ENCADRE-Les candidats à l'investiture présidentielle à droite

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    PARIS, 18 novembre (Reuters) - Voici les sept candidats à la 
primaire de la droite, dont le premier tour aura lieu dimanche : 
 
    ALAIN JUPPÉ, 71 ans, maire de Bordeaux 
    Malgré la remontée de François Fillon, l'ancien Premier 
ministre fait toujours figure de favori depuis sa déclaration, à 
l'été 2014, signe de son retour en grâce dans les sondages vingt 
ans après son passage à Matignon et 12 ans après sa condamnation 
dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. 
    Depuis deux ans, il a méthodiquement construit sa 
candidature, avec la publication d'ouvrages programmatiques, et 
peaufiné une image d'homme de consensus, toujours "droit dans 
ses bottes", comme lors des grandes grèves de l'hiver 1995, mais 
davantage ouvert au dialogue. 
    L'héritier de Jacques Chirac assume désormais un 
positionnement proche du centre, qui lui vaut le soutien de 
l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, de la présidente 
de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, de François Bayrou 
et de plusieurs centaines de parlementaires de l'UDI. 
    Mais en affichant ainsi sa proximité avec le centre et en 
faisant appel aux "déçus du hollandisme", Alain Juppé a aussi 
prêté le flanc aux critiques de Nicolas Sarkozy, qui ne cesse de 
dépeindre son rival en parangon de l'"alternance molle".    
    Refusant de jouer sur le terrain de son adversaire, le maire 
de Bordeaux a poursuivi sur sa ligne, celle du "rassemblement", 
et continué à brandir son concept d'"identité heureuse", raillé 
dans le camp d'en face. 
    Dans de récentes enquêtes d'opinion, il a perdu quelques 
points mais n'est jamais tombé de son piédestal, avec quelque  
60% des intentions de vote dans l'hypothèse d'un second tour 
contre Nicolas Sarkozy. 
     
    NICOLAS SARKOZY, ex-président, 61 ans  
    Retiré de la politique après sa défaite face à François 
Hollande en 2012, l'ex-chef de l'Etat a fait son retour en 2014 
pour prendre la tête de l'UMP, rebaptisée Les Républicains, puis 
se lancer dans une nouvelle campagne présidentielle. 
    Fin août, il a fait une entrée en campagne conforme à sa 
stratégie de saturation de l'espace médiatique: sortie d'un 
nouveau livre, "Tout pour la France", début d'une tournée de 
meetings, multiples interviews dans les médias et prises de 
position tonitruantes destinées à faire débat. 
    Nicolas Sarkozy a d'emblée choisi une orientation droitière, 
dans la lignée de la présidentielle de 2012, avec la promesse de 
suppressions massives de postes dans la fonction publique, d'un 
durcissement des conditions de naturalisation ou de 
l'interdiction du voile à l'université et dans les entreprises. 
    L'ancien maire de Neuilly-sur-Seine campe également le rôle 
du porte-parole d'une "majorité silencieuse", confrontée à la 
peur du déclassement et ignorée par des "élites" toujours plus 
déconnectées. 
    L'ex-président a malgré tout enregistré des soutiens venant 
de toutes les sensibilités de la droite, du chiraquien François 
Baroin, à qui il promet Matignon, au centriste Maurice Leroy en 
passant par son coordinateur de campagne, Gérald Darmanin, 
lequel avait un temps pris ses distances. 
    La stratégie du clivage n'a pas permis à Nicolas Sarkozy de 
rattraper Alain Juppé dans les sondages mais l'ancien chef de 
l'Etat mise sur la mobilisation de son coeur de cible électoral 
ainsi que sur une participation globale restreinte les 20 et 27 
novembre pour créer un effet "Donald Trump".   
    Il doit par ailleurs naviguer entre les écueils judiciaires: 
d'un côté l'affaire de ses comptes de campagne de 2012, pour 
laquelle il est mis en examen et risque un procès et, de 
l'autre, celle des écoutes, qui lui vaut une autre mise en 
examen.   
    Les juges enquêtent également sur un possible financement 
libyen de sa campagne de 2007. Lui a toujours démenti les 
allégations de ce type, alimentées cette semaine par des 
allégations de l'homme d'affaires Ziad Takieddine.    
     
    FRANÇOIS FILLON, 62 ans, député de Paris 
    Pour l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, la 
campagne des primaires ressemble à un marathon, entamé au 
printemps 2013. 
    Premier sur la ligne de départ, François Fillon a longtemps 
plafonné à 10% dans les sondages, à égalité ou presque avec son 
ancien ministre Bruno Le Maire, avant de s'affirmer ces 
dernières semaines, à la faveur d'un spectaculaire sursaut dans 
les enquêtes, comme le "troisième homme" derrière Alain Juppé et 
Nicolas Sarkozy. 
    Lui qui misait beaucoup sur les trois débats télévisés, 
assure même pouvoir s'inviter au second tour. 
    Durant la campagne, il s'est efforcé de cultiver une image 
d'homme de droite enraciné dans les terres catholiques de 
l'Ouest et d'homme d'Etat, à la fois sérieux et "honnête", dans 
une registre proche de celui de Margaret Thatcher, Première 
ministre britannique dans les années 1980. 
    Ce profil de conservateur libéral et son expérience 
permettent au député, élu pour la première fois à l'Assemblée en 
1981, de compter sur un solide réseau d'élus influents mais 
aussi sur le soutien de Sens commun, émanation des 
manifestations anti-mariage homosexuel.    
    Désireux de quitter l'ombre de Nicolas Sarkozy, il est sorti 
de sa réserve naturelle à la rentrée pour adresser une formule 
assassine à l'ex-président ("Qui imagine un seul instant le 
général de Gaulle mis en examen?"), quitte à contrarier ses 
propres fidèles, attachés à l'unité de la droite.     
             
