ENCADRE-Le feuilleton des 3% empoisonne la politique de Hollande

le
5

par Jean-Baptiste Vey PARIS, 14 août (Reuters) - François Hollande s'était engagé pendant la campagne présidentielle à ramener le déficit public de la France à 3% du PIB fin 2013. Deux ans plus tard, revenir à cette limite européenne - même fin 2015 - semble impossible, ce qui augure des tensions avec Bruxelles et Berlin et une contestation accrue de sa politique de baisse du coût du travail. ID:nL6N0QK0NC Retour sur le feuilleton des 3% : * UN ENGAGEMENT DE CAMPAGNE "Je ramènerai les finances publiques à l'équilibre, en respectant l'engagement de 3% de déficit par rapport au PIB en 2013", promet le candidat François Hollande dans son programme "Mes 60 engagements pour la France". Lors de la primaire pour désigner le candidat socialiste, l'ex-numéro un du PS avait le premier assumé cet objectif, forgeant l'image d'un candidat social-démocrate et réformiste. Il avait assorti cette promesse de celle d'obtenir une politique européenne plus favorable à la croissance, sans laquelle, prévenait-il, redresser les comptes serait impossible. Mais le traité qu'il entendait renégocier fut finalement adopté tel quel. Son programme présidentiel, construit sur l'hypothèse d'une croissance économique de 1,7% en 2013 et 2% en 2014, prévoyait un déficit ramené à 3% fin 2013 et 2,3% fin 2014. Les comptes devaient être équilibrés fin 2017, grâce à une croissance du PIB de 2% à 2,5% par an en moyenne de 2015 à 2017. * 3% EN 2013 ? "CONDITION DE LA CRÉDIBILITÉ" DU GOUVERNEMENT A l'automne 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault présente son premier budget complet, celui de 2013. L'objectif du retour à l'équilibre en 2017 est abandonné et remplacé par celui d'atteindre -0,3%. L'hypothèse de croissance pour 2013 est divisée par deux, à 0,8%, mais l'objectif de déficit est inchangé - 3% fin 2013 - puis 2,2% fin 2014. Le retour à 3% est "la condition de la crédibilité" du ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac, et du ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, dit ce dernier. * L'OBJECTIF ABANDONNÉ QUELQUES MOIS PLUS TARD En avril 2013, le gouvernement publie sa nouvelle trajectoire des finances publiques dans le cadre de son programme de stabilité 2013-2017. Face au ralentissement de la croissance - dont la prévision est ramenée à 0,1% pour 2013 - l'objectif d'un déficit à 3% à la fin de l'année est abandonné. Il prévoit désormais 3,7% fin 2013 et 2,9% fin 2014. * DEUX ANS DE DÉLAI, UN CADEAU SURPRISE Dans les semaines qui suivent, les autorités européennes décident d'accorder à la France non pas un, mais deux ans de plus pour revenir à 3%. Selon un responsable français, ce cadeau surprend tout le monde à Paris. La Cour des comptes prévient au début de l'été que ce délai n'autorise aucun relâchement. Elle estime que le déficit risque d'être plus proche de 4% que des 3,7% prévu mais que l'effort d'économies programmé, "le plus important de notre histoire budgétaire récente", ne doit pas être pour autant accentué. Le gouvernement assume le risque de dérapage et rejette la demande du président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Gilles Carrez, d'accentuer la maîtrise des dépenses dans un budget rectificatif en cours d'année. * LE "RAS-LE-BOL FISCAL" Fin août, Pierre Moscovici sonne le glas des hausses d'impôts, principale arme du gouvernement pour redresser les comptes, en se disant "très sensible à ce ras-le-bol fiscal que je ressens de la part de nos concitoyens". L'effort sera désormais mis en majorité sur la maîtrise des dépenses. A l'université d'été du Medef, quelques jours plus tard, Pierre Moscovici promet la fin des hausses de prélèvements sur les entreprises en 2014 et leur baisse ensuite. Pour redresser leur