts consentis à la Grèce par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui atteignent actuellement 131 milliards d'euros et pourraient totaliser 144 milliards au total. La maturité du solde de ces prêts pourrait par ailleurs être prolongée jusqu'à 50 ans en moyenne contre 31 ans actuellement. Les créanciers ont accueilli assez froidement ces propositions en rappelant que la question de la restructuration de la dette ne pourrait être abordée qu'une fois les réformes promises par Athènes mises en oeuvre. "La restructuration de la dette sera discutée à un moment, conformément au communiqué de l'Eurogroupe de 2012. Mais il n'y a pas beaucoup de complaisance au sein des pays de la zone euro sur la restructuration", a dit un haut fonctionnaire de l'UE. "Les prêts de l'UE à la Grèce sont déjà tellement bon marché, de longue durée, avec un long délai de grâce que la nécessité d'une restructuration est loin d'être manifeste." Il a rappelé que les termes favorables consentis à Athènes, notamment un moratoire de 10 ans sur le paiement des intérêts sur les prêts du FESF, équivalaient à un transfert d'au moins 8 à 9 milliards d'euros des pays de la zone euro vers la Grèce, cahque année. "Cela représente 5% du PIB de la Grèce. En plus de cela, les fonds structurels, agricoles, de cohésion, représentent près de 3% du PIB grec chaque année, sous forme de transferts directs. C'est plutôt généreux." Le texte du document : "Accord sur la politique économique, les réformes pour la période 2015-2020" : http://bit.ly/1MskcSb Le texte du document "En finir avec la crise grecque" : http://on.ft.com/1Ke5AGD (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)

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