    BRUNO LE MAIRE, 47 ans, député de l'Eure 
    Cet énarque passé par le cabinet de Dominique de Villepin à 
Matignon et le ministère de l'Agriculture se présente comme un 
homme neuf, souvent en bras de chemise sur les estrades, capable 
de perturber le jeu entre candidats d'"ancien régime" et de 
transgresser les codes établis. 
    L'outsider de l'élection à la présidence de l'ex-UMP de 2014 
(29,18% des voix face à Nicolas Sarkozy) n'a toutefois pas 
réussi à enclencher une dynamique en sa faveur, malgré un 
travail de longue haleine entamé en 2012 pour imposer sa 
candidature dans le paysage de la droite. 
    Ces dernières semaines, il a perdu des points dans les 
sondages au profit de son principal concurrent dans la bataille 
pour la troisième place, François Fillon, et plongé sous les 10% 
d'intentions de vote dans la plupart des enquêtes. 
    Par ses prises de position, il oscille entre le centre (il 
s'est abstenu lors du vote à l'Assemblée nationale sur le 
mariage homosexuel) et la droite de son parti (il plaide pour 
l'expulsion des ressortissants étrangers visés par une fiche S). 
             
    NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET, 43 ans, députée de l'Essonne 
    La benjamine des candidats joue de son profil atypique au 
sein des Républicains, celui d'une centriste, ambitieuse et 
rétive aux consignes de partis. 
    Ministre de l'Ecologie sous Nicolas Sarkozy, puis 
porte-parole du président-candidat en 2012, elle a par la suite 
pris ses distances avec l'ex-chef de l'Etat, lui reprochant une 
campagne trop droitière. 
    La rupture s'est encore aggravée au lendemain des élections 
régionales de décembre 2015, lorsque Nicolas Sarkozy a exclu de 
la direction des Républicains son ancienne protégée, coupable à 
ses yeux d'avoir trop bruyamment dénoncé la stratégie de son 
camp - elle s'était élevée contre le "ni-ni" consistant pour la 
droite à ne pas choisir entre la gauche et le Front national. 
    Cette ex-candidate à la mairie de Paris, battue par Anne 
Hidalgo en 2014, a souffert durant la campagne de deux handicaps 
: son faible ancrage parmi les élus et des sondages peu 
flatteurs, souvent inférieurs à 5%. 
    En dépit de son isolement au sein de LR, elle est parvenue à 
réunir in extremis les parrainages requis pour concourir, en 
partie grâce au soutien apporté par certains cadres, Alain Juppé 
au premier rang.  
 
    JEAN-FRANÇOIS COPÉ, 52 ans, député de Seine-et-Marne 
    Le maire de Meaux, qui n'a jamais fait mystère de ses 
ambitions présidentielles, a annoncé sa candidature le 14 
février après un an et demi de silence médiatique. 
    Contraint à la démission de la présidence de l'ex-UMP en mai 
2014 à la suite de l'affaire Bygmalion, un système présumé de 
fausses facturations destinées à masquer un dérapage supposé des 
dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, il a puisé dans 
un tour de France les ressorts du "Sursaut français", titre d'un 
livre-programme paru en janvier. 
    Une fois son horizon judiciaire éclairci, il a tenté de 
réparer les dégâts causés par cette affaire et par la guerre 
avec François Fillon pour la présidence de l'ex-UMP, en 2012, 
sans parvenir à percer durablement le plafond des 2% 
d'intentions de vote. 
    Politiquement affaibli, il a perdu certains de ses 
compagnons de route, comme le président du groupe Les 
Républicains à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, rallié à 
Nicolas Sarkozy. 
    Il n'a pas réussi à décoller dans les sondages mais a mis à 
profit les trois débats télévisés de la primaire pour attaquer 
Nicolas Sarkozy, coupable à ses yeux de l'avoir désigné aux 
juges comme le responsable du système Bygmalion. 
 
    JEAN-FRÉDÉRIC POISSON, 53 ans, président du Parti chrétien 
démocrate, député des Yvelines 
    Dispensé de l'obligation de réunir des parrainages d'élus et 
de militants, il doit sa qualification à son statut de président 
du Parti Chrétien-démocrate, petite formation traditionnellement 
affiliée à l'ex-UMP. 
    Le député des Yvelines est sorti de l'anonymat à la faveur 
des trois débats télévisés mais n'a pas décollé dans les 
intentions de vote. 
    Il a par ailleurs soulevé l'indignation en présentant 
Hillary Clinton, alors candidate démocrate à la Maison blanche, 
comme soumise aux "lobbies sionistes", avant de présenter ses 
regrets dans une lettre au Conseil Représentatif des 
Institutions Juives de France (Crif). 
    Ses déclarations sur le Front national, un parti "comme les 
autres" selon lui, ont aussi semé le trouble à droite.     
 
 (Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 
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