ENCADRE-L'opposition iranienne prudente, sans dirigeant mais vivante

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    par Parisa Hafezi 
    ANKARA, 24 février (Reuters) - A l'approche du double 
scrutin du 26 février, l'opposition réformiste iranienne garde 
un espoir prudent, même si ses principales figures restent 
assignées à résidence et que les promesses de liberté de Rohani 
tardent à se concrétiser. 
    Les partisans de l'insurrection verte de 2009 sont toujours 
là, et le combat initié dans la rue et réprimé dans la violence 
en 2009 se poursuit cette fois aux urnes, disent les 
réformistes. 
    La double élection s'annonce critique, elle doit renouveler 
le Parlement et l'Assemblée des experts, corps qui choisira le 
prochain Guide suprême de la république islamique. 
    Pour les réformistes, le scrutin offre des perspectives en 
demi-teinte. Les candidats de l'opposition sont en effet 
disqualifiés en masse par le Conseil des gardiens chargé 
d'entériner les candidatures. Les promesses de Rohani, réalisées 
pour leur volet international avec la suspension des sanctions 
occidentales, peinent à se concrétiser au niveau social. 
    En dépit des espoirs suscités par l'élection de Rohani en 
2013, l'opposition reste dépourvue de leader. L'ex-Premier 
ministre Mir Hossein Mousavi et le religieux Mehdi Karoubi qui 
s'étaient opposés à Ahmadinejad sont assignés à résidence depuis 
cinq ans, sans avoir fait l'objet d'aucun procès. 
    "Les manifestations, les arrestations et l'apparition d'une 
faille au sein de l'élite dirigeante ont secoué les fondations 
de la République islamique. Depuis 2009, l'affrontement entre 
conservateurs et réformistes s'est accentué", a estimé un 
ex-responsable du régime emprisonné un an pour avoir soutenu 
l'opposition. 
    "Avec l'élection de Rohani, beaucoup espéraient que les 
assignations à résidence de Mousavi et Karoubi seraient levées. 
Mais ça n'est pas arrivé", ajoute-t-il. 
     
    TOUJOURS VIVANT 
    L'opposition cherche désormais à pousser ses réformes 
libérales dans le cadre législatif imposé par la République 
islamique. 
    "Le mouvement vert est toujours vivant et se manifeste dans 
les demandes de liberté d'expression, de justice et de respect 
des droits de l'homme de la nation iranienne", a dit le 
porte-parole des leaders de l'opposition à Paris, Ardeshir 
Amir-Arjomand. 
    "Le mouvement vert ne se résume pas à l'organisation de 
manifestations. Le peuple continuera à se battre pour ses droits 
dans les bureaux de vote." 
    En 2009, la réelection contestée du président conservateur 
Mahmoud Ahmadinejad avait plongé le pays dans plusieurs mois de 
crise. Les manifestations avait été réprimées dans la violence 
par les forces de sécurité menées par le corps des Gardiens de 
la révolution islamique. 
    Face aux réformistes les conservateurs cherchent aujourd'hui 
à endiguer tout mouvement "séditieux", en référence aux 
personnes qui se sont ralliés aux forces de l'opposition lors du 
scrutin de 2009. 
    En dépit du soutien apporté par Khamenei au volet 
international des réformes, conclu par la levée des sanctions 
occidentales, les conservateurs gardent une ligne stricte dans 
les autres domaines. 
    "Les conservateurs sont toujours inquiets d'un retour du 
mouvement réformiste et d'une recrudescences des manifestations. 
C'est pourquoi l'on assiste à une disqualification en masse des 
candidats modérés", a dit un responsable iranien tenant à 
demeurer anonyme. 
     
    COUPÉS DU MONDE 
    Mousavi et Karoubi, les deux principales figures de 
l'opposition de 2009 vivent toujours enfermées chez elles et 
privées de moyens de communication élémentaires.  
    Toute référence au mouvement réformiste a été interdit dans 
les médias jusqu'en 2014, où une photographie de Mousavi à 
l'hôpital a été publiée. 
    Mousavi et sa femme, la sculptrice et critique du 
gouvernement Zahra Rahnavard, sont prisonniers de leur maison de 
Téhéran. Les quatre journaux contrôlés par le gouvernement leur 
sont accessibles mais ils restent privés de téléphone, de 
connexion internet et de télévision, a dit Ardeshir 
Amir-Arjomand. 
    "Leur maison est dans une impasse. Elle est entourée de 
barrières en métal. Personne ne peut en voir l'intérieur", 
ajoute-t-il. "Ils passent leur temps à prier, à lire les 
quelques livres auxquels ils ont accès, ils jardinent." 
    Karoubir, pour sa part, vit un étage au-dessus de ses 
gardes. Sa femme a elle été libérée en 2014. 
     
    MOUVEMENT ETUDIANT ETOUFFÉ 
    Plusieurs ONG ont appelé les autorités à mettre fin aux 
arrestations arbitraires, mais le sort des opposants dépend de 
la volonté du leader religieux Khamenei, qui entretient avec 
Mousavi des liens familiaux. 
    Des dizaines d'hommes politiques pro-réformes, de 
journalistes, d'activistes et de juristes défenseurs des droits 
de l'homme sont toujours en prison après avoir été arrêtés en 
2009. Les deux principaux partis réformistes avaient été 
interdits lors du vote contesté, qualifié "d'élection la plus 
salutaire de toute l'histoire de la révolution" par les 
autorités. 
    Le mouvement étudiant qui avait joué une large part dans 
l'insurrection est étouffé depuis, ses dirigeants pour la 
plupart en exil ou derrière les barreaux. 
    "L'opposition n'a pas de leader pour inspirer le peuple. 
Rohani n'a pas réussi à tenir ses promesses de créer une société 
plus libre. L'insurrection de 2009 a été chèrement payée par le 
peuple", a dit le politologue Hamid Farahvashian. 
     
 
 (Julie Carriat pour le service français, édité par Eric Faye) 
 
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