ENCADRE-La Chine ne sait plus quoi faire de ses éléphants blancs

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par Brenda Goh ÎLE DE DACHANGSHAN, Chine, 15 avril (Reuters) - L'aéroport Changhai sur l'île de Dachangshan est flambant neuf mais désert: ni avions, ni passagers, à peine quelques employés et responsables qui essayent de tuer le temps. Lors de sa réouverture officielle en 2008 après six millions de dollars de travaux de rénovation, les autorités avaient annoncé qu'il accueillerait 78.000 visiteurs par an en 2015 avec le développement attendu du tourisme sur cette île d'à peine plus de 30.000 habitants, située au large de la côte nord-est de la Chine, dans le Liaoning. En 2013, moins de 4.000 passagers ont franchi ses portes d'embarquement, montrent les données de l'autorité chinoise de l'aviation civile. Depuis février 2014, Pékin a approuvé l'équivalent de 1.800 milliards de yuans (270 milliards d'euros) de nouveaux projets d'infrastructures pour contrecarrer le ralentissement de l'économie. Si cette manne a profité aux entreprises chargées de construire aéroports, routes et autres stades, elle laisse les provinces chinoises plombées par quelques 3.000 milliards de yuans de dettes. Et celles qui se sont montrées les plus exubérantes doivent assumer l'affaiblissement de leur économie et l'hypertrophie du secteur de la construction. La province du Liaoning a connu l'un des taux de croissance les plus faibles du pays l'année dernière, à 5,8% seulement, bien inférieure à son objectif de 9%. "Il faut des discussions sérieuses sur la rationalité économique des grands projets de génie civil. Avons-bous besoin de toutes ces lignes à grande vitesse, de tous ces aéroports ?", s'interroge Lu Dadao, chercheur à l'Académie des sciences chinoise. En novembre, Xu Ce, fonctionnaire de la Commission nationale du développement et de la réforme et Wang Yuan, un économiste de l'Académie de recherche macroéconomique, ont estimé que la Chine avait gaspillé environ 42.000 milliards de yuans (6.450 milliards d'euros) en "investissements inefficaces" entre 2009 et 2014. TOUJOURS PLUS GRAND, PLUS HAUT, PLUS LOIN A Dachangshan, alors que selon des employés, aucun vol n'a décollé depuis six mois vers Dalian, seule destination officiellement desservie depuis l'île, les autorités locales envisagent de dépenser près de 1,5 milliard de yuans (225 millions d'euros) cette année pour porter la capacité de l'aéroport à 250.000 passagers par an à l'horizon 2020. "En termes de produit intérieur brut, rien de cela n'est mauvais. Cela crée de la croissance d'une manière ou d'une autre", constate Susannah Kröber, une analyste qui suit les investissements en infrastructures en Chine pour Capital Research depuis 2012. "Mais est-ce que c'est utile et est-ce que cela constitue une utilisation efficace de vos ressources ? Absolument pas." L'endettement des collectivités locales est désormais considéré comme l'un des facteurs de risque majeurs pour la stabilité de l'économie chinoise. Mais la République populaire y a gagné le plus long pont maritime du monde, celui de Haiwan, qui relie en près de 42 km la ville de Qingdao à sa banlieue. Ou encore la ligne de chemin de fer la plus haute du monde, au Tibet. Et des villes nouvelles transformées aussitôt construites en véritables villes-fantômes avec la chute des prix de l'immobilier. Quant aux autoroutes, bien que peu de données soient disponibles sur leur fréquentation, les péages faisaient ressortir un manque-à-gagner de plusieurs milliards d'euros en 2013. Et China Railway, l'entreprise qui gère le réseau ferré chinois, le plus long du monde, a fait état en septembre d'une dette de 3.400 milliards de yuans. Pourtant, les autorités chinoises semblent avoir bien du mal à accepter un sevrage, les activités de BTP repartant de plus belle dans les régions du centre-ouest du pays, où sont localisés près de 40% des projets autorisés de routes, d'aéroports et de lignes ferroviaires. La production de ciment n'a jamais augmenté aussi rapidement dans des provinces comme celles du Guizhou et du Yunnan voisin, qui figurent parmi les plus pauvres du pays, montrent des données gouvernementales. Dans le nord de la Chine où les autorités locales doivent faire face à des surcapacités dans l'acier et le ciment, "on a un aperçu de ce qui se produit une fois que l'on a construit pratiquement tout ce que l'on pouvait construire", relève Susannah Kröber. * La croissance chinoise au plus bas depuis six ans ID:nL5N0XC04G (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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