ENCADRE-Les églises sous une menace latente depuis janvier 2015

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    * Mesures de sécurité renforcées depuis 18 mois 
    * Le Conseil musulman dénonce "un acte lâche et barbare" 
    * Le Crif "horrifié" exprime sa solidarité 
    * Raffarin met en garde contre une guerre des religions 
 
    par Marine Pennetier 
    PARIS, 26 juillet (Reuters) - L'attaque lancée mardi contre 
une église en Normandie a confirmé la crainte des autorités 
françaises de voir des lieux de culte être pris pour cible dans 
un pays sur le qui-vive sécuritaire depuis les attentats de 
janvier 2015.          
    "Ce sont les catholiques qui ont été frappés mais ce sont 
tous les Français qui se sentent concernés", a déclaré François 
Hollande à Saint-Etienne du Rouvray (Seine-Maritime) où un 
prêtre a été tué par deux hommes armés se réclamant de l'Etat 
islamique.   
    "Nous devons être dans une cohésion, un ensemble, un bloc 
que personne ne doit pouvoir fissurer", a ajouté le chef de 
l'Etat, précisant qu'il réunirait mercredi la conférence des 
représentants des cultes en France. 
    La question de la protection des lieux de culte a émergé 
quelques jours seulement après les attentats sans précédent de 
janvier 2015 contre Charlie Hebdo et une supérette cascher qui 
ont poussé les autorités à lancer l'opération Sentinelle.  
    Quelque 1.227 sites chrétiens sont actuellement protégés via 
ce dispositif de surveillance de lieux sensibles qui mobilise 
forces de sécurité intérieure et militaires. Un millier de sites 
musulmans font également l'objet de surveillance ainsi que 794 
site juifs.     
    La menace pesant sur les lieux de culte catholiques s'était 
concrétisée en avril 2015 lorsque la police avait annoncé avoir 
déjoué un projet d'attentat contre une église à Villejuif 
(Val-de-Marne). 
    Trois mois plus tard, en juillet 2015, le groupe Etat 
islamique, qui a revendiqué l'attaque de mardi, appelait dans 
son magazine Dar al Islam à viser les "endroits fréquentés", 
citant entre autres les églises.  
     
    VIGILANCE 
    "La peur est là et ce genre d'actes renforce la peur mais 
nous faisons tout ce qu'il faut pour la surpasser, pour vivre 
notre foi", a dit à Reuters Vincent Neymon, porte-parole adjoint 
de la conférence des évêques de France. "C'est par la cohésion 
que nous arriverons à vaincre, il faut à tout prix éviter les 
fractures, les replis au sein des communautés et de la société". 
    
    "Juste après l'attentat déjoué de Villejuif, on avait fait 
attention à ne pas ouvrir toutes les portes des églises, on 
était vigilant à qui entrait, mais ça ne tient pas dans la 
durée, il faut être réaliste", a-t-il ajouté. 
    "Nous savons aussi que l'Etat ne peut pas mettre des forces 
de l'ordre devant tous les lieux de culte, et même si c'était le 
cas, cela suffirait-il?" 
    Selon un récent rapport parlementaire sur les moyens de 
lutte contre le terrorisme, le choix des sites à protéger s'est 
fait en concertation avec les préfets et les autorités 
cultuelles locales. Un état des lieux est adressé toutes les 
semaines à la mission de protection des lieux de culte.  
    A deux reprises l'an dernier, pour les fêtes chrétiennes du 
15 août et de Noël, des instructions ont été données aux préfets 
et aux forces de police et de gendarmerie pour renforcer la 
vigilance autour des églises.  
    Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve mettait 
notamment en garde contre des "modes opératoires nouveaux" et 
des cibles "de plus en plus diversifiées", soulignant 
l'exceptionnelle force symbolique" que constituerait une attaque 
contre une église. 
    "Il y avait un symbole qui était fort: un prêtre en train de 
dire la messe", a estimé mardi Alexandre Joly, curé à 
Grand-Quevilly, une ville située non loin de Saint-Etienne du 
Rouvray.  
     
    "UNITE ET SOLIDARITÉ" 
    Cette attaque sans précédent a été condamnée par les autres 
communautés religieuses qui ont exprimé leur "totale 
solidarité".  
     Le Conseil français du culte musulman (CFCM) "condamne avec 
la plus grande vigueur cet acte terroriste lâche et barbare" et 
exprime "sa grande émotion et sa totale solidarité avec 
l'ensemble des chrétiens de France." 
    "Devant la gravité de la situation, le CFCM appelle à 
nouveau la nation tout entière à l'unité et à la solidarité", 
peut-on lire dans un communiqué.  
    Le Conseil représentatif des institutions juives de France 
(Crif) a pour sa part exprimé son sentiment d'horreur et de 
tristesse" face à cette attentat qui "marque une nouvelle étape 
dans la progression du terrorisme en France". 
    Le Crif "exprime notamment son indignation que des bâtiments 
religieux soient visés". 
    La crainte de crispations entre communautés a été esquissée 
par l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui a appelé 
sur Twitter à ne pas "tomber dans ce piège".  
    "Horreur. Tout est fait pour déclencher la guerre des 
religions. Les chrétiens ont en eux la force de Pâques", a-t-il 
écrit. "Ne tombons pas dans le piège de la guerre de religions. 
Ces crimes sont ceux d'assassins aux quels la plus grande 
fermeté doit s'appliquer". 
 
 (avec Chine Labbé et Noémie Olive, édité par Yves Clarisse) 
 
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