compétitivité, le coût du travail sera baissé davantage que les 20 milliards prévus dans le cadre du crédit d'impôt compétitivité emploi, assure-t-il. * L'OBJECTIF DU 3% EN 2014 À SON TOUR ABANDONNÉ Les recettes fiscales étant moins importantes qu'espéré et la croissance s'annonçant plus faible, le gouvernement relève en septembre sa prévision de déficit 2014 à 3,6% au lieu de 2,9%. "Je suis conscient des efforts importants consentis par la France pour restaurer ses finances publiques", déclare le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, jugeant que le projet de budget 2014 de la France "est marqué par la responsabilité et la prudence". * LES 3% EN 2015 SERONT TENUS, ASSURE MOSCOVICI Début 2014 commence une longue phase de communication sur le maintien de l'objectif de 3% fin 2015 alors que les signes de stagnation de l'économie se multiplient et fragilisent l'objectif de déficit de 2014 et en conséquence celui de 2015. Pierre Moscovici assure que les 3% fin 2015 seront tenus, tandis que la Cour des comptes prévient que les recettes fiscales risquent de ne pas être au rendez-vous. Sans remettre en cause la promesse du 3%, l'entourage de François Hollande explique qu'une discussion avec la Commission européenne va s'ouvrir pour mettre en avant les efforts menés en France pour redresser la compétitivité des entreprises. La France, assure-t-on, ne demande pas cependant de nouveau délai. Fin mars, le chiffre du déficit 2013 tombe : bien plus élevé que prévu, à 4,3%, ce qui rend illusoire le retour à 3% fin 2015. Le nouveau ministre des Finances, Michel Sapin, évoque une négociation du "rythme" de la réduction des déficits. Après des semaines de flou dans la communication du gouvernement, il assure mi-avril que l'objectif de 3% sera tenu. * HOLLANDE EXCLUT DES ÉCONOMIES SUPPLÉMENTAIRES Alors que l'absence de rebond de l'économie française se confirme mois après mois, François Hollande annonce fin juillet qu'il n'ira pas au delà des 50 milliards d'euros d'économies supplémentaires prévus sur 2015-2017. "Les 3%, c'est la perspective", dit-il. "Est-ce à dire que nous ferons plus de 50 milliards d'économies ? Non." Sans hausse de prélèvements supplémentaire ni économies additionnelles, la perspective du 3% est de nouveau repoussée. * "INÉVITABLE" A la veille de la publication des chiffres de la croissance au deuxième trimestre, le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, estime qu'abandonner l'objectif de 3% en 2015 "est inévitable". Michel Sapin annonce le lendemain que l'objectif pour 2014 ne sera pas tenu, avec un déficit qui restera supérieur à 4%. Pour 2015, il assure que la France poursuivra à "un rythme approprié la diminution des déficits publics" et appelle à "réorienter les politiques européennes en adaptant le rythme de la réduction des déficits publics à la situation économique actuelle" de faibles croissance et inflation. (Edité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • JODHY le jeudi 14 aout 2014 à 10:48

    ils sont nuls tout simplement

  • JODHY le jeudi 14 aout 2014 à 10:48

    c'était la faute à Sarko , maintenant c'est la faute à l'europe demain ce sera la mondialisation

  • M2179486 le jeudi 14 aout 2014 à 10:38

    Il faut faire sauter ce gouvernement !!! @ M940... tous les fonctionnaires ne votent pas social.os !!! de plus en plus se tournent vers FN, c'était un article vu ici !!

  • M156470 le jeudi 14 aout 2014 à 10:37

    Fiasco 1er on parle de politique, quelle politique ??? Il en est encore à chercher son cap, le pédalo est déjà coulé depuis plusieurs mois alors ???

  • M940878 le jeudi 14 aout 2014 à 09:56

    et dire que des gens ont votés pour ces nuls mais comme il y a une majorité d'assistés et de fonctionnaires en France , rien d'étonnant

Partenaires Taux