ENCADRE-Le projet Turkish Stream, victime de la crise entre Moscou et Ankara

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    MOSCOU, 3 décembre (Reuters) - Victimes collatérales de la 
crise ouverte entre Moscou et Ankara depuis que des F16 turcs 
ont abattu un chasseur-bombardier russe près de la frontière 
syrienne, des conduites de gaz d'une valeur de 1,8 milliard 
d'euros vont se retrouver immobilisées sur les rives de la mer 
Noire dans l'attente d'une éventuelle normalisation. 
    Ces tuyaux sont censés être utilisés pour la construction du 
Turkish Stream, un gazoduc géant qui doit transporter du gaz 
naturel russe vers le Sud-Est européen via la Turquie, en 
passant sous la mer Noire et en contournant l'Ukraine. 
    Mais le ministre russe de l'Energie, Alexander Novak, a 
annoncé jeudi à la presse que le chantier était suspendu. 
    A Rome, où il participait à une convention patronale, 
Claudio Descalzi, le dirigeant de la compagnie pétrolière 
italienne Eni  ENI.MI , qui devait se porter acquéreur d'une 
part importante du gaz transitant par le Turkish Stream, a 
estimé peu de temps après que le projet était mort. 
    Le géant de l'énergie russe Gazprom  GAZP.MM  se retrouve 
donc avec des kilomètres et des kilomètres de tuyaux conçus pour 
le projet, et aujourd'hui sans usage. 
    De sources proches du secteur, on explique que la conception 
même de ces conduites, dont certaines ont été construites au 
Japon, les rend inutilisables ailleurs qu'en mer Noire. "Ces 
tuyaux ont été calibrés pour un environnement, des pressions et 
une capacité spécifiques. De ce fait, ils ne peuvent servir qu'à 
des pipelines sous-marins en mer Noire", dit l'un de ces 
spécialistes. 
    Aucun commentaire n'a pu être obtenu dans l'immédiat auprès 
de Gazprom. Mais même si le projet Turkish Stream ne progressait 
pas vite, freiné par des retards divers et des doutes sur sa 
viabilité économique, les implications financières de sa 
suspension officielle pour la compagnie russe sont tout à fait 
réelles. 
    Valéri Nesterov, analyste chez Sberbank, calcule ainsi que 
Gazprom a déjà dépensé entre 11 et 13 milliards d'euros environ 
sur les projets Turkish Stream et South Stream (son prédécesseur 
abandonné l'an dernier au plus fort de la crise en Ukraine). 
    Les problèmes de Gazprom pourraient ne pas en rester là 
puisqu'un autre de ses projets, le Nord Stream, qui doit courir 
sous la Baltique vers l'Allemagne, est également en plein doute, 
une dizaine d'Etats européens ayant saisi le mois dernier la 
Commission européenne en estimant qu'il allait à l'encontre des 
intérêts de l'UE et risquait de déstabiliser l'Ukraine. 
    "Une nouvelle fois, la compagnie russe construit rapidement 
une conduite qui pourrait ne pas être nécessaire", ajoute 
Nesterov. 
    Chez TMK  TRMK.MM , l'un des principaux producteurs russes 
de conduites et de tuyaux, on veut croire que le projet Turkish 
Stream pourra être relancé à l'avenir. "Turkish Stream, en tant 
que projet, n'est pas totalement fini. Dans un an ou deux 
peut-être, lorsque la tension retombera, il pourra être mené à 
bien", dit le vice-président de TMK, Vladimir Chmatovitch. "Mais 
ces tuyaux pourraient aussi rester à terre pendant cinquante 
ans", ajoute-t-il. 
 
 (Svetlana Burmistrova et Jack Stubbs avec Alberto Sisto à Rome; 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 

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