ENCADRE-Le mouvement de contestation à Hong Kong

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HONG KONG, 29 septembre (Reuters) - Hong Kong est le théâtre d'une contestation sans précédent depuis la rétrocession à la Chine de l'ancienne colonie britannique, en 1997. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants pro-démocrates réclament l'instauration du suffrage universel pour l'élection du futur chef de l'exécutif local en dépit du refus du gouvernement central de Pékin. (voir ID:nL6N0RU0E2 ) RETROCESSION ET LOI FONDAMENTALE En juillet 1997, le territoire de Hong Kong est restitué à la Chine après 156 ans de présence britannique. La rétrocession, préparée très en amont par la Déclaration commune de 1984, est régie par le principe "Un pays, deux systèmes" visant à préserver les libertés démocratiques dont bénéficient les habitants de Hong Kong. Ratifiée en 1990 par Pékin, une Loi fondamentale, la "Basic Law", leur est octroyée. Elle garantit un "haut degré d'autonomie" de même que des "pouvoirs exécutif et législatif et une justice indépendante". La défense et les affaires étrangères relèvent en revanche du gouvernement central. La Basic Law précise également que "le système et les politiques communistes ne s'appliqueront pas" à Hong Kong tandis que "le système capitaliste et le mode de vie du territoire demeureront inchangés pour les cinquante années à venir", jusqu'en 2047. Le chef de l'exécutif de la région administrative spéciale de Hong Kong est élu par un collège de 1.200 membres mais la Loi fondamentale évoque l'application "à terme" du suffrage universel sans en préciser toutefois le calendrier. Le mouvement démocrate réprimé dans le sang en juin 1989 place Tiananmen, à Pékin, alors que Britanniques et Chinois négocient depuis des années la rétrocession, va cependant changer la perception. "Lorsque Deng Xiaoping (ndlr, qui dirigeait alors l'appareil chinois) a formulé le principe 'un pays, deux systèmes', je suppose qu'il n'avait pas anticipé le massacre du 4 juin qui a provoqué parmi les habitants de Hong Kong beaucoup de colère contre les communistes. Il pensait qu'il pourrait nous convaincre", expliquait récemment Martin Lee, un des fondateurs du Parti démocratique de Hong Kong qui a été associé à l'élaboration de la Loi fondamentale. A Pékin, des responsables rappellent à l'inverse qu'à l'époque coloniale britannique, les Hongkongais ne vivaient pas dans la démocratie et que la rétrocession a marqué une nette amélioration. Mais ils redoutent surtout une manipulation du mouvement pro-démocrate par des forces étrangères. "Lorsque le chaos régnera à Hong Kong, ils pousseront à l'indépendance de Hong Kong", avance une source proche de la direction chinoise. Ces forces, ajoute ce responsable, "veulent influencer la Chine continentale de sorte qu'elle soit démembrée comme le fut l'Union soviétique". En avril 2004, la Chine décrète que toute évolution de la loi électorale hongkongaise devra obtenir son aval. En décembre 2007, Pékin annonce pourtant que les électeurs de Hong Kong pourront élire directement le chef de leur exécutif en 2017 puis leur parlement régional en 2020. CONTESTATION Mais à l'approche de l'échéance, le gouvernement central revient sur ces engagements. Un livre blanc adopté en juin dernier par le gouvernement réaffirme la souveraineté de la Chine sur Hong Kong. Son adoption suscite l'hostilité des militants pro-démocrates que le mouvement Occupy Central, né en janvier 2013 et s'inspirant de la désobéissance civile de Gandhi, tente de fédérer. Un référendum officieux est organisé. Quelque 800.000 personnes y prennent part pour réclamer des candidatures libres lors du scrutin de 2017. Le territoire compte au total quelque 7,1 millions d'habitants. En juillet, les manifestants se succèdent. La police intervient. Un demi-millier de militants qui participaient à un sit-in dans le quartier financier sont interpellés. La mobilisation est sans effet: le 31 août, le comité permanent du Congrès national du peuple, le parlement chinois, impose des règles strictes en vue de l'organisation du scrutin hongkongais de 2017. Selon les procédures fixées par Pékin, seuls des candidats "patriotes" pourront briguer les suffrages des électeurs et devront être autorisés au préalable par une commission de 1.200 membres désignés par le pouvoir. L'annonce a pour effet de renforcer la détermination du mouvement de désobéissance civile à Hong Kong. (Anne Marie Roantree et James Pomfret; Henri-Pierre André pour le service français)

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