ENCADRE-La fiche "S", outil de suivi, pas de surveillance absolue

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PARIS, 22 août (Reuters) - Le tireur maîtrisé vendredi en France par des passagers dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris, un Marocain de 26 ans signalé par Madrid pour islamisme radical, faisait l'objet d'une fiche "S". ID:nL5N10X078 Plusieurs auteurs de tentatives d'attaques ces derniers mois en France ont eux aussi fait l'objet, à un moment ou à un autre, d'une telle fiche, qui signifie Sûreté d'Etat et implique une surveillance discrète. Ces fiches, dont on ignore le nombre exact, permettent de suivre les mouvements de personnes à surveiller, mais pas de les arrêter, souligne le député socialiste Sébastien Pietrasanta, rapporteur de la loi sur le terrorisme votée en novembre. "Ça ne veut pas forcément dire qu'ils sont suivis 24 heures sur 24. De toutes façons, ça n'est matériellement pas possible", explique-t-il à Reuters. En janvier dernier, le Premier ministre avait indiqué que quelque 3.000 individus étaient à surveiller pour leur lien avec l'islamisme radical. "Vu la masse d'individus, ça devient compliqué", dit Sébastien Pietrasanta. Et d'ajouter que les suspects ont de plus en plus recours au cryptage de leurs téléphones et à des voies de communications alternatives. Ismaël K., l'un des trois hommes arrêtés en juillet sur des soupçons de préparation d'un attentat contre le sémaphore de Béar, site de la marine nationale situé dans les Pyrénées-Orientales, utilisait ainsi applications et logiciels cryptés pour échapper à la surveillance des services. La loi renseignement, réactivée au lendemain des attentats djihadistes de janvier, autorise de nouvelles pratiques et vise à remédier à cela, notamment via l'installation par les opérateurs télécoms, les hébergeurs et les réseaux du net de "boîtes noires" destinées à filtrer les communications, souligne Sébastien Pietrasanta. Mais "toute la difficulté dans laquelle on est, c'est que sans matière à judiciariser, il n'y a pas de possibilité de poursuivre" ni d'arrêter toutes les personnes surveillées, et ce même si elles font l'objet d'une fiche "S", dit le député. Yassin Salhi, l'auteur de l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier en juin dernier en Isère, connu pour ses sympathies salafistes, avait, comme le tireur du Thalys, fait l'objet d'une fiche "S" en 2006 pour cause de radicalisation, qui n'avait pas été renouvelée en 2008. Tout comme Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir préparé en avril un attentat "imminent" contre au moins une église à Villejuif, et qui avait été signalé comme ayant des velléités de départ en Syrie. Des vérifications le concernant avaient été effectuées en 2014 et en 2015 "sans révéler d'éléments susceptibles de justifier l'ouverture d'une enquête judiciaire", avait alors expliqué Bernard Cazeneuve. (Chine Labbé)